Interview (ça y est, j'ose !)

Article un petit peu particulier par rapport à d'habitude... puisque c'est une interview. De qui ? Ben de moi ! Mais je ne l'ai pas faite moi-même, rassurez-vous, et contrairement à Emilie, je ne suis absolument pas schizophrène. Cette interview date un peu, certaines choses dites vous paraîtront redites, mais il a fallu le temps que la rédactrice mette tout cela en forme !

Interview de Caroline Giraud, auteur de Si la parole était d’or


Caroline Giraud n’est pas un auteur banal… Elle pourrait même apparaître un peu inquiétante, quand on lit les présentations qui sont données d’elle sur ses comptes Facebook, Twitter, son Blog, ses romans mêmes ou les journaux. De la « râleuse professionnelle » à la « cannibale », qui est vraiment Caroline Giraud ? Voilà une interview exclusive qui vous permettra d’enfin connaître la vérité sur cette auteure étrange, et de la faire parler un peu de son dernier roman, Si la parole était d’or. Avant de commencer, rappelons l’histoire de ce roman, dans lequel Caroline Giraud donne un second souffle au genre épistolaire en l’adaptant à l’ère du numérique. Emilie Chartier raconte à Aline une année décisive de sa vie par e-mail. Alors qu’Emilie souffre d’une maladie inconnue depuis son enfance, elle quitte sa famille et s’installe à Paris pour commencer une nouvelle vie, où elle tentera de guérir grâce à sa passion pour la philosophie.

Amélie Salomone : Pour commencer, pourriez-vous nous dire quelque mot sur votre passé d’écrivain ?

Caroline Giraud : Sans doute. Le premier « roman » que j’ai écrit se passait dans un collège avec un loup-garou. C’était écrit à la main, sur des vieilles feuilles de classeur. Je m’étais mise dans ma rue et disais à tous les voisins qui passaient « j’écris un livre. » Je crois que j’ai terminé ce roman, qui en tout devait faire… 20 pages. Ensuite, je me rappelle vaguement d’un autre roman avec une créature bizarre qui s’appelait le Chamauhort, une espèce de chameau qui voyage dans le temps. Puis il y a eu Mary Hist et le dragon de mer des glaces, mon premier roman publié à compte d’auteur. J’avais 13 ans et c’était il y a exactement dix ans.

AS : Joyeux anniversaire à Mary Hist alors ! Mais dites-moi… d’où vous est venue cette envie d’écrire ? Ce n’est quand même pas commun de publier un livre, même à compte d’auteur, à 13 ans.

CG : C’est sûr. Enfin, écrire n’est pas rare à cet âge, d’autant que c’est la période où les blogs ont commencé à apparaître, donc il était fréquent pour les jeunes d’écrire sur un blog, même s’il ne s’agissait pas de romans. Mais comme mon accès à internet était très surveillé, je suppose que je me suis tournée vers le roman en compensation.

AS : Et depuis, vous semblez avoir disparu du monde littéraire… où étiez-vous pendant tout ce temps ?

CG : Je n’avais pas disparu, j’ai simplement changé de nom. Je suis devenue Rodrigue Lancai et j’ai publié trois romans pour adolescents aux éditions Edilivre. Rodrigue Lancai était un anagramme de mon vrai nom, que j’avais pris parce que je suis timide.

AS : Vous êtes timide ?

CG : Oui. Je suis timide.

AS : Pourquoi avoir repris votre vrai nom alors ?

CG : Je ne sais pas trop. Avec la sortie de ce roman, j’ai non seulement changé de type d’édition (je me suis auto-éditée) mais aussi de façon d’écrire. Les romans de Rodrigue Lancai étaient très « classiques ». Ce que je veux dire, c’est qu’ils ressemblaient beaucoup à mes lectures de lycée : des romans fantastiques à forme traditionnelle, donc écrits au passé, selon le point de vue d’un seul personnage… Si la parole était d’or tranche immédiatement par sa forme. C’est à mi-chemin entre le journal intime et la correspondance : l’héroïne, Emilie Chartier, envoie des messages à une personne qui existe réellement, Aline, mais n’obtient jamais de réponse.

AS : Et pourquoi sa correspondante ne répond-elle jamais ?

CG : Je ne vais pas tout raconter non plus !

AS : Non, c’est sûr ! Mais concernant cette différence que vous relevez avec les livres de Rodrigue Lancai… est-ce que finalement vous n’êtes pas revenue à votre vrai nom parce vous racontez dans ce livre quelque chose de personnel ? N’y a-t-il pas des passages autobiographiques ?

CG : Beaucoup se posent la question, le livre est souvent présenté comme ça, et pourtant je donne toujours la même réponse : il s’agit bien d’une fiction. Certes, il y a des ressemblances entre Emilie et moi : j’ai moi aussi fait une classe préparatoire dans une grande école où je me suis fortement ennuyée, et des études de philosophie. Certains passages humoristiques racontant des anecdotes de prépa ou de cours à la fac sont de vraies anecdotes que je n’ai pas pu m’empêcher de mettre… mais l’histoire de fond est inventée.

AS : Au tout début de votre livre, il y a une dédicace adressée à une certaine « Marion ». Et plus tard dans le livre, le personnage, Emilie, demande à sa correspondante Aline de faire passer un message à « Marion. » S’agit-il de la même personne ?

CG : Vous avez le sens du détail… Mais oui, en effet. Marion est la personne qui non seulement m’a conseillé d’écrire ce roman, mais aussi qui a inspiré le personnage d’Aline. Je sais que c’est très flou parce qu’il y a peu de descriptions d’Aline, elle ne s’exprime jamais et on ne sait pas, en fin de compte, de qui il s’agit. Beaucoup de mes lecteurs (et plutôt lectrices) ont interprété que c’était une amie d’Emilie, mais ce n’est pas exactement ce que j’avais en tête…

AS : Mais alors, qui est Aline ?

CG : J’aime bien les interprétations des lecteurs. Je préfère les laisser me dire ça eux-mêmes !

AS : Etant donné que vous avez fait des études de philosophie, et moi aussi, je ne peux m’empêcher de penser que les noms des deux personnages que nous avons cités ne sont pas anodins. « Alain », le philosophe qui est si souvent cité par Emilie, ne s’appelait-il pas en réalité Emile Chartier ?

CG : Quand je dis que vous avez le sens du détail ! Eh bien, oui, vous m’avez percée à jour. Emilie Chartier et Aline sont bien les deux noms d’Alain, au féminin. Cette idée m’est venue après qu’une de mes amies a lu la toute première version du livre. A cause de sa forme un peu particulière, elle s’est demandé si la correspondante d’Emilie (qui ne s’appelait pas encore comme ça) existait vraiment ou si Emilie, qui est, rappelons-le, malade et souvent à l’hôpital, n’était pas tout simplement en train de se parler à elle-même. Comme je viens de le dire, j’adore les interprétations des lecteurs : donc imaginer Emilie avec un dédoublement de personnalité m’a beaucoup plu, et j’ai relevé l’ambiguïté en donnant ces noms-là à mes personnages.

AS : Et pour la suite, avez-vous d’autres projets ? D’autres livres en cours ?

CG : Oui ! En fait, Si la parole était d’or a été suivi de près par un roman (un vrai, cette fois ! Pas de lettres, pas d’anecdotes…) auquel je tiens beaucoup : La Loi de Gaia.

AS : Quelques mots de présentation sur La Loi de Gaia ?

CG : Si vous voulez. Il s’agit d’une dystopie. L’histoire se passe après une guerre nucléaire : les survivants du pays détruit par l’explosion passent pour des monstres et sont utilisés comme esclaves pour que les vainqueurs puissent se décharger de leur haine envers les criminels. Et dans cette atmosphère très noire, naît bien sûr la classique mais néanmoins plaisante histoire d’amour.

AS : Très bien ! Je vous remercie, Caroline, pour votre temps. Je vous souhaite bonne chance pour la suite et puisque j’ai constaté que vous étiez quelqu’un de finalement très sympathique, malgré les apparences, j’espère que j’aurai l’occasion de vous interviewer de nouveau.

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