samedi 27 mars 2021

Dans les pas de Nietzsche

 

C’est la première fois que je chronique un manga, mais c’est un manga sur Nietzsche, alors on ne change pas trop nos habitudes !

 

Je vous présente aujourd’hui ce petit manga en trois tomes (est-ce qu’on peut parler d’une trilogie ?) qui suit le personnage d’Arisa, une jeune fille qui vient de subir une déception amoureuse et ne sait pas comment réagir. Elle va à un endroit où les gens font traditionnellement des vœux et souhaite être capable de changer, pour ne plus être obnubilée par cette situation. Vœu exaucé : le destin lui envoie Nietzsche (ou plutôt sa réincarnation) pour qu’il fasse d’elle un surhomme !

 

Dans une histoire assez amusante, les principaux concepts de Nietzsche sont expliqués, simplement mais efficacement, proposant une bonne introduction aux plus curieux qui ne veulent pas pour autant se lancer dans l’intégral des traités de Nietzsche. On définit le surhomme, la morale des esclaves, l’éternel retour, le ressentiment, l’amour du destin…

 




La petite présentation de Nietzsche qui occupe le premier tome devient vite un débat plus large sur l’existence, avec plusieurs réincarnations de philosophes qui s’invitent dans l’histoire et exposent d’autres notions : Schopenhauer et son pessimisme légendaire, Sartre et la contingence, Kierkegaard et même Jaspers (que je connaissais très mal personnellement, c’est sympa d’en entendre parler par ce biais !)

 

Plusieurs points permettent de réfléchir à l’existence, la mort, les émotions, puisque ce sont les thèmes principaux pris en compte ici. Et pourtant, le manga a la pure brillante idée de bien distinguer le philosophe du coach de vie. Enfin un livre qu’on n’a pas intérêt à voir dans le rayon « développement personnel » de la librairie !

 

C’est vraiment un manga très sympathique. Pour les lecteurs de manga qui ont du mal en philo, c’est vraiment l’occasion d’essayer de s’y intéresser un peu par une voie détournée.

mercredi 24 mars 2021

Disney : mes princesses préférées

 Bonjour à tous !

 

Il y a quelques temps j’avais fait plusieurs articles sur Pokémon, pour vous parler un peu de moi et de mes goûts, et pour fêter la sortie du livre Philosophe, Pikachu !  Suite à cela, j’ai pensé que je pourrais en faire un ou deux sur Disney. Par pour fêter une sortie, puisque Il en faut peu pour philosopher a déjà un an, mais plutôt en l’honneur de mon projet en cours, pour l’instant nommé Cruelle ou Maléfique ? Essais sur la représentation sur mal chez Disney (titre provisoire).

 

Je vais commencer aujourd’hui par parler des princesses. Et pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, un lien vers le livre de pop-philosophie sur Disney, dans lequel on parle du Livre de la jungle, Aladdin, la Belle et la Bête, le Roi Lion, Maléfique et 1001 pattes :

 

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Voilà la liste des princesses que j’ai mis dans le classement : Blanche-Neige – Cendrillon – Aurore – Ariel – Belle – Jasmine – Pocahontas – Mulan – Tiana – Raiponce – Mérida – Vaiana – Elsa – Anna

 

Premier groupe : booooof

Elsa – Anna – Cendrillon - Blanche-Neige – Aurore

 

Même si je suis à chaque fois impressionnée par la créativité visuelle de Blanche-Neige et la Belle au bois dormant… c’est quand même ultra chiant comme histoires. D’ailleurs, la dernière fois que j’ai vu Blanche-Neige, j’avoue ne pas avoir été hyper à l’aise de voir une gamine de 14 ans traiter comme des enfants 7 hommes adultes sous prétexte que ce sont des nains. Mais peut-être que je suis juste en train de me faire endoctriner par la propagande féministe. Ou pas, puisque Anna et Elsa, qui sont quand même d’un tout autre modèle, m’ennuient aussi pas mal. Concernant Cendrillon, je trouve qu’elle ne sert pas à grand-chose, mais pour ceux qui s’insurgeraient de la place de la femme dans Disney, sachez que le prince a très exactement deux lignes de dialogue, et que sa tête est coupée dans la scène du mariage.

 

Deuxième groupe : je reconnais l’intérêt objectif du personnage mais il me laisse indifférente

Mulan – Mérida – Vaiana – Pocahontas

 

Ces quatre-là sont dans grandes héroïnes de Disney et je le reconnais volontiers. Reste qu’elle me laissent plutôt indifférentes. Le personnage de Mulan, notamment, est très fort, intéressant, et source de très belles identifications, mais il ne m’a jamais passionnée plus que ça.

 

Troisième groupe : J’adore et je pourrais m’identifier

Ariel – Jasmine – Tiana – Raiponce

 

Je vais passer plus de temps sur cette catégorie. Pour les précédentes, vu que je ne les aimais pas spécialement, je n’avais rien de très intéressant à dire, mais là j’aimerais m’étendre. Et commencer par mettre Jasmine de côté parce que même si elle fait largement partie de mes trois princesses préférées, je ne suis pas sûre de pouvoir expliquer pourquoi.

Le point commun entre Ariel, Tiana et Raiponce ? Comme le dit la chanson de Raiponce… elles ont un rêve. Tiana doit être celle qui me ressemble le plus. Elle a un travail qu’elle rêve de pouvoir exercer un jour et fait tout ce qu’elle peut pour y arriver. C’est une acharnée de travail, mais aussi quelqu’un qui ne perd pas de vue son objectif. Est-ce que le fait que la passion de Tiana soit la restauration participe au fait que je l’apprécie ? Possible. C’est vrai, j’aime manger.

Ariel et Raiponce ont aussi une passion (les humains pour l’une, les lumières du ciel pour l’autre). Et là où il y a encore quelque chose où je me reconnais est le conflit avec leurs parent, qui ne comprennent absolument pas cette passion. Le père d’Ariel hait les humains et ne veut même pas en entendre parler. Certes, la Mère Gothel n’est pas vraiment un parent au sens propre, et si elle essaie de réprimer la curiosité de Raiponce, c’est pour une toute autre raison, mais ses mises en garde résonnent quand même beaucoup en moi.

 

Feu ma préférée… oui feu, à cause du film :’(

Belle

 



Bon. Belle, c’était ma préférée dans mon enfance, je pense que ça ne changera pas, même si maintenant je vais avoir l’ombre du film par-dessus. Ce qui est drôle avec ce personnage, c’est que même si elle est restée ma préférée, ce n’est plus du tout la même chose que j’y vois. Dans mon enfance et mon adolescence, si j’adorais Belle, c’était dû, premièrement, au fait qu’elle lise beaucoup et aime s’évader dans la lecture. Comme elle, j’étais solitaire, et ne trouvais personne avec qui parler parce que j’avais des préoccupations bien différentes de la plupart des personnes de mon entourage (à part la lecture et l’écriture franchement, il n’y avait pas grand-chose qui m’intéressait…) Aujourd’hui, je suis encore celle qui s’ennuie à la campagne (et suis ravie de travailler dans une grand ville pour avoir quand même mes repères), mais je vois surtout en Belle un personnage qui donne sa chance même à celui qui est colérique, injuste, méchant et désagréable.

Cet aspect a été très bien conservé dans l’adaptation de Belle dans la série Once upon a time et j’ai de nouveau adoré le personnage. Et puis il y a eu ce film……… Pour ceux qui me connaissent bien, sachez que non, le problème n’est pas que Emma Watson (même si ça joue beaucoup). Je pense que tout le monde comprendra qu’un acteur qu’on n’aime pas dans un rôle qu’on adore, ça ne fait pas plaisir. Mais la Belle cultivée et intelligente du dessin-animé est devenue une pauvre cruche qui a lu trois livres dans sa vie et n’a visiblement jamais rien lu de mieux que Roméo et Juliette (oui je suis méchante et pas du tout objective), qu’en plus elle n’a compris qu’au premier degré puisqu’elle n’y voit qu’une histoire d’amour. Même la Bête se moque d’elle quand elle dit ça, tellement ses lectures sont banales et peu approfondies. Bon et il y a Emma Watson aussi. Je veux bien vaguement avouer que j’aurais été un peu moins méchante avec une autre actrice, même si je déteste ce qu’ils ont fait du personnage, surtout après l’adaptation de Once upon a time.

 

Article sans doute plus ironique et plus cru que ceux que j’avais fait sur Pokémon, mais Disney déchaîne les passions, c’est bien connu, surtout aujourd’hui à l’heure des adaptations en live-action. Il semble qu’on soit obligé soit d’aimer les adaptations, soit de détester la machine à fric, et pourtant, j’en ai trouvé certaines très intéressantes, avec de beaux partis pris (Le Livre de la Jungle, Aladdin, Maléfique… et j’ai bon espoir pour Cruella), d’autres totalement inutiles tellement c’était identique (Le roi lion….) et enfin les dernières où j’ai bien vu qu’il y avait une volonté de faire quelque chose de nouveau, comme on monterait une pièce de théâtre classique avec des choix de mise en scène contemporains, mais où j’ai trouvé que les choix supprimait quelque chose au lieu de rajouter du sens (Mulan, La Belle et la Bête).

 

lundi 15 mars 2021

Idée de lecture : l'art

 Bonjour à tous !

Avec un peu de retard, puisqu’il n’y en a pas eu le mois dernier, voilà le nouvel article d’idées de lecture à thèmes.

Celui-là m’a pris du temps, déjà parce qu’il fallait trouver des romans ou nouvelles sur ce thème, ce qui n’est déjà pas évident, et ça l’est d’autant moins que c’est une des notions de philosophie qui m’est totalement insupportable. Je n’aime pas du tout les questions portant sur l’art, questions qui ne m’intéressent pas. Mais du coup, je trouve que c’est important d’avoir des lectures de fiction à proposer, pour pouvoir aborder ces questions en un biais détourné.

La philosophie de l’art est une branche extrêmement vaste et large, autant que la philosophie des sciences ou la philosophie politique. En terminale, où l’on peut parler de beaucoup de choses, on aborde généralement ces aspects :

- L’art et la morale : par exemple, l’art doit-il respecter les valeurs morales ou est-il plutôt fait pour choquer ? Peut-on juger de la valeur esthétique d’une œuvre clairement immorale ?

- L’art et la vérité : l’art apporte-t-il une vérité sur le monde ? Quel genre de vérité ?

- L’art et la beauté : une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ? Est-ce son objectif ? Quels critères permettent de définir le beau ?

- L’art et la technique : Quelle différence entre un artiste et un artisan ? Un objet technique peut-il devenir une œuvre d’art ?

Les romans que je propose aujourd’hui interrogent plutôt l’aspect politique et moral (le seul qui m’intéresse un minimum à vrai dire, davantage grâce à la politique qu’à l’art, mais peu importe), à part l’un d’eux.

 


Ma première suggestion n’a pas l’art comme thème principal, mais une réflexion secondaire du livre propose un bon débat sur l’art et la morale. Dans La vérité sur l’affaire Harry Québert, le personnage éponyme est un grand écrivain salué pour un roman perçu par tous comme un chef-d’œuvre, Les Origines du mal. Tout le monde lit Les Origines du mal et prétend que c’est le plus grand roman d’amour jamais écrit. Puis un jour, on découvre que l’histoire décrite est inspirée de la relation qu’a eu l’auteur avec une adolescente de quinze ans. Aussitôt, cette œuvre pourtant artistiquement adulée devient un scandale, un texte qu’il est honteux de lire, même les critiques littéraires reviennent sur leurs précédentes affirmations. Pourtant, l’œuvre est toujours la même. Les qualités littéraires qu’on y avait trouvées n’ont pas disparu. La seule chose qui change, c’est la personne de l’auteur. Un écho très fort à un débat très fort actuellement : peut-on distinguer l’artiste de l’œuvre ? Je ne dis évidemment pas « l’homme de l’artiste », ce qui n’a aucun sens. En revanche, l’œuvre est un objet distinct de l’individu qui l’a écrit. Comment une œuvre dont on connait l’auteur pourrait-elle être moins bonne, artistiquement parlant, que la même œuvre écrite de façon anonyme ?

 


Les deux romans suivants ont en commun d’être des enquêtes policières plongeant dans le monde de l’art. La différence sera que la première est une dystopie espagnole, la deuxième un polar contemporain français. Clara ou la pénombre de Somoza se passe dans un futur proche, où certains individus peuvent avoir comme métier « toile » : un mannequin amélioré, que les artistes peuvent utiliser pour les peindre, puis les exposer en tant qu’œuvres d’art. Une belle illustration du sujet : le corps peut-il être objet d’art ? Corps qui a été représenté dans toutes les formes d’art, mais dont la représentation faisait parfois scandale. C’est la première question que l’on peut se poser dès le début du roman, mais une deuxième réflexion va se construire au fil de l’enquête, car plusieurs « toiles » sont ainsi assassinées dans un projet artistique. Je n’en dis pas plus, et vous laisse découvrir la chute du roman par vous-mêmes.

 


Efface toute trace de François Vallejo (qui malgré son nom à connotation espagnole, est français) présente également une enquête sur une suite d’assassinats qui sont aussi un projet artistique. Ceux qui me suivent sur les réseaux savent que finir ce livre a été une atroce souffrance et que j’ai détesté. Mais ce qui me suivent savent que je passe mon temps à distinguer le goût personnel de la qualité objective d’une œuvre, et je soutiens que c’est un très bon livre (Rappel de mon article sur les « commentaires constructifs » ici : LIEN). Le problème c’est que je n’aime pas (mais alors pas du tout) les polars, et le deuxième problème c’est (comme je l’ai dit au début) que je ne trouve aucun intérêt aux réflexions sur l’art. Donc un polar qui apporte une réflexion extrêmement profonde et poussée sur l’art ne m’a pas plu, ce qui ne m’empêche pas d’affirmer qu’il y a une réflexion très poussée sur l’art (et plus particulièrement l’art contemporain, la possibilité de faire d’un objet quotidien une œuvre, sa valeur marchante, la valeur des copies…)  et qu’il passionnera quiconque s’intéresse au sujet. Dans ce roman, ce sont des collectionneurs qui sont assassinés peu à peu. L’enquêteur est bientôt contacté par le meurtrier lui-même, ce qui permet une construction intéressante de la narration. En parlant de narration, le livre est rédigé sous forme de compte-rendu du narrateur envers ceux qui l’ont engagé pour mener l’enquête, ce qui est très agréable à lire. Et nous retrouvons quelques questionnements qui étaient déjà posés par Somoza. Je me permets un petit extrait : « La mort de cinq hommes, presque six, doit-elle être considérée comme une réussite artistique ? Une œuvre d’art, en général, est-elle acceptable, si elle est homicide ? (…) Tout artiste est-il par principe innocent des catastrophes que son invention est susceptible de provoquer ? »

 


Pour finir, j’avoue avoir moi-même écrit une nouvelle sur l’art, mais « Cendres d’art » interroge plutôt son rôle politique (comme je l’ai dit, le seul qui m’intéresse). Une dystopie dans un monde où l’art (et plus généralement le passé, l’ensemble des monuments historiques ayant également été détruits) n’existe plus. Je ne peux pas être plus précise sans dévoiler, alors je vous invite à la lire car, comme toujours, elle est gratuite au téléchargement.

lundi 1 mars 2021

Le langage dans Buffy : de l’épisode muet à l’épisode musical (1)

 Après m’être penchée sur les saisons qui sont peut-être les moins aimées de la série (saison 4 et saison 6), je vais passer à l’analyse de deux épisodes qui sont, au contraire, extrêmement populaires. L’épisode 10 de la saison 4, « un silence de mort », plus connu comme l’épisode muet ; l’épisode 7 de la saison 6, « Que le spectacle commence », s’y oppose en tant qu’épisode musical. Même si les deux épisodes sont à mettre en relation, ils sont si riches que nous allons plutôt les voir en deux articles, pour prendre le temps de les analyser.

 

Le point commun évident entre ces deux épisodes est le traitement qui est fait des dialogues. Dans le premier, les dialogues sont absents ; dans le deuxième, ils sont déployés dans des chansons. L’un comme l’autre pose alors la question du langage, le rapport que nous en avons et son importance dans la société. Le langage, tel qu’il est utilisé quotidiennement, est le juste milieu entre ces deux extrêmes, mis en scène par ces épisodes : le défaut de langage, ou le silence, et l’excès de langage, la parole chantée.

 

Commençons par l’épisode muet, qui est de loin le plus riche, et celui qui pose tous les problèmes liés au langage. L’épisode musical, qui vient plus tard dans la série, sera une réponse et un complément aux réflexions déjà proposées par l’épisode muet.

 

Commençons par rappeler le contexte de l’épisode muet, épisode 10 de la saison 4. Buffy et Willow sont à la fac, elles suivent le cours de psychologie du professeur Maggie Walsh. Son assistant, Riley, fait partie d’une organisation militaire secrète qui combat les démons. Depuis quelques temps, il aimerait sortir avec Buffy mais n’ose pas le lui demander. Willow est seule depuis que son petit ami Oz est parti, et commence à se réfugier dans l’exercice de la magie. Alex, qui vit dans le sous-sol de ses parents, a entamé une relation avec l’ex-démon Anya.

 

L’épisode lui-même se construit en trois parties. Dans une partie introductive, les personnages ont encore l’usage de la parole, et plusieurs éléments vont exposer différents problèmes du langage : le fait que ce langage serve parfois à « parler pour ne rien dire » et qu’il vaudrait mieux se taire ; le fait que l’on n’arrive pas toujours à exprimer ce que l’on veut dire par les mots ; le fait que l’on a besoin du langage, qu’on a besoin d’entendre  dire les choses, même quand on sait. L’importance extrême du langage dans notre société sera d’autant plus évidente dans la deuxième partie de l’épisode : après le passage des Gentlemen, des monstres silencieux, tout Sunnydale perd la parole. Toute la journée, Buffy et Willow vont découvrir comment l’être humain réagit, une fois privé de parole : désespoir, panique, tristesse, refuge dans la prière, violence… Enfin, dans la troisième partie, alors que Buffy part à la recherche de les Gentlemen pour les combattre, tous les problèmes de langage rencontrés dans la première partie vont trouver leur solution dans ce silence : tout ce qui ne pouvait pas être dit par les mots va être exprimé autrement.

 


Reprenons ces trois parties pour un résumé détaillé de l’épisode :

 

« Notre propos est la communication » : telle est la première phrase, sur la première image de l’épisode. Elle est prononcée par le professeur Walsh pendant un de ses cours. Le professeur ajoute : « Le langage en fait partie [de la communication] » mais il n’est pas la seule façon de communiquer : « Il s’agit de pensées et d’expériences pour lesquelles nous n’avons pas de mots. » Le thème de l’épisode est posé.

En réalité, ce cours est un rêve de Buffy qui s’est endormie pendant le véritable cours du professeur Walsh. On s’en rend vite compte, étant donné que la Walsh du rêve demande à son assistant Riley de l’embrasser devant la classe pour faire une démonstration. C’est le premier baiser de Buffy et Riley à l’écran, même s’il n’est pas réel : aucun des deux n’a encore osé avouer à l’autre qu’ils souhaitaient une relation. Buffy se retrouve brusquement dans le noir, et se voit elle-même, plus jeune, en train de chanter une chanson, une boite dans les mains. Nous avons déjà ici l’esquisse de ce que sera l’épisode musical : la chanson qu’elle entend est une prophétie. Ce langage supérieur à la parole quotidienne dévoile des choses que l’on ne peut exprimer d’habitude : l’avenir.

Buffy se réveille à la fin du cours. Willow la laisse seule avec Riley et part rejoindre le groupe de sorcières. Face à face, Buffy et Riley ne communiquent que par des mensonges : Buffy prétend avoir des recherches à faire ce soir-là, alors qu’elle ira patrouiller ; Riley patrouillera également au sein de l’Initiative, il prétend avoir des copies à corriger. Au moment où ils sont sur le point de s’embrasser, c’est à nouveau le langage qui les bloque : Buffy demande « Mais quelles copies ? », étant donné qu’il n’y a pas encore eu de travaux à rendre.

 

De leur côté, Alex et Anya arrive chez Giles en se disputant ainsi :

Alex : « Je comprends pas pourquoi tu dis ça (…) Comment tu peux dire que je profite de toi ? »

Anya : « (…) Tu me demandes même pas ce que je fais. »

Alex : « On en parlera tout à l’heure. »

Anya : « On peut en parler tout de suite. »

L’objet de leur dispute est le suivant : Alex étant très discret sur ses sentiments, Anya doute qu’il soit vraiment intéressée par elle en tant que personne. Quand elle le force à exprimer ses sentiments, il bafouille et ne parvient pas à la faire.

 

Nous passons ensuite à Willow, qui participe à une réunion du groupe de sorcières. Celles-ci prononcent des formules mystiques, enchaînant des paroles sans aucun sens. Rappelons le lien essentiel entre le langage et la magie : la croyance en la magie est la conscience de la puissance toute particulière du langage. Dire quelque chose, c’est produire des effets sur les autres : en parlant, je peux donner des ordres et provoquer des réactions, je peux blesser quelqu’un, je peux influencer son action, etc. La magie pousserait ce principe au monde matériel : en prononçant une formule magique, la nature elle-même m’obéira. Mais Willow, bien consciente de ce que peut la magie, ne semble pas prendre cette réunion au sérieux. Une seule sorcière attire brièvement son attention : Tara, qui apparaît pour la première fois dans la série. A peine essaie-t-elle de prendre la parole dans le groupe qu’on la lui coupe. Ensuite, lorsqu’on lui donne la parole pour qu’elle exprime ses idées, elle ne sait plus quoi dire et préfère se taire. De retour dans la chambre qu’elle partage avec Buffy, Willow résume la réunion en disant que c’était « rien que du baratin » : un langage vide. Buffy raconte à son tour son entretien avec Riley : « On n’a fait que bavarder. (…) Quand on se rencontre, je me mets à bafouiller. Et lui aussi il bafouille. (…) En plus je mens. »

Le plan passe aussitôt à Riley qui tient le même discours à son ami Forest, dans les locaux de l’Initiative : il regrette de ne pouvoir dire la vérité à Buffy. Il dit à Forest : « Tu as naturellement tendance à trop parler » et celui-ci répond : « T’as qu’à l’embrasser. »

 

Nous arrivons à la fin de la première partie de l’épisode, dans lequel les personnages ont éprouvé les difficultés que pose le langage, perçu par tous comme une souffrance. Ce que les autres ne me disent pas, ce que je n’arrive pas à dire, ce que je dois taire en mentant, ce sont autant de problèmes qui trouveront une solution ensuite, grâce au silence. Avant cela, une deuxième partie dans l’épisode va, en quelque sorte, présenter l’antithèse à ce rejet du langage. Certes, le langage est complexe, parfois inapproprié, d’autres fois source de souffrances. Mais pourrait-on vraiment se passer du langage ?

Comme dans une expérience de pensée, c’est exactement ce que l’épisode propose alors. Pendant la nuit, les Gentlemen, d’effrayantes créatures humanoïdes, volent la voix des habitants de Sunnydale. Au matin, plus aucune voix. Buffy croise d’abord une étudiante en larmes dans la salle de bain, mais ne lui dit rien. Ce n’est qu’en rentrant dans sa chambre, en essayant de dire bonjour à Willow, qu’elle se rend compte qu’elle n’a plus de voix. Après la tristesse de l’étudiante, c’est au tour de la panique : Willow, Buffy, puis Alex se retrouvent face à une situation inédite : d’habitude, il leur suffit de se téléphoner pour régler les problèmes ensemble. C’est ce qu’Alex tente de faire, mais évidemment, il ne peut rien dire.

Buffy et Willow sortent faire le tour de Sunnydale et voient les réactions des habitants. Dans la tristesse générale, certains pleurent, d’autres sont rassemblés en groupes de prière. Un marchand trouve de quoi profiter de cette extinction de voix généralisée en vendant de petites ardoises pour communiquer. Buffy et Willow en achètent une chacune, puis vont chez Giles. Elles ont de nouveau un moyen de communication, mais se retrouve encore à n’avoir rien à dire. Willow se contente décrire « Salut Giles » sur son ardoise, montrant un besoin fondamental de parler, même pour ne rien dire.

 


Le langage nous hante et nous torture. Mais, sans langage, plus rien n’aurait de sens. Comment les personnages vont-ils s’en sortir ? Quelle sera leur réaction, une fois le choc passé, à l’absence de langage ? Pour l’instant, ils n’ont aucune piste. Ils ne savent pas pourquoi les voix se sont éteintes. Pendant la nuit suivante, les Gentlemen parcourent la ville afin de prélever des organes sur les étudiants : plus de voix pour crier, personne ne peut plus appeler à l’aide. Au début de la soirée, Buffy et Riley se rencontrent alors qu’ils patrouillent (en civil). Libérés de la contrainte du langage, ils s’embrassent pour la première fois.

Un étudiant au cœur arraché est découvert. Pendant la nuit, la petite amie de Giles, Olivia, a vu passer un Gentleman dans la rue : elle le dessine, et c’est en voyant le dessin (non pas à partir d’une description !) que Giles comprend enfin qui ils sont, des personnages de conte de fée. Il convoque le groupe à la fac pour exposer son plan à partir de dessins rétroprojetés. Pour tuer les Gentlemen, il faut tout simplement crier : retrouver sa voix, bien sûr, mais le cri n’est pas le langage. Il ne s’agit pas de formuler des idées à partir de mots, mais simplement de crier, utiliser sa voix de façon totalement libérée des structures du langage.

Alors que Buffy part chercher le repère des Gentlemen pour trouver comment récupérer sa voix, tous les problèmes qui avaient été posés dans la première partie de l’épisode vont trouver leur solution, à commencer par Willow et Tara. La première avait été moquée suite à ses propos, elle qui voulait vraiment faire de la magie et non écouter le « baratin » du reste du groupe ; la deuxième avait été moquée également, mais au contraire parce qu’elle n’avait rien dit. Tara est poursuivie par les Gentlemen, tombe sur Willow et les deux sorcières utilisent leurs pouvoirs en commun pour déplacer un distributeur et bloquer la porte derrière laquelle elles sont cachées : enfin, de la vraie magie a eu lieu.

Buffy et Riley, armés, retrouvent la trace des Gentlemen et les combattent un moment séparément, avant de brusquement se retrouver face à face : les voilà libérés de leurs mensonges, la vérité si bien dissimulée par le langage éclate au grand jour.

Chez Giles, Anya dort et Spike boit un verre de sang. Alex arrive et, voyant Anya les yeux fermés et la bouche de Spike pleine de sang, imagine qu’elle est morte. Il se jette sur Spike pour le frapper. Anya se réveille, les sépare et Alex l’embrasse passionnément. La voilà certaine des sentiments qu’il éprouve pour elle.

 

Dernière partie de l’épisode, une fois que tous les problèmes sont résolus : Buffy remarque sur une table la boite qu’elle avait vue dans sa vision. Riley la détruit, elle retrouve sa voix, hurle et met fin au règne des Gentlemen.

Le lendemain, tout est redevenu normal. Les voix sont de retour. Tara retrouve Willow et, enfin libérée de sa peur de parler, s’ouvre à elle au sujet de sa famille et de son enfance de sorcière. Contrairement à Buffy et Riley qui ont passé des mois à ne pas réussir à se parler, Tara avoue aussitôt à Willow qu’elle l’avait remarquée dans le groupe, et qu’elle lui semble à part. Giles, de son côté, dévoile à sa petite amie son rôle d’Observateur et sa lutte contre les démons.

Restent Buffy et Riley, qui se retrouvent à nouveau pour un dernier dialogue, qui tient en ces quelques mots :

Riley : « On a à parler je crois. »

Buffy : « Oui, on a à parler. »

Et ils restent silencieux.

 

Cet épisode muet est d’une construction parfaite, construit comme une dissertation avec introduction (le discours de Walsh sur la communication), thèse (le langage est source de souffrance), antithèse (sans langage, nous ne pourrions plus rien faire du tout), solution au problème (certaines choses doivent être exprimées par un autre moyen que le langage) et conclusion. Le problème philosophique classique qui est traité dans cet épisode est le suivant : le langage est-il un bon outil de communication ? Dans l’épisode muet comme dans l’épisode musical que nous verrons la prochaine fois, des pensées sont dévoilées, qui ne pouvaient pas l’être dans et par le langage. Dans cet épisode, nous en avons vu de nombreux exemples : le couple de Buffy et Riley se forme justement une fois qu’ils se sont plus pris au piège de leurs bavardages sans fin et de leurs mensonges ; la magie passe du baratin à l’action ; Alex dévoile ses sentiments à Anya quand elle cesse de le réclamer avec insistance. Ces difficultés à s’exprimer semblent clairement indiquer que certaines pensées existent sans pouvoir être formulées par le langage. Le langage est une sorte d’outil de traduction, qui permet d’extérioriser, pour les rendre accessibles et compréhensibles aux autres, nos pensées intérieures. Mais le langage nous semble parfois bien limité : combien de fois avons-nous eu l’impression de ne pas pouvoir formuler ce que nous ressentons ? Combien de fois nous sommes-nous mal fait comprendre, parce que nous avons mal exprimé ce que nous voulions dire ?

 


Imprécis, limité et déformant, le langage n’en est pas moins notre seule et unique façon de formuler et partager nos idées : on peut faire la critique du langage, il n’empêche que nous ne pouvons pas nous passer du langage. La deuxième partie de l’épisode le montre bien : sans langage, nous ne sommes pas seulement privés d’un moyen de communication efficace avec autrui ; nous sommes dans le désespoir le plus profond. Comment pourrait-on encore réduire le langage à un simple outil ? Privés d’un outil, nous sommes momentanément embêté dans notre action, mais pas au point de ressentir une telle perdition. La langage est bien plus précieux. Contre le mythe de « l’ineffable » (une pensée si pure et singulière qu’aucun langage ne pourra jamais l’exprimer, idée très à la mode dans le mouvement romantique du XIXème siècle), des philosophes ont remarqué qu’hors du langage, aucune pensée n’existe. Même « dans votre tête », vous pensez en français : vos pensées ne sont pas dissociables de votre langage. Pour le philosophe Hegel, « c’est dans les mots que nous pensons » : une pensée ne devient pensée véritable qu’au travers du langage. Tant que nous ne savons pas comment exprimer nos pensées, c’est que les pensées en question ne sont pas claires. Dire « je n’arrive pas à expliquer » c’est en réalité dire : « mes pensées ne sont pas formées. » Reprenons l’exemple d’Alex, incapable d’exprimer ses sentiments à Anya. Selon le romantisme littéraire, s’il n’arrive pas à le formuler, ce serait parce que ses sentiments sont trop singuliers, trop uniques, et les mots seraient inadaptés pour les partager. Une fois débarrassé du langage, il parvient à exprimer ses émotions en montrant qu’il s’inquiète pour Anya. Hegel contesterait ce point de vue. Pour lui, si Alex n’arrive pas à parler à Anya, c’est parce que lui-même ignore ce qu’il ressent. C’est en croyant Anya morte qu’il va se rendre compte de ses propres sentiments : ceux-là vont se clarifier dans son esprit, et il en prendra pleinement conscience. C’est uniquement à partir de là qu’il sera en mesure de les formuler.

 

Nous avons vu avec cet épisode de lien entre nos pensées et le langage. Le langage est-il à même d’exprimer nos pensées ? Nous pouvons avoir l’impression que, parfois, « nous n’avons pas les mots pour le dire. » L’épisode prend parti pour la thèse de l’ineffable : il y a des pensées que l’on ne peut pas dire dans le langage, mais nous pouvons les exprimer autrement. La prochaine fois, nous parlerons de l’épisode musical. Il ne s’agira plus d’empêcher les personnages de parler, mais de les forcer à le faire. Après avoir été privés de voix, Buffy et ses compagnons n’arriveront plus à s’empêcher de parler, quand une malédiction les forcera à chanter tout ce qu’ils pensent.

lundi 1 février 2021

Buffy, saison 6 : addictions

 

Peu de suspense sur le contenu de ce nouvel article ! La saison 6 de Buffy contre les vampires vous a probablement laissé des souvenirs, en bons comme en mauvais. Nous n’allons pas analyser l’ensemble de la saison, mais la progression d’un personnage au cours de cette saison. Ce personnage, vous vous en doutez bien, c’est Willow.

 

Si les autres personnages de la série vous intéressent et que vous n’avez pas lu les articles précédents, voilà un petit récapitulatif : Buffy, Faith et Kendra ; les grands méchants (partie 1) ; les grands méchants (partie 2) ; Angel et Spike. Et notre premier article spécifique à une saison en particulier : saison 4 : science et magie

 

Commençons par notre habituel résumé de la saison. Au début de la saison 6, Buffy est morte et enterrée. C’est Willow, désormais une puissante sorcière et informaticienne, qui mène la chasse aux vampires grâce à ses pouvoirs et au Buffy-Robot que Spike avait fait fabriquer pour son plaisir sexuel. Elle dirige son équipe par la télépathie, répare le robot quand il y en a besoin. Mais Buffy a été tuée par des forces surnaturelles et Willow est persuadée qu’elle est en Enfer en train de souffrir : Alex, Tara et elle préparent alors un rituel pour la ramener à la vie. Malheureusement, à son retour, Buffy finit par dévoiler accidentellement à ses amis qu’elle était au Paradis, et qu’avoir été ramenée sur Terre est la pire douleur qu’elle ait connue. Coupable, Willow tente une formule pour lui faire oublier son bonheur passé, mais le sortilège trop puissant touche toute l’équipe (au cours d’un épisode assez drôle où plus personne ne sait qui il est), et quand la mémoire leur revient, sa petite amie Tara la quitte, ne supportant plus qu’elle manipule tous ses amis par la magie. Willow se rapproche alors d’une ancienne camarade de lycée, Amy, elle aussi sorcière, et cette dernière l’entraîne dans des formes de magie de plus en plus puissantes. Willow devient incapable de faire quoi que ce soit sans magie, elle est continuellement en quête de puissance, et finit par causer un accident qui aurait pu tuer Dawn, la petite sœur de Buffy. Elle accepte alors de se faire aider par un sevrage total, abandonne tous ses objets et ingrédients magiques, et tente de reprendre une vie normale. La cure semble bien se passer. Tara finit par revenir. Mais quand Warren tue accidentellement Tara d’une balle, toute la magie refoulée refait surface : après avoir échoué à ressusciter Tara, elle absorbe toute la magie noire contenue dans les livres de la boutique de magie pour se venger de Warren, mais aussi de ses amis Andrew et Jonathan. Buffy échoue à l’arrêter avant qu’elle ne tue Warren, mais permet aux deux autres de s’enfuir. Willow est arrêtée par Alex alors qu’elle tente de détruire le monde pour faire disparaître la souffrance.

 


La saison 6 s’arrête là, mais la cure de Willow doit continuer. Le sevrage, méthode utilisée dans cette saison, n’a pas porté ses fruits : le premier malheur l’a immédiatement fait replonger. Au début de la saison 7, Willow est en Angleterre avec Giles qui, loin de la brimer, lui apprend à mieux utiliser ses pouvoirs, en l’intégrant à un groupe de sorcières. Quand Willow revient à Sunnydale, elle est non seulement surpuissante, mais ne souffre plus d’une addiction destructrice à la magie. Bien sûr, l’addiction à la magie de Willow a été interprétée comme une métaphore de la drogue, et je n’aurais pas grand-chose à dire là-dessus. Les effets de la magie sur Willow, l’addiction grandissante et ses accidents sont parfaitement semblables aux effets de la drogue. Mais nous n’allons pas faire un article sur une théorie (qui n’en est même pas une tellement le rapprochement est évident) aussi connue.

 

Pour analyser de façon philosophique la transformation de Willow au cours de la saison 6 et au début de la saison 7, penchons-nous sur une notion en particulier : le désir. Un proverbe bien connu dit que « qui veut faire l’ange fait la bête. » Ce proverbe est en réalité une moitié de citation de Blaise Pascal, que voici en intégralité : « L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. » Il ne faudrait pas réduire cette citation en son sens premier, à savoir qu’en voulant le bien de tout le monde, on risque de devenir monstrueux. On connaît suffisamment de situations où un parent, un ami, un proche s’efforce de contrôler toute notre vie parce que ce serait « pour notre bien », et de ce fait devient détesté (plutôt légitimement d’ailleurs). On pourrait développer cette idée, mais nous nous éloignerons de Buffy et Willow. Car Willow a bien tenté de faire l’ange, avant de devenir la bête. Qu’est-ce qu’un ange ? Pour un chrétien comme Pascal, l’ange n’est pas seulement un être bon : c’est un pur esprit. Il n’a pas de corps. Dès lors, l’ange est un être de volonté, et non de désir, car les désirs viennent du corps.

 

Quelle différence y a-t-il entre le désir et la volonté ? L’une et l’autre sont source d’action : vous agissez d’une certaine façon soit parce que vous le désirez, soit parce que vous le voulez. Intuitivement, vous pourriez avoir l’impression que l’idée de volonté est plus forte : devant quelqu’un qui ne fait pas assez d’efforts, nous dirons qu’il « n’a pas assez de volonté. » De même, nous parlons d’y mettre « de la mauvaise volonté. » La volonté, en effet, est la force d’esprit : c’est ce qui nous fait agir quand on n’en a pas vraiment envie, ou qui nous permet d’agir, justement, contre notre désir. Le désir, en effet, n’est pas une force active de notre esprit : il est passif. Le désir nous soumet. Quand nous désirons quelque chose, nous pouvons y penser toute la journée, au point d’être incapable de faire quoi que ce soit d’autre. Ce désir est celui de Willow pour la magie : quand elle use de la magie, ce n’est pas librement, car elle ne peut même plus s’en empêcher. Elle use de la magie, totalement soumise à son désir. Or telle est la définition qu’on pourrait donner de la bête chez Pascal : la bête, être purement corporel, sans esprit, est sans volonté : il n’est soumis qu’à ses désirs. Or, l’homme est à la fois l’un et l’autre : animal, il est un être de désir ; à l’image de Dieu, il est un être de raison et de volonté. Nous avons des désirs, et il serait absurde de le nier ; en revanche, grâce à notre volonté, nous pouvons toujours nous battre contre ces désirs qui peuvent être destructeur. Willow est addict à la magie, mais elle a encore, en elle, le pouvoir d’y résister. D’ailleurs, elle y parvient. Même sous la pression, quand Buffy et ses amis sont prisonniers d’une maison à cause d’un sortilège, lorsque tout le monde lui demande de faire usage de la magie pour les sortir de là, elle résiste malgré tout.

 

Toutefois, n’oublions pas la fin de la citation de Pascal qui est devenue un proverbe : « qui veut faire l’ange fait la bête. » Autrement dit, l’être humain qui voudrait réprimer totalement ses désirs (devenir un ange) risque malheureusement d’y céder totalement. C’est ce qui arrive à Willow dans la saison 6 : en voulant totalement nier la magie, en essayant de l’éliminer de sa vie, en rejetant totalement son désir pour devenir un être de pure volonté, pleinement libre, elle va inévitablement replonger dans ce désir, et sans pouvoir le contrôler du tout. Dark Willow, à la fin de la saison, est devenue la bête : il n’y a plus que la magie et le chagrin qui la contrôle entièrement, elle n’a plus aucun discernement ni aucune maîtrise d’elle-même.

 


Comment faire, dès lors, avec nos désirs ? N’oublions pas que ceux-ci peuvent être destructeurs : c’est parce qu’elle a failli tuer Dawn (et se tuer elle-même) que Willow choisit dans un premier temps d’éliminer la magie. Cette solution échoue, mais celle que lui proposera Giles au début de la saison 7 va fonctionner. Loin d’éliminer ce désir de magie, elle va devoir apprendre la magie : étudier ses désirs, éliminer ceux qui sont mauvais et ne conserver que les bons. Cette solution est celle que propose les philosophes épicuriens. Epicurien, dans le langage courant, signifie profiter de la vie, bien boire et bien manger, autrement dit céder à tous ses désirs. Cette vision est plus qu’erronée, puisque c’est exactement l’inverse que proposait Epicure. Il ne s’agit pas de satisfaire tous ses désirs sans réfléchir, mais de rechercher le plaisir. Or, si la satisfaction des désirs apportent toujours du plaisir, certains plaisirs vont vite se transformer en souffrance par la suite. Prendre de la drogue quand on le désire apporte bien un plaisir : mais très vite, le sentiment de manque sera si violent que le plaisir obtenu peut sembler bien dérisoire à côté de la souffrance. Inversement, il peut être pénible de faire des exercices sportifs ; un sportif ne manquera pas d’apprécier la récupération, une fois la séance terminée, quand ses muscles se reposent, et sera globalement en meilleure santé. Les efforts physiques suivant lui demanderont moins d’efforts, et donc moins de souffrance. L’épicurisme a été critiqué pour cet aspect mal compris de la recherche du plaisir à tout prix. Ce qu’on oublie, c’est que pour qu’un plaisir éphémère ne soit pas suivi d’une souffrance permanente, il faut avoir précisément étudié ses désirs pour sélectionner ceux qu’il convient de satisfaire ou non.

 

Willow craindra longtemps de replonger dans la magie noire, de ne pas savoir s’arrêter. Mais cela n’arrivera plus. L’étude de la magie lui a permis de continuer à l’utiliser tout en la gardant sous contrôle.

 

Il est possible que les thèses philosophiques dont j’ai parlé dans cet article vous rappelle quelque chose. En effet, j’en ai parlé dans cet article sur Notre-Dame de Paris. N’hésitez pas à aller le relire, et comparer Willow à Claude Frollo, aussi mal compris que les épicuriens, et qui n’est pas le grand méchant de l’histoire, mais un homme qui a voulu faire l’ange, et a fait la bête.

 

Nous avons donc terminé notre analyse des deux saisons dont je voulais vous parler. A partir du mois prochain, nous nous intéresserons à quelques épisodes bien particuliers que je trouve intéressants. D’ici là, pensez à revoir la saison 6 !

dimanche 17 janvier 2021

Pokémon : mes starters préférés !

 Bonjour à vous, chers lecteurs !

J’espère qu’à force de parler des Pokémon et des jeux que je préfère, je commence à vous donner envie de lire Philosophe, Pikachu ! sorti en décembre dernier !


 Les liens, pour ceux que ça intéresse :

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Après les Pokémon légendaires et les jeux, j’aimerais aujourd’hui parler des starters (pour ceux qui ne connaissent pas bien les jeux, les starters désignent le Pokémon que vous choisissez pour commencer le jeu. Traditionnellement, les joueurs ont le choix entre un Pokémon eau, feu ou plante. Il existe quelques exceptions dans des versions spéciales (notamment Pikachu).

 

Liste des starters : Bulbizarre – Salamèche – Carapuce – Pikachu – Evoli – Kaiminus – Germignon – Héricendre – Arcko – Poussifeu – Gobou – Tortipousse – Ouisticram – Tiplouf – Vipélierre – Gruiki – Moustillon – Marisson – Feunnec – Grenousse – Brindibou – Flamiaou – Otaquin – Ouistempo – Flambino – Larméléon

 

Premier groupe : jamais choisis

Gobou – Tiplouf – Vipélierre – Gruiki – Marisson – Otaquin – Ouistempo – Larméléon

 

Soit parce que c’est un jeu auquel j’ai peu joué, soit parce que je ne l’aime pas trop, soit parce que ses concurrents sont très très haut dans ce classement. Oustempo et Larméléon sont les starters du dernier jeu sorti et que je n’ai fait qu’une seule fois pour l’instant. Otaquin et Gobou sont malheureusement en concurrence avec Brindibou pour l’un, Arcko et Poussifeu pour l’autre, et ces trois-là font partie de mes préférés.  Tiplouf est dans la version à laquelle j’ai le moins joué, Marisson aussi même si je ne suis vraiment pas fan de ses évolutions. Et Gruiki, qui évolue en gros nichons Grotichon, bof.



 


Deuxième groupe : la déception

Tortipousse – Flamiaou – Moustillon

 

Trois Pokémon dont j’aime beaucoup la forme de base (notamment Flamiaou <3) mais, dans Pokémon, les petites créatures mignonnes deviennent de gros monstres moches. Moches pas toujours, mais pour ces trois-là j’ai été très déçue. Le petit chaton trop mignon Flamiaou devient un catcheur, Tortipousse est mignon mais je trouve que Torterra ressemble trop à Florizarre, et j’adore Florizarre. Mais la pire déception que j’ai eu dans ma vie c’est Moustillon. Sa première évolution Mateloutre est géniale, très jolie, et l’évolution finale… je ne comprends même pas pourquoi. Il ne ressemble pas au précédent, il est moche, et ce n’est même pas un bon Pokémon pour les combats.

 

Troisième groupe : pas un souvenir incroyable

Ouisticram – Feunnec – Grenousse

 

Je ne vais pas m’étendre sur ces trois-là. Je les aime bien, sans plus, et ils n’ont pas accompagnés dans des parties de jeu mémorables. Ce ne sont pas non plus des jeux que j’apprécie particulièrement.

 


Quatrième groupe : la nostalgie

Carapuce – Pikachu – Kaiminus – Germignon – Héricendre

 

Bon ici on arrive dans les premières versions, et même si je n’ai pas d’autre raison de les adorer que la nostalgie, je saute de joie quand pas hasard ils sont disponibles dans les jeux plus récents. Les trois starters de la deuxième génération (Kaiminus, Germignon et Héricendre), je les connais par cœur et les ai tous pris plusieurs fois. Pokémon or est la première version que j’ai eue, j’avais 10 ans, et je me suis plusieurs fois retrouvée coincée dans l’aventure parce que je ne savais plus ce qu’il fallait faire. Alors je recommençais le jeu, avec un autre Pokémon, et je réessayait. Et j’étais bloquée de nouveau. Et je recommençais… La toute première fois, je n’avais même pas compris que je pouvais choisir et j’avais pris le premier proposé, c’est-à-dire Héricendre. Quand à Carapuce et Pikachu, même si je les ai eus plus tard dans le jeu, ce sont les Pokémon de la première saison de l’animé, alors on les aime forcément !

 

Cinquième groupe : Ceux que j’adore

Bulbizarre – Salamèche – Evoli –– Arcko 

 

On arrive dans la liste de mes Pokémon préférés (même s’il y en a beaucoup, mais sur 800 Pokémon existants… quelques dizaines c’est peu). Bulbizarre et Salamèche sont mes préférés de la première génération et quand j’y rejoue j’hésite généralement entre ces deux-là. Evoli, c’est celui de la version récente Let’s go Evoli. Même si je partage la déception de beaucoup de monde concernant ce jeu et le système de rencontre des Pokémon sauvage, j’ai bien aimé ce qui a été fait d’Evoli et de ses capacités spéciales. Et c’est un starter original, ce qui ajoute un point positif. Enfin, Arcko, de la 3G, que j’adore, et que j’hésite souvent à choisir, mais en général… je finis par craquer pour Poussifeu.



 


Sixième groupe : mes presque préférés

Brindibou – Flambino

 

Vous avez sûrement remarqué que les Pokémon de type eau sont très absents de la plus haute partie du tableau. Le seul moment où ils gagnent une place c’est par nostalgie… En général je préfère le type feu, mais il y a aussi pas mal de Pokémon plante que je trouve sympas, et en particulier Brindibou et son évolution finale Archédus, le Robin des Bois spectre (le type spectre en plus, j’adore !) Evidemment, le Pokémon footballeur Flambino allait forcément se retrouver dans le top 3. En fait je ne suis pas hyper fan de son design, mais il a quand même l’attaque Ballon brûlant qui est très belle à voir.



 


Et l’amour de ma vie… Braségali (Poussifeu)

 

Même si j’ai mis les noms des premières formes de starters, j’ai aussi fait le classement en tenant compte de leurs évolutions. Certes, j’aime bien Poussifeu, mais si je n’avais pris en compte que la forme de départ, il n’aurait pas été tout en haut. En revanche, Braségali… alors lui, il fait partie de mes énormes Pokémon coup de cœur, aux côtés de Mimiqui et Suicune. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais avouons qu’un énorme poulet avec un pantalon patte d’eph’, c’est quand même cool.

 

C’est terminé pour aujourd’hui, et j’espère trouvé d’autres occasions de parler encore de Pokémon, et de discuter avec vous sur vos jeux et Pokémon préférés !

vendredi 15 janvier 2021

Idées de lecture : la vérité

 

Le sens de vérité m’a toujours semblé assez clair. Une proposition vraie est une proposition conforme au réel. Il n’y a donc pas de sens à dire « c’est ma vérité, c’est pas la même que la tienne ». Pourtant, je vois cette phrase non seulement dans des copies, mais aussi séries, films, livres et débats politiques à la télévision. Alors faites-moi plaisir, après cet article : n’utilisez plus le mot « vérité » pour dire n’importe quoi. Si vous n’avez pas le même avis qu’autrui… ben vous n’avez pas le même avis, la même opinion, ou, si vous êtes un scientifique, la même thèse ou théorie. Mais la vérité est unique, et ce n’est pas parce que vous ne la connaissez pas qu’il n’y en a pas.

 

Une fois ces contresens écartés, en philosophie, nous nous intéressons entre autre à la question de la recherche de la vérité. Quelle méthode faut-il avoir ? Cette question fut dans les toutes premières de la réflexion philosophique, et certaines réflexion ont permis la création des sciences (physique, biologie, mais aussi psychologie, sociologie, etc.) Quels critères permettent de s’assurer qu’on a bien atteint la vérité ? Et comment se rendre compte qu’on est dans l’erreur ou dans l’illusion ? Il y a bien des événements ou des certitudes qui nous paraissent vraies, et ne le sont pas toujours. Distinguer ce qui est vrai de ce qui est vraisemblable est une première étape, et elle est loin d’être facile.

 

La plupart des livres que je vais présenter ici interrogent justement le problème de l’illusion : comment peut-on se rendre compte que ce qu’on croyait être vrai ne l’est pas toujours ? Il y aura une exception à ce thème, par laquelle je vais commencer.

 

Vous connaissez peut-être Le Cercle de Dave Eggers, adapté au cinéma avec Tom Hanks et Emma Watson. J’ai déjà parlé de l’un et de l’autre dans un même article dont je mets le lien à la fin. Le film a totalement occulté la réflexion sur la vérité, qui est centrale dans le livre. Le Cercle est une société qui veut rassembler toutes les informations sur la population, tout filmer, jusqu’aux moments les plus intimes, pour que plus rien ne puisse être secret ou inconnu. Plus de mensonge, plus de choses cachées, que la vérité, facilement accessible pour tous, et sur tous les sujets. Un projet qui va vite montrer ses failles : veut-on vraiment qu’autrui sache tout sur nous-mêmes ? Veut-on vraiment tout savoir sur notre passé, se rappeler tous les souvenirs même les plus mauvais, supprimer tout mystère ? Tout le livre tourne autour de cette réflexion. Pas le film. Donc si le sujet vous intéresse, c’est le livre qu’il faut lire !

 


Passons maintenant au thème le plus fréquent : la question de l’identification de la vérité. Plus fréquent, parce que des personnages qui errent dans les illusions sont bien plus faciles à mettre en scène que la recherche du savoir absolu. Commençons par Benzos de Noël Boudou. Le personnage principal de ce roman est addict aux somnifères. Mais bientôt, la frontière entre la veille et le sommeil ne sera plus aussi claire qu’elle l’est dans la vie quotidienne. Une belle mise en scène de ce passage bine connu des Méditations Métaphysiques de Descartes, où il reconnaît que l’existence des rêves, parfois très réalistes, met en crise la certitude absolue de l’existence du monde extérieur.

 


Dans le même thème que Benzos, plusieurs nouvelles de ce recueil de Julianna Lyn, Blessés. Ce n’est pas le thème général du recueil, qui présente plutôt des souffrances individuelles, mais certaines souffrances sont justement dues à une interprétation faussée de la réalité. Nous voyons le monde extérieur avec nos propres yeux et nous l’interprétons avec notre propre esprit. Seuls, isolés, absolument rien ne peut nous garantir que ce que nous croyons vrai l’est effectivement. Je retiens notamment « Dans les yeux du juge » et « La Disparition » qui sont sur le thème.

 


Pour finir, un roman directement en lien avec la philosophie, Aristote détective de Margaret Doody. Aristote est connu pour sa méthode très rigoureuse de réflexion et d’observation (et si vous avez vu une vidéo humoristique descendant Aristote en montrant toutes les erreurs scientifiques qu’il a pu faire, prenez-la avec du recul… Aristote a écrit des centaines de traités pour étudier la nature alors oui, sur des milliers de pages, on peut bien trouver 10 erreurs…). Dans ce roman policier, un jeune homme chargé de défendre son cousin accuser de meurtre va se tourner vers Aristote pour savoir quelle méthode il faut suivre afin de trouver la vérité sur ce qui s’est passé et révéler le véritable meurtrier.

 

Contrairement aux livres sur la liberté et le bonheur qui abondent, ceux sur la vérité sont plus rares et souvent bien plus intéressants. Commencez donc par cette liste, et si vous avez d’autres suggestion de lecture, ça m’intéresse évidemment !

Le lien vers les livres déjà chroniqués : Le cercle