Les footballeurs (re-)passent le bac ! (Mondial 2018) #2



Les footballeurs n'ont pas fini de passer le bac ! Voilà le deuxième sujet, après L’homme politique doit-il chercher à être efficace à tout prix ?


(Amérique du Nord, série S)
Est-ce le corps qui produit la pensée ?

Lorsqu’on est footballeur, on doit se servir de son corps, c’est une évidence. Mais il faut aussi se servir de son esprit. Le problème, c’est qu’on croit souvent que les footballeurs n’en ont pas beaucoup et qu’ils ne sont pas très intelligents. En réalité, ils ont peut-être un esprit différent du nôtre. Nous allons donc nous demander si c’est le corps qui produit la pensée des footballeurs. Nous verrons dans un premier temps que le corps est important, ensuite que des fois le corps ne marche pas bien, et enfin qu’il faut essayer de construire sa pensée tout seul sans le corps.

I/ C’est le corps le plus important dans la vie

Premièrement, il faut remettre en question un préjugé. On croit que les footballeurs n’ont pas d’esprit, qu’ils se servent uniquement de leur corps. Mais c’est parce qu’on ne se rend pas compte que l’intelligence des footballeurs est à l’intérieur de leur corps. Il n’y a que quelques philosophes qui s’en sont rendu compte par une analyse très précise, comme Michel Hidalgo, qui dit : « Même ses pieds sont intelligents », c’est-à-dire que non seulement il a bien de l’intelligence dans son corps, mais jusqu’aux pieds, l’organe le plus éloigné du cerveau pourtant. Mais ce n’est pas parce qu’ils ont de l’intelligence dans les pieds qu’ils n’en ont pas aussi dans la tête. Comme l’a dit Thierry Roland : « Ce joueur-là est loin d'être manchot de la tête ! » C’est donc un préjugé de croire qu’ils sont manchots de la tête, seulement parce que leur intelligence est répartie dans tout leur corps, contrairement aux gens normaux.

Ce qu’il faut savoir, c’est que tout le monde est différent alors il ne faut pas juger les autres. On ne sait jamais où est l’intelligence dans le corps. Comme dit Mourinho : « Des fois nous voyons des personnes jolies sans cerveau, d’autres fois des personnes moches qui sont intelligentes, comme les scientifiques. Sur notre pelouse, c’est un peu comme ça ! » L’apparence du corps détermine le niveau d’intelligence, parce que c’est le corps qui produit la pensée.

Enfin, tout le monde est capable de se rendre compte que les problèmes que rencontre notre pensée a un lien avec le corps. Lorsque l’on est devant une situation difficile, on a tendance à dire, à l’image de Ribéry : « On a dur, franchement on a dur. »  Mais « dur » désigne une sensation physique. Les situations difficiles pour la pensée sont donc d’abord ressenties par le corps. Nous avons donc bien montré dans cette première partie que le corps est important, maintenant nous allons voir les limites du corps.

II/ Mais des fois le corps marche pas bien

Nous allons commencer par prendre des exemples pour montrer que le corps ne marche pas toujours très bien. On peut commencer par Ribéry : « Au niveau des sensations, je n'ai rien ressenti. » Le corps est censé pouvoir transmettre des sensations à la pensée, mais là le corps de Ribéry n’a pas bien marché. Autre exemple, Charles Biétry : « Il ne faut pas avoir la main qui tremble pour détourner ce coup franc, mais il ne faut pas avoir non plus le bras qui tremble, ni la tête qui tremble, pour prendre ses appuis ! » Là c’est un cas très compliqué, parce qu’il faut prendre ses appuis et détourner le coup franc, mais si le corps tremble, on ne pourra pas le faire. Mais nous pouvons trouver encore un exemple beaucoup plus grave, celui de Jean-Michel Larqué : « Le tir est passé entre les pieds, à hauteur de la hanche ! » On constate ici un corps complètement déformé, et on peut supposer que la pensée devient difficile avec un corps tordu à ce point.

Il arrive donc que le corps ait des imperfections. Mais le souci, c’est aussi que le corps n’est pas toujours ce qu’on espère, et aussi qu’on ne peut pas l’utiliser pour faire n’importe quoi. Même si un corps en bon fonctionnement est essentiel pour vivre, et pour faire face aux situations, il ne peut pas non plus être utilisé pour n’importe quoi, notamment pour être mangé. C’est ce qu’avait bien compris Louis Nicollin quand il disait : « On va pas se couper le cul en rondelles pour faire du saucisson. » Si Intermarché est fermé et qu’on veut manger du saucisson, on a beau avoir un corps qui nous permet de marcher jusque-là, il faudra faire l’impasse sur ce désir.

Le dernier problème, c’est que les facultés du corps sont encore mystérieuses et on ne les connaît pas toutes. Le cerveau, en particulier, est très complexe. Mais en pensant sans arrêt au cerveau et à sa complexité, nous oublions souvent que les autres organes aussi ont une part de mystère que l’on n’arrive pas bien à percer. Par exemple Vincent Guérin : « Je crois que j'ai deux pieds. J'ai cette faculté depuis tout petit. » Il n’en est pas sûr, parce que même s’il semble évident qu’il a deux pieds, nous sommes parfois sujets à des illusions, et finalement rien n’est certain. Ainsi, nous avons vu les problèmes que posaient le corps, à présent nous allons voir les solutions pour la pensée.

III/ Du coup il faut construire la pensée autrement

La première solution, puisqu’on ne peut pas toujours compter sur le corps, c’est de produire sa pensée tout seul, directement avec son esprit. Apparemment, c’est la solution qu’a choisie Ribéry lorsqu’il dit : « Moi personnellement, je me critique moi tout seul. » Son corps devrait être en mesure de se critiquer lui-même et de se réparer, comme n’importe quel organisme vivant, mais il préfère s’en remettre à son esprit et faire lui-même son autocritique.

La deuxième solution est de compter sur autrui pour construire un grand corps collectif : ainsi, les problèmes d’un corps seront compensés par les corps des autres qui s’additionnent. Une difficulté reste présente toutefois : il faut réussir à se coordonner, et ce n’est pas toujours simple. C’est ce qui a été constaté par Charles Biétry : « On le voit, que les Grecs ont plus envie de gagner que les Tchèques. Les Tchèques ont envie, mais pas ensemble. S’ils ne réussissent pas à marquer, c'est qu'ils ne parviennent pas à avoir tous exactement la même envie ! » C’est donc une solution à long terme, puisqu’il faut d’abord apprendre à avoir la même envie et à coordonner les corps en un grand corps collectif.

Enfin, en cas de désespoir, il reste toujours la religion. Parfois nous avons l’impression de ne plus avoir de solution, et si on est quelqu’un d’optimiste, la foi va prendre le dessus : on va se dire qu’on sera sans doute récompensé plus tard. Et cela fonctionne pour ceux qui y croient vraiment. Guy Roux l’avait bien remarqué chez des joueurs : « Ils ont l'bon Dieu dans les chaussures ! » De tout temps, la foi a été la réponse aux problèmes que l’on ne savait pas résoudre. Le problème du corps et de la pensée en fait partie, il faut donc compter sur Dieu.

En conclusion, nous avons donc vu que la pensée dépend du corps mais pas toujours et qu’il y a d’autres solutions.

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