L'Indé Panda

Depuis un certain temps, je me dis qu’il faudrait que je parle à mon tour de ce beau projet qu’est le magazine l’Indé Panda, au service des auteurs autoédités. Un beau projet qui soutient l’autoédition et vise à la faire reconnaître, ou du moins à montrer que non, les auteurs autoédités ne sont pas seulement les ratés qui racontent leur vie dans leur campagne et qui n’intéressent personne. J’avais déjà écrit un article sur l’autoédition, auquel je vous renvoie : Y a-t-il de bons livres autoédités ? 

Ces bons livres autoédités, dont j’ai parlé dans mon premier article, sont malheureusement perdus au milieu de la profusion de textes autoédités dont certains sont très mauvais, et la difficulté soulevée par les créateurs de l’Indé Panda, qui est une difficulté réelle, est justement celle-ci : comment choisir le bon livre dans cette liste qui n’en finit pas ? Certains aimerons peut-être se lancer dans l’inconnu et découvrir au hasard de nouveaux auteurs (ce qui n’est absolument pas mon cas), d’autres n’ont pas envie de prendre le risque de tomber sur un mauvais texte, ce qui est tout à fait compréhensible. Voilà donc quel est le projet de l’Indé Panda : tous les trimestres, sortir un numéro comportant une douzaine de nouvelles écrites par des auteurs autoédités et sélectionnées par le comité de lecture de l’Indé Panda. Ainsi vous pourrez :
- Lire des nouvelles gratuites et choisies (ce qui signifie que vous échappez immédiatement au risque de la mauvaise orthographe, puisque les nouvelles comportant des fautes sont immédiatement éliminées de la sélection)
- Découvrir des auteurs autoédités qui savent écrire et peuvent être intéressants. Vous trouverez d’ailleurs des interviews des auteurs sur le blog de l’Indé Panda.
- Vous précipiter ensuite sur les romans des auteurs que vous avez appréciés. En plus, certains auteurs sont déjà passés deux fois dans l’Indé Panda (dans les deux premiers numéros quoi, puisque pour le moment il n’y en a que deux).
Quant à ce dernier point, je peux vous assurer que ça fonctionne, on découvre vraiment des auteurs que l’on veut suivre, puisqu’après ma lecture des magazines j’ai acheté deux e-book de leurs auteurs (pour les curieux, les auteurs en question sont Solenne Hernandez, auteur de la nouvelle « Je m’appelle Marion » dans le second numéro, et Marie Havard, qui a écrit « La femme sans visage » dans le premier numéro).

J’ai, en effet, lu le deuxième numéro avant le premier, et cela tient en fait à l’organisation et au choix des textes, un point sur lequel je vais m’attarder puisque pour faire une chronique générale qui ne soit pas 12 petites chroniques sur les nouvelles, il faut que je m’arrête sur le travail des créateurs, c’est-à-dire : le choix des textes et leur ordre d’apparition dans le recueil.
Je vais commencer d’abord par le choix des textes. Il y a quelque chose que j’ai beaucoup apprécié, c’est la diversité des textes choisis. Je ne les ai pas tous aimés, bien sûr, mais c’est bon signe : je n’ai pas tout aimé parce qu’il y avait des styles ou des genres que je n’aimais pas, alors que d’autres oui. On voit que la sélection est sérieuse et cherche à être objective : ce n’est pas simplement le goût particulier du comité de lecture qui est pris comme critère, mais je pense qu’il y a un véritable travail dans le choix. En effet, il y a des textes écrits de façon orale, d’autres avec un style beaucoup plus carré, d’autres faciles à lire, d’autres plus compliqués qui invitent le lecteur à réfléchir. Comme vous le savez, c’est ce dernier point qui m’intéresse le plus, et j’ai été contente de trouver ce genre de nouvelles, puisque cette façon d’écrire n’est pas celle qui trouve le plus large public.
Bref, une démarche que j’apprécie puisque je m’attendais, par préjugé issu du dépit de toujours trouver les mêmes choses, à voir une profusion de textes commerciaux, faciles à lire, sur des thèmes communs et connus, ou originaux dans le fond, au lieu de l’être sur la forme.
En conclusion, moi et mes goûts de philosophe qui n’arrivons plus à lire des romans populaires à force d’être écrasés sous Kant et Platon avons quand même apprécié, non pas chaque texte individuellement, mais les différents textes mis ensemble dans un même recueil, parce que leur combinaison était bonne. Evidemment, on ne peut pas rassembler tous les genres, styles et domaines en 12 nouvelles, mais il apparaît dans les deux premiers numéros une volonté de ne pas toujours mettre la même chose et de vraiment varié, j’ai donc l’espoir véritable de voir encore dans les numéros suivants d’autres domaines d’écriture explorés par les auteurs.

Venons-en à l’organisation. J’ai d’abord lu le second numéro et cela tient essentiellement à l’ordre des textes, puisque la nouvelle dont j’ai parlé tout à l’heure, « Je m’appelle Marion » de Solenne Hernandez, est la première du recueil, et c’est bien cela qui m’a poussée à continuer à lire les nouvelles suivantes. Alors que dans le premier numéro, comme je n’avais pas du tout aimé la première nouvelle, je n’avais pas été plus loin. Je l’ai fait quand même ensuite grâce notamment aux auteurs qui avaient été publiés dans les deux recueils : la curiosité m’a fait aller voir ce qu’ils avaient écrit dans le premier numéro.
Toutefois, même si je n’ai pas aimé la première nouvelle du premier numéro, qui s’appelle « Dépendance » et est écrite par Nathalie Bagadey, au point quand même que j’ai failli me détourner complètement de l’Indé Panda (elle me semblait vraiment, vraiment trop « lèche-botte », mais je ne peux en dire plus pour ne pas spoiler), malgré tout je pense que ce choix était bon, et surtout qu’il était logique. D’ailleurs, même si je n’aime pas, de façon très personnelle, la nouvelle est bien écrite. Le point fort l’auteur, Nathalie Bagadey, qui est également dans le second numéro avec « La sirène », est la chute : la fin est surprenante pour les deux textes, et l’art de la chute est quelque chose que j’admire chez les autres puisque je suis moi-même tout à fait incapable de faire la même chose. Je vous recommande donc d’aller voir les deux nouvelles dont je viens de parler (même « Dépendance ! » Je sais bien que si je ne suis pas capable de lire dans un bon état d’esprit un texte qui parle de Greenpeace dès la deuxième ligne, c’est strictement personnel, et que cela ne retire rien à la bonne construction de la nouvelle en elle-même.)
Finalement, les ouvertures des deux premiers numéros étaient bien choisies selon moi. De toute façon, il est évident que la première nouvelle présentée sera déterminante donc nul doute que cela ait donné lieu à une longue réflexion des créateurs. La difficulté vient avec la suite.

Pour le premier numéro, j’ai eu l’impression que les nouvelles plus profondes étaient rassemblées au début. Je n’ai pas beaucoup aimé la première, mais à la suite j’ai commencé à avoir l’impression que c’était meilleur que le deuxième numéro, impression qui s’est finalement relâchée sur la suite. Il y a beaucoup moins du nouvelles « amusantes » sur celui-ci, l’accent a été mise sur les sérieuses (science-fiction, historique ou psychologiques). Il y a de belles idées, mais j’ai été plutôt déçue de la suite. Mon avis est personnel puisque j’ai une large préférence pour les nouvelles sérieuses, j’ai donc moins aimé la partie « amusante » qui est la deuxième partie du recueil.

Le second numéro comporte 11 nouvelles, la première étant « Je m’appelle Marion » de Solenne Hernandez, très beau texte, très poétique, et qui (point qui m’a fait acheter le roman de Solenne juste après) apporte une belle représentation de l’existence d’une personne qui n’est pas comme toutes les autres et à qui l’on ne peut pas reprocher de souffrir ; la dernière étant « Le Voyage » de Cindy Costes (auteur dont j’avais déjà lu, soit dit en passant, la nouvelle « C’est pour ton bien », qui abordait un problème social et psychologique intéressant bien que l’écriture ne soit par ailleurs pas du tout à mon goût), l’histoire d’un couple qui entreprend un voyage très particulier pour se reconstruire. Bon agencement selon moi, car l’ouverture et la fermeture apportent un message d’espoir, l’une faisant écho à l’autre.
Pour les autres nouvelles, il y a globalement un équilibre entre les nouvelles « sérieuses » et les nouvelles que je vais appeler « amusantes » (je mets dans « amusantes » les nouvelles comiques, les nouvelles à chute, et les nouvelles avec un style oral). Je mets dans les sérieuses : « Je m’appelle Marion » de Solenne Hernandez encore une fois ; « La belle retraite » de Khalysta Farall, dystopie qui interroge le rôle du travail dans la société ; « Le Vagabond » d’Alan Spade, thriller fantastique type La Momie ou Indiana Jones, ce qui signifie dans mon langage qu’il y a une statuette maléfique sortie d’une tribu du tiers-monde et qui va faire des ravages ; « A l’abri » d’Eric Abbel, de nouveau du futuriste pessimiste ; et enfin « Le Voyage » de Cindy Costes dont j’ai déjà parlé. Quand on regarde l’organisation globale, ce que je remarque est surtout le fait que, malgré l’alternance, les nouvelles sérieuses sont surtout sur les bords (au début et à la fin du recueil), et au centre de la liste se trouve une série de trois nouvelles amusantes : SOS de Jeanne Sélène, nouvelle à chute ; « Le petit chat est mort » de Nicolas Chevolleau, écriture orale ; « Le seigneur du château » de Patrice Dumas, nouvelle à chute. Construction que je trouve judicieuse puisque ce passage de nouvelles comiques au milieu permet de faire une pause dans la difficulté des thèmes abordés par les autres.

Voilà ce que j’avais à dire, je pensais faire quelques arrêts précis sur les nouvelles que j’ai préférées mais j’en ai finalement parlé en faisant la critique du magazine en lui-même. Si vous voulez en savoir plus sur l’Indé Panda, vous pouvez aller voir les liens ci-dessous.

Liens :

Twitter : https://twitter.com/LIndePanda
Facebook : https://www.facebook.com/LIndePanda
Booklaunch : http://booklaunch.io/indepanda/presentation

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Enooormes : trois héroïnes contre les préjugés

Le texte de la semaine # 1 – Les Mains Sales, Jean-Paul Sartre

Le texte de la semaine # 5 – « Le cheval et l’âne », La Fontaine