Au nom de quoi de Dorian Meune

 Abigaëlle, Philippe, Sofiane, Bastien, Léopold.
Margot, Daphné, Théo, Lucas, et Romane.
Le 13 novembre 2015, tous verront leur vie basculer au Bataclan.

Depuis trois ans je chercher un livre qui me fera à nouveau pleurer. Un livre que je refermerai en priant pour que ça se termine autrement. Un livre que je lirai d’une traite parce que je ne peux pas m’arrêter au milieu de l’histoire.
Ce n’est pas ce livre-là. Pas encore.
C’est vrai, j’ai pleuré et je l’ai lu d’une traite, et pourtant je l’ai commencé un peu tard le soir… Mais ce livre n’est pas parfait. Oui, j’ai pleuré, mais facile de faire pleurer avec ce sujet-là (surtout moi). Et il se lit d’une traite, je pense à cause de sa construction. Si je m’étais arrêtée avant de dormir, je me serais embrouillée dans les personnages le lendemain. C’est simplement un livre qu’il faut acheter et lire. D’une part, parce que la moitié des bénéfices sont reversés à une association qui œuvre en faveur des victimes du terrorisme, donc vous ferez une bonne action. Ensuite, c’est un livre autoédité, et il faut donner aux bons livres autoédités leur juste place. Et en plus, c’est un beau livre

Je vais commencer par les défauts, parce que finir par les qualités sera plus marquant. J’y ai trouvé quelques défauts, en effet, mais parce que je suis une râleuse professionnelle et je suis extrêmement difficile en livres, et que c’est extrêmement rare que je me plonge dans l’histoire à un tel point que j’en oublie la forme. Le jour où ça arrivera… justement, je l’aurai trouvé, mon livre qui fait pleurer, que je lis d’une traite et dont je regrette la fin. J’en ai quelques-uns, mais très, très peu.
J’ai noté quelques fautes de style, mais bon, ça arrive à tout le monde. Enfin, je ne les ai pas « notées », mais je les ai remarquées. Rien de bien dérangeant. Il y a aussi quelques fautes de frappe et il faut avouer que ça m’arrange parce que je paranoïaquais avec mon propre livre à cause des coquilles.
Le plus gros défaut d’écriture, à mon sens, c’est le fait que l’auteur a clairement essayé de changer de niveau de langue selon les personnages. Il y a l’adolescente, le petit garçon de huit ans, l’hôtesse de caisse, l’étudiant homosexuel, le rockeur… et bien sûr, ces personnes ne parlent pas toutes de la même façon. Comme on suit la journée de chaque personnage au point de vue interne, il est logique que le langage change… malheureusement, c’est raté, parce que c’est le même style, celui de l’auteur, qui reste finalement le même pour tout le monde, à part quelques mots caractéristiques qu’il a cru suffisant pour différencier les dix personnages. Bref, une bonne idée laissée en suspens. Ce défaut m’a particulièrement frappé dans la dernière partie : le petit garçon de huit ans fait une tirade très émouvante… mais il parle comme s’il avait vingt ans. Et encore, j’ai plus de vingt ans mais je ne parle pas comme ça à l’oral.

Malgré tout, Au nom de quoi reste un très bon livre. On peut craindre un auteur qui prend ce genre de thème, mais il le fait bien. La construction est très intéressante. On suit dix personnages, ce qui m’a fait peur au début, je pensais qu’il y en aurait trop, qu’on finirait par s’embrouiller. Mais chaque personnage a trois chapitres : Avant, Pendant, et Après. Avant, on les voit acheter leur billet pour le concert, faire le mur parce que les parents ont interdit d’y aller, s’enthousiasmer ou même pleurer de joie. La première partie est très grinçante étant donné que, vu le sujet, on sait tous ce qui va se passer ensuite. On anticipe déjà quelles vont être les réactions de ceux qui ont voulu interdire à leur fille de sortir, ou ceux qui ont offert ces places en cadeau d’un événement important. La deuxième partie raconte le concert, et la fusillade qui semble arriver un peu vite lors du premier témoignage, mais on découvre une profondeur réelle à tous ces personnages et le travail de l’auteur est particulièrement bien accompli. Chaque personnage montre des réactions très humaines et pourtant toujours différentes les unes des autres. Certains des personnages du roman se croisent pendant leur fuite, façon de montrer que « la foule qui crie, fuit et tombe » n’est pas une foule, justement : les « autres » qui ne sont que des « autres » du point de vue individuel d’un personnage. Mais quand on lit l’ensemble, on met des visages sur ces « autres ». Quelque chose qui manquerait ? Peut-être : le point de vue du premier qui meurt, le premier touché. Parce que les premiers morts, rien à faire, ce seront toujours « les autres. »
La troisième partie raconte la suite… les conséquences pour ceux qui survivent, les réactions de la famille pour ceux qui meurent. Et c’est une partie difficile, mais belle. Qui a réussi à changer mon point de vue sur les divers rassemblements pour mettre des bougies.


Je ne pense pas qu’il soit possible de détester lire ce livre. Je pense que c’est un livre que vous pouvez tous acheter, et tous lire, parce que ça en vaut la peine (même maintenant que j’ai mis en avant tous les défauts !) Alors, je le dis : lisez Au nom de quoi, sauf si vous n’êtes pas très réceptif à ce genre de choses…

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