samedi 25 août 2018

Indiana Jones et la religion de l'homme moderne


Comme pour beaucoup de monde, le quatrième volet de la saga Indiana Jones, intitulé Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, m’a quelque peu décontenancée. Souvent décrié, banni comme mauvais film, les raisons sont longues de penser que ce film trahit l’esprit des précédents, à commencer par la quête centrale : trouver des extra-terrestres ? George Lucas a oublié que c’était Indiana Jones, quand il a écrit le scénario ! Au premier abord, Le Royaume du crâne de cristal n’a rien en commun avec les trois premiers films. Pourtant, dix ans après sa sortie, je le regarde avec un œil nouveau. Cet Indiana Jones de la nouvelle génération, où l’archéologue érudit perd son fouet et son cheval pour le canif et la moto de son fils rebelle, est-il si différent ? Ne mérite-t-il pas sa place dans la très célèbre série des Indiana Jones ?

Vingt ans après les événements du dernier épisode, c’est bien une nouvelle génération qui va pousser le professeur Jones à sortir de son université pour partir à l’aventure. Nouvelle génération de héros, nouvelle génération de méchants. Mais ce sur quoi tourne l’intrigue centrale du film, et qui sera l’objet de cet article, est la nouvelle génération de croyances religieuses. N’oublions pas que le personnage est toujours parti en quête d’objets religieux ou sacrés et que ses aventures tournaient autour d’un élément de la mythologie :

- Les aventuriers de l’Arche Perdue et La Dernière croisade explorent la mythologie biblique avec l’Arche d’alliance et le Saint Graal.
- Le Temple maudit, qui est peut-être en réalité le seul film à être vraiment un peu à l’écart du reste de la saga, abrite la pierre sacrée d’un village indien.

Mais de quelle mythologie peut bien traiter Le Royaume du crâne de cristal qui, loin de préoccupations religieuses, prend des allures de science-fiction ? L’idée d’un crâne extra-terrestre semble bien sans rapport aucun avec les quêtes habituelles d’Indiana Jones. Pourtant, le mythe du crâne de cristal est bien, comme son nom l’indique, un mythe. Ce n’est plus une mythologie religieuse et archaïque, mais c’est une mythologie malgré tout. Après tout, avant de s’appeler Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, un des premiers titres proposés était Indiana Jones et la Cité des Dieux, ce qui n’aurait plus laissé aucun doute sur la dimension mythologique de cet épisode. Vingt ans après sa dernière croisade, Indiana Jones affronte un mythe moderne : on ne croit plus aux dieux, mais on croit à la science et aux extra-terrestres. Ce sont eux qui constituent notre mythologie contemporaine. En ce sens, le troisième film était bien la dernière croisade : la quête religieuse va complètement disparaître au profit de nouvelles croyances.

Nous imaginons, la plupart du temps, que la science, rationnelle et vérifiable, aurait remplacé des croyances religieuses sans fondement et, de ce fait, nous aurait libérés de cet attachement à ce qui est absurde et sans preuve. La religion prétendait que l’homme était au-dessus du reste de la nature, créé à l’image de Dieu, mais la théorie de l’évolution a brisé ce mythe. De même la création du monde, ou l’immortalité de l’âme. Mais la science nous a-t-elle vraiment débarrassés de toutes les croyances ? N’a-t-elle pas simplement engendré de nouvelles croyances et, finalement, une nouvelle religion ? Autrefois, les médiévaux chrétiens croyaient voir des démons à tous les coins de rue ; aujourd’hui, nous voyons des OVNI. Quelle différence, en fin de compte ?

Ce qui est sous-entendu par ce choix de faire chercher à Indy le crâne extra-terrestre qui, selon le mythe, lui permettrait d’accéder à tous les secrets de l’univers, c’est que la religion n’a pas disparu avec la science : la science elle-même est notre nouvelle religion. C’est déjà une idée que j’avais exposée dans un précédent article, Ainsi parlait Von Krolock analyse nietzschéenne du Bal des Vampires de Polanski, où le thème de « la mort de Dieu » était omniprésent. Nietzsche remarque que les progrès de la civilisation et de la science mettent à mal l’idée de Dieu : nombre de découvertes scientifiques viennent contredire purement et simplement les mythes monothéistes, de l’immortalité de l’âme à la supériorité de l’être humain sur le reste de la nature. Nous ne pouvons que douter de l’existence de Dieu : voilà de quelle façon il est mort mais, Nietzsche ajoute, « son ombre continue de planer sur l’humanité. » L’homme est ainsi fait qu’il ne saurait supporter une existence vaine, vide de sens, où rien ne l’attend : ce Dieu qui donnait sens à l’existence en promettant une vie après la mort a disparu, mais nous avons encore besoin de croire en quelque chose. Pour cette raison, nous allons sans cesse nous chercher de nouveaux dieux (de nouvelles choses en lesquelles nous pourront croire) : le travail, l’amour, mais surtout, le premier d’entre eux, celui devant lequel nous sommes tous soumis et en admiration, la science. Aujourd’hui, dire, « c’est une vérité scientifique » (et combien de fois l’ai-je entendu de la bouche de mes élèves de Terminale S…), c’est couper court au débat. La science ne se contredit pas, tout comme la vérité Révélée ne se mettait pas en question.

Dès lors, les extra-terrestres du Royaume du crâne de cristal sont l’équivalent divin du scientifique. Dieu, infiniment meilleur que l’être humain, n’est plus face aux extra-terrestres, infiniment plus avancés que les hommes en terme de productions techniques : alors que nous nous demandons encore s’il existe de la vie ailleurs, eux ont déjà réussi à venir jusqu’à nous. Loin de se détacher des premiers épisodes, Le Royaume du crâne de cristal reprend les mêmes éléments, et les transpose dans cette mythologie moderne. Comparons ainsi les épisodes I et III (le II étant bien plus marginal) à l’épisode IV :




  • *Remarque : Au sujet de la provenance du crâne, situé en Eldorado dans le film, le mythe original fait un lien entre le crane de cristal et la cité perdue d’Atlantide, enfouie sous l’océan. Atlantide était bien une cité douée de productions techniques étonnantes et très avancées. Une liberté a été prise avec le mythe ici, mais après tout, ce n’est qu’un détail à côté de ce que Le Temple maudit a fait de la déesse Kâli…


Finalement, Indiana Jones n’a pas changé : c’est toujours le héros en quête de mythe, d’une preuve que les objets mythiques existent réellement, ainsi que toutes les légendes surnaturelles qui les accompagnent. A la fin du film, juste avant que le dernier crâne ne soit rendu, son ennemie soviétique, Irina Spalko, lui dit : « La foi est un don qui vous reste à recevoir » ; ce à quoi Indy répond : « J’ai la foi, c’est pour ça que je préfère rester éloigné. » Croire, c’est tout ce qui compte : croire pour échapper à ce que Nietzsche appelle le « nihilisme », la croyance en rien, au vide, le désespoir face à un monde vide de sens. S’il y a bien une chose que nous apprend Indiana Jones, tout particulièrement dans La Dernière Croisade, c’est que nous avons toujours raison de croire : sinon, il n’aurait jamais pu passer l’épreuve du saut de Dieu pour atteindre le Saint Graal…

mercredi 22 août 2018

« Dormez 8 heures par jour ! » • Nécessité biologique ou contrainte sociale ?


Le sommeil polyphasique est une certaine façon d’organiser ses heures de sommeils, de telle sorte que l’individu n’a plus besoin de dormir que de 2 à 5h par jour pour se sentir pleinement en forme. Outre l’utilisation de cette façon de dormir dans certains domaines professionnels bien précis (notamment les marins, certains scientifiques, hommes politiques ou grands artistes), un certain nombre d’individus (dont moi) essaient de l’adopter afin de libérer du temps sur leur emploi du temps et pouvoir ainsi sans stress effectuer à la fois leur travail et leurs loisirs.

J’avais personnellement déjà rencontré des étudiants choisissant ce mode de vie, et j’avoue que ma première réaction fut alors de suivre l’opinion commune : bien ancrée dans la tradition du « huit heures minimum de sommeil par jour », il me semblait clair que ce rythme n’était pas tenable et que c’était sans doute terrible pour leur santé. Préjugés mis à part, je me suis renseignée (avec quelques années de retard malgré tout) sur ce mode de sommeil en lisant les témoignages (relativement nombreux et accessibles sur Internet) de personnes ayant testé ce mode de vie. Chacun prenait soin de faire une liste d’avantages (pour se défendre contre les préjugés comme les miens…) et d’inconvénients (pour que leurs articles paraissent plus réalistes ?)

Ce qui m’a particulièrement frappée dans ce que j’ai lu, qui m’a poussée à écrire cet article puis à tenter l’expérience, a été l’homogénéité parfaite de ces témoignages. Tels étaient les avantages : plus d’heures de libre à consacrer aux loisirs (sport et culture), réveil plus facile et sommeil finalement réparateur, rêves lucides plus nombreux et hausse de la productivité. Les avantages semblent donc d’abord se placer sur le mode du bien-être : l’allongement de la durée d’une journée diminue le stress dû au travail, tandis que le sommeil est plus réparateur et permet de se sentir en meilleure forme. Et tels étaient les inconvénients, qui en réalité peuvent se résumer en une seule idée : réduction de la vie sociale. Les inconvénients sont en réalité une impossibilité de faire de sorties ou de fêtes à cause de la nécessité de tenir son planning de siestes avec une rigueur extrême, les mauvais effets de l’alcool ou de la nourriture trop grasse qui perturberaient le sommeil déjà bien réduit, et surtout le fait de perdre en partie la notion du temps (Je tiens à préciser, pour ce dernier point, que cela concerne la méthode la plus extrême de sommeil polyphasique, appelée méthode d’Uberman, qui consiste à dormir vingt minutes toutes les quatre heures de jour comme de nuit, et ce sans aucune pause ni exception : la transition de la nuit de sommeil étant totalement supprimée, le passage des jours de la semaine est bien plus difficile à percevoir).

Bénéfique sur le développement personnel donc, et inconvénients sur la vie sociale. Ce qui me conduit à penser avec conviction que l’obligation répétée de dormir au minimum huit heures par jour (ou plutôt par nuit) n’est aucunement une nécessité biologique ; si cela nous permet effectivement de rester en bonne santé, c’est uniquement à cause de la contrainte sociale. En pratiquant un sommeil dit monophasique (une seule période de sommeil dans la journée), il faut au moins huit heures. Or, ce mode de sommeil est le seul qui est pleinement compatible avec les exigences et la vie sociale. En effet, faire des siestes, même de vingt minutes, à plusieurs reprises dans la journée peut se révéler très problématique pour des salariés ne pouvant quitter leur lieu de travail. Un autre inconvénient cité, et qui est en réalité celui qui mène au plus grand nombre d’abandon de la méthode, est la difficulté de la phase d’adaptation, durant la ou les premières semaines. Effectivement, habitué à dormir par tranche de 8h, le corps a du mal à se retrouver réduit à 2 ou 3 heures (ou 4, comme je pratique actuellement avec beaucoup de satisfaction). Pourtant, ceux qui résistent finissent toujours par s’habituer et être satisfait. Mais cela n’est-il pas vrai pour tous les bouleversements culturels, quels qu’ils soient ?

La meilleure façon de savoir si une pratique est absolument vitale à l’être humain est tout simplement d’observer les autres cultures. Y a-t-il des cultures où le sommeil polyphasique se pratique ? Or, pour eux, ne serait-il pas extrêmement difficile aussi de s’adapter à un système de sommeil en une seule phase, où toutes les siestes devraient être supprimées ? Nous pourrions aller jusqu’à remarquer qu’à l’instar de certaines espèces animales comme les chats, le sommeil du nourrisson est bien polyphasique : il se fait par tranches, et c’est tout un travail d’éducation, long et éprouvant, qui va le conduire à adopter un sommeil monophasique durant la nuit. On continue même de conseiller ou imposer une sieste aux jeunes enfants, preuves qu’il est difficile de s’extraire d’un sommeil en plusieurs phases, quel que soit sa durée totale. Des travaux d’ethnologie existent bien sûr au sujet du sommeil dans les autres cultures, mais ce sont des textes américains non traduits pour ce que j’ai trouvé jusque-là, je ne m’y suis donc pas penchée attentivement.

Pourquoi, dès lors, cette insistance pour que nous dormions huit heures par jours ? Une critique bien trop pessimiste y verrait peut-être un complot, une façon de nous empêcher d’avoir trop de temps en-dehors de notre temps de travail, pour des activités sportives ou culturelles, ce qui non seulement conduirait les gens à réfléchir, mais mettrait à mal bien des applications et programme très couteux de régimes alimentaires, sportifs ou « coach de vie. » L’approche purement économique qui mène à ces conclusions n’est jamais la mienne, et je vais conclure sur ma propre interprétation de cette exigence.

Comme je l’ai dit, le seul véritable inconvénient du sommeil polyphasique dans la société (française en particulier) est son décalage avec la vie sociale. Les conditions de travail elles-mêmes empêchent de fractionner trop notre sommeil. Le seul modèle pleinement compatible avec notre existence actuelle est donc le modèle que nous utilisons, le sommeil monophasique. Or, les pratiques de sommeils polyphasiques ont montré que plus il y avait de siestes dans la journée, moins nous avions besoin de dormir au total (la méthode d’Uberman, qui consiste à dormir 6 fois 20 minutes en 24h, conduit à un total de 2h de sommeil par tranche de 24h). Or, plus on diminue le nombre de phases de sommeil, plus la durée totale de sommeil sera longue. 8h de sommeil semble donc bien être la durée à tenir pour qu’un sommeil monophasique soit véritablement réparateur (cela est abondamment expliqué dans les articles scientifiques sur le sommeil, et dû aux nombreuses phases de « sommeil léger » qui ont lieu pendant notre nuit, sommeil qui n’est que très peu réparateur ; entrant dans le nécessaire « sommeil paradoxal » plus vite, les pratiquant de la méthode d’Uberman sont tout aussi reposés que les autres).

Il n’y a donc ni complot, ni vérité absolue dans cette prescription ; mais simplement une vérité relative à notre mode de vie contemporain. Nous n’avons pas besoin de dormir 8h dans l’absolu : mais nous ne pouvons pas ne dormir que la nuit, et dormir moins de huit heures. Je vais donc poursuivre mon expérience de sommeil polyphasique. J’en suis à deux semaines, et si les réveils sont parfois un peu difficiles et suivis d’une petite période de flou avant d’émerger, gagner autant de temps la nuit, quand tout est silencieux et que personne n’est là pour nous déranger, est une sensation formidable et décuple la productivité.

mercredi 30 mai 2018

Les footballeurs (re-)passent le bac ! (Mondial 2018) #2



Les footballeurs n'ont pas fini de passer le bac ! Voilà le deuxième sujet, après L’homme politique doit-il chercher à être efficace à tout prix ?


(Amérique du Nord, série S)
Est-ce le corps qui produit la pensée ?

Lorsqu’on est footballeur, on doit se servir de son corps, c’est une évidence. Mais il faut aussi se servir de son esprit. Le problème, c’est qu’on croit souvent que les footballeurs n’en ont pas beaucoup et qu’ils ne sont pas très intelligents. En réalité, ils ont peut-être un esprit différent du nôtre. Nous allons donc nous demander si c’est le corps qui produit la pensée des footballeurs. Nous verrons dans un premier temps que le corps est important, ensuite que des fois le corps ne marche pas bien, et enfin qu’il faut essayer de construire sa pensée tout seul sans le corps.

I/ C’est le corps le plus important dans la vie

Premièrement, il faut remettre en question un préjugé. On croit que les footballeurs n’ont pas d’esprit, qu’ils se servent uniquement de leur corps. Mais c’est parce qu’on ne se rend pas compte que l’intelligence des footballeurs est à l’intérieur de leur corps. Il n’y a que quelques philosophes qui s’en sont rendu compte par une analyse très précise, comme Michel Hidalgo, qui dit : « Même ses pieds sont intelligents », c’est-à-dire que non seulement il a bien de l’intelligence dans son corps, mais jusqu’aux pieds, l’organe le plus éloigné du cerveau pourtant. Mais ce n’est pas parce qu’ils ont de l’intelligence dans les pieds qu’ils n’en ont pas aussi dans la tête. Comme l’a dit Thierry Roland : « Ce joueur-là est loin d'être manchot de la tête ! » C’est donc un préjugé de croire qu’ils sont manchots de la tête, seulement parce que leur intelligence est répartie dans tout leur corps, contrairement aux gens normaux.

Ce qu’il faut savoir, c’est que tout le monde est différent alors il ne faut pas juger les autres. On ne sait jamais où est l’intelligence dans le corps. Comme dit Mourinho : « Des fois nous voyons des personnes jolies sans cerveau, d’autres fois des personnes moches qui sont intelligentes, comme les scientifiques. Sur notre pelouse, c’est un peu comme ça ! » L’apparence du corps détermine le niveau d’intelligence, parce que c’est le corps qui produit la pensée.

Enfin, tout le monde est capable de se rendre compte que les problèmes que rencontre notre pensée a un lien avec le corps. Lorsque l’on est devant une situation difficile, on a tendance à dire, à l’image de Ribéry : « On a dur, franchement on a dur. »  Mais « dur » désigne une sensation physique. Les situations difficiles pour la pensée sont donc d’abord ressenties par le corps. Nous avons donc bien montré dans cette première partie que le corps est important, maintenant nous allons voir les limites du corps.

II/ Mais des fois le corps marche pas bien

Nous allons commencer par prendre des exemples pour montrer que le corps ne marche pas toujours très bien. On peut commencer par Ribéry : « Au niveau des sensations, je n'ai rien ressenti. » Le corps est censé pouvoir transmettre des sensations à la pensée, mais là le corps de Ribéry n’a pas bien marché. Autre exemple, Charles Biétry : « Il ne faut pas avoir la main qui tremble pour détourner ce coup franc, mais il ne faut pas avoir non plus le bras qui tremble, ni la tête qui tremble, pour prendre ses appuis ! » Là c’est un cas très compliqué, parce qu’il faut prendre ses appuis et détourner le coup franc, mais si le corps tremble, on ne pourra pas le faire. Mais nous pouvons trouver encore un exemple beaucoup plus grave, celui de Jean-Michel Larqué : « Le tir est passé entre les pieds, à hauteur de la hanche ! » On constate ici un corps complètement déformé, et on peut supposer que la pensée devient difficile avec un corps tordu à ce point.

Il arrive donc que le corps ait des imperfections. Mais le souci, c’est aussi que le corps n’est pas toujours ce qu’on espère, et aussi qu’on ne peut pas l’utiliser pour faire n’importe quoi. Même si un corps en bon fonctionnement est essentiel pour vivre, et pour faire face aux situations, il ne peut pas non plus être utilisé pour n’importe quoi, notamment pour être mangé. C’est ce qu’avait bien compris Louis Nicollin quand il disait : « On va pas se couper le cul en rondelles pour faire du saucisson. » Si Intermarché est fermé et qu’on veut manger du saucisson, on a beau avoir un corps qui nous permet de marcher jusque-là, il faudra faire l’impasse sur ce désir.

Le dernier problème, c’est que les facultés du corps sont encore mystérieuses et on ne les connaît pas toutes. Le cerveau, en particulier, est très complexe. Mais en pensant sans arrêt au cerveau et à sa complexité, nous oublions souvent que les autres organes aussi ont une part de mystère que l’on n’arrive pas bien à percer. Par exemple Vincent Guérin : « Je crois que j'ai deux pieds. J'ai cette faculté depuis tout petit. » Il n’en est pas sûr, parce que même s’il semble évident qu’il a deux pieds, nous sommes parfois sujets à des illusions, et finalement rien n’est certain. Ainsi, nous avons vu les problèmes que posaient le corps, à présent nous allons voir les solutions pour la pensée.

III/ Du coup il faut construire la pensée autrement

La première solution, puisqu’on ne peut pas toujours compter sur le corps, c’est de produire sa pensée tout seul, directement avec son esprit. Apparemment, c’est la solution qu’a choisie Ribéry lorsqu’il dit : « Moi personnellement, je me critique moi tout seul. » Son corps devrait être en mesure de se critiquer lui-même et de se réparer, comme n’importe quel organisme vivant, mais il préfère s’en remettre à son esprit et faire lui-même son autocritique.

La deuxième solution est de compter sur autrui pour construire un grand corps collectif : ainsi, les problèmes d’un corps seront compensés par les corps des autres qui s’additionnent. Une difficulté reste présente toutefois : il faut réussir à se coordonner, et ce n’est pas toujours simple. C’est ce qui a été constaté par Charles Biétry : « On le voit, que les Grecs ont plus envie de gagner que les Tchèques. Les Tchèques ont envie, mais pas ensemble. S’ils ne réussissent pas à marquer, c'est qu'ils ne parviennent pas à avoir tous exactement la même envie ! » C’est donc une solution à long terme, puisqu’il faut d’abord apprendre à avoir la même envie et à coordonner les corps en un grand corps collectif.

Enfin, en cas de désespoir, il reste toujours la religion. Parfois nous avons l’impression de ne plus avoir de solution, et si on est quelqu’un d’optimiste, la foi va prendre le dessus : on va se dire qu’on sera sans doute récompensé plus tard. Et cela fonctionne pour ceux qui y croient vraiment. Guy Roux l’avait bien remarqué chez des joueurs : « Ils ont l'bon Dieu dans les chaussures ! » De tout temps, la foi a été la réponse aux problèmes que l’on ne savait pas résoudre. Le problème du corps et de la pensée en fait partie, il faut donc compter sur Dieu.

En conclusion, nous avons donc vu que la pensée dépend du corps mais pas toujours et qu’il y a d’autres solutions.

dimanche 27 mai 2018

13 reasons why : recherche de la vérité ?


La saison 2 de cette très belle série est sortie la semaine dernière, et elle a été à la hauteur de la première. Je me demandais pourtant comment on pouvait faire une nouvelle saison acceptable et intéressante sur une histoire terminée. Pourtant, il fallait bien poursuivre la réflexion qui traversait toute l’histoire d’Hannah Baker : la recherche de la vérité.


Au travers de ses cassettes, Hannah dévoilait à ses camarades de classe, dans la saison 1, des événements et des pensées qu’ils n’avaient pas imaginés. Elle dévoilait une vérité qui contredisait radicalement leurs croyances, auxquels ils ont eu tellement de mal à renoncer qu’ils l’ont immédiatement soupçonnée de mentir. La première saison de 13 reasons why montrait à quel point il peut être difficile de reconnaître la vérité, ou de l’admettre. Le problème de la vérité va être encore approfondi et incroyablement complexifié par la saison 2, qui met en scène le procès suivant le suicide d’Hannah. Dès la saison 1, on savait que ses parents s’apprêtaient à attaquer le lycée, qui laissait faire le harcèlement dont elle a été victime.

On pourrait croire que la deuxième saison est à nouveau une recherche de la vérité. N’est-ce pas l’enjeu de tout procès ? Déterminer quels ont été les faits, reconstruire le puzzle en confrontant les témoignages ? Effectivement, des témoignages vont être confrontés et de nouvelles informations découvertes. Mais on se trompe si l’on croit qu’un procès a comme objectif d’établir la vérité. C’est loin d’être l’objectif des deux avocats : le but n’est pas de trouver la vérité, mais d’avoir raison. Le but de l’avocat n’est pas de savoir ce qui s’est vraiment passé, mais d’interpréter les faits de telle sorte qu’il serve sa cause.

La structure générale de la série reflète l’attitude de Clay face aux discours des témoins et des avocats, l’attitude que le spectateur lui-même peut être amené à prendre. Comme Clay, nous avons cru aux révélations de la saison 1 : à aucun moment nous ne nous sommes demandés si Hannah disait la vérité ou non, nous y avons cru, parce que c’était le seul point de vue qui nous était donné. Brusquement, nous entendons des discours différents, plus précis, parfois purement et simplement contradictoires. Mais au début nous croyons Hannah, et sa version des faits : quand des témoins comme Marcus disent des choses contraires à ce qui a été raconté dans la saison 1, un flash-back nous montre ce qui s’est vraiment passé, pour qu’on puisse distinguer la vérité du mensonge. Tout ce que nous voyons au début, c’est que la vérité importe peu pour l’avocate de la défense, qui saisit la moindre occasion pour déformer les propos des témoins de la partie adverse.

Cette construction se poursuit jusqu’à l’épisode très intéressant autour du conseiller d’éducation, M. Porter. Alors que depuis le début on peut facilement distinguer les vrais témoignages des faux grâce aux flash-back, pour la première fois, on va voir des événements qui ne sont jamais arrivés : les flash-back montrent en fait les regrets de Porter, la façon dont il aurait aimé que les choses se passent, tandis que son discours rapporte ce qui s’est réellement passé.

La pierre de touche que l’on avait, les flash-back, deviennent alors une source douteuse. Après tout, qu’est-ce qui nous prouve que les flash-backs précédents n’étaient pas eux aussi imaginés ? Ce doute va se révéler terrible pour la suite, en particulier pour l’épisode du témoignage de Bryce Walker, qui va contester avoir violé Hannah en prétendant qu’ils sortaient ensemble. Or, loin que les flash-back contredisent son témoignage, on voit Hannah et lui agir exactement comme il le prétend. Nous n’avons aucun moyen de savoir s’il ment : Clay lui-même en vient à douter également, et il faut s’accrocher au fait qu’il n’y a aucun doute sur la réalité du viol de Jessica pour se rappeler que celui d’Hannah n’a pas pu être inventé.

Le dénouement de cette saison (du moins de l’épisode 12), n’est pas simplement pessimiste : si la défense remporte le procès, si le lycée n’est pas reconnu coupable, cela montre à quel point faire accepter la vérité est difficile, voire vain. Celui qui s’en sort est tout simplement le meilleur avocat – le meilleur orateur. La vérité n’a aucune force de persuasion, et c’est bien pour cette raison que sa recherche est si difficile.

samedi 26 mai 2018

Les footballeurs (re-)passent le bac ! (Mondial 2018) #1


2016. Coupe d’Europe. Défaite de la France en finale (oui oui)
Et pour l’occasion, les sujets de philosophie de bac avaient été traités par mes soins, au moyen de citations de footballeurs. Vous vous en souvenez ? C’était les footballeurs (et autres) passent le bac.
L’année dernière, pas de Coupe, pas de fausses dissertations : j’avais plutôt profité des semaines précédant le bac pour proposer des exemples d’œuvres littéraires à citer au bac de philo. Bien plus utile, mais bien moins drôle.
Alors les footballeurs reviennent ! Après vous avoir dit l’an passé ce qu’il fallait faire, voilà cette année ce qu’il ne faut surtout pas faire. Premier match le 14 juin, en entre-temps, une dissertation tous les mercredis et samedis.

EVIDEMMENT je ne peux pas faire les sujets qui vont tomber en France métropolitaine, je ne les connais pas ! Voilà donc pour commencer le sujet tombé cette année à… 

Amérique du Nord, série L

L’homme politique doit-il chercher à être efficace à tout prix ?

L’homme politique est celui qui dirige. La politique, c’est comme le foot, et celui qui dirige, c’est l’entraîneur. Efficace signifie qu’il faut gagner. Il semble évident, par conséquent, que l’entraineur doit être efficace à tout prix, sinon des centaines de personnes seront déçues de perdre la Coupe du Monde. Nous nous demanderons donc si l’entraineur doit être efficace. Dans une première partie nous verrons que oui, ensuite nous verrons les obstacles à l’efficacité, et enfin nous verrons qu’il ne faut pas juste espérer gagner mais aussi se donner les moyens d’être efficace.

I/ L’entraîneur doit être efficace

Dans un premier temps, nous pouvons répondre « oui » à la problématique posée. Il est clair que l’entraîneur a comme but premier d’être efficace. S’il ne l’est pas, il risque de décevoir tous ceux qui pensent gagner la Coupe du Monde. Mais comment faire pour être efficace ? La première chose c’est de connaître les règles pour pouvoir les appliquer au mieux. C’est exactement ce que disait Platini : « Ben on peut dire que la clé est que c'est l'équipe qui marquera le plus de buts qui gagnera, et celle qui en marquera moins qui va perdre ! » Une fois qu’on a la clé de la réussite, il faut faire des hypothèses sur les actions à mener. La plupart du temps, il ne faut pas chercher trop compliqué, sinon les joueurs, qui représentent le peuple ignorant, ne comprendront pas. La meilleure hypothèse d’action, la plus efficace et la plus simple, est sans doute celle de Boskov : « Je pense que pour marquer un but il faut tirer dans le but ! »

Le mieux est quand même de prendre exemple sur ceux qui ont été les plus efficaces. Le foot est un sport collectif : il ne faut pas travailler tout seul mais étudier les autres, à commencer par les allemands. En effet, c’est très clair que les allemands sont les plus efficaces. C’est bien ce que dit Platini : « Les allemands quand ils sont mauvais ils vont finale, quand ils sont bons ils gagnent. » Cela prouve bien que même l’efficacité n’empêche pas de perdre la finale, quand on n’est pas assez attentif. Il ne suffit pas d’avoir des prédispositions. Il y a des personnes qui sont immédiatement douées, pour le foot, elles doivent essayer d’être efficaces quand même. Autrement dit, même si, comme le dit Gary Lineker : « Le football est un sport inventé par les Anglais qui se joue à onze et où les Allemands gagnent à la fin », cela n’a pas empêché les allemands d’être mauvais et de ne pas gagner la finale.

Donc pour être efficace, il faut commencer par s’entourer d’allemands efficaces qui travaillent bien. Une équipe de bonne qualité ne peut pas se construire avec des joueurs moyens. C’est la même chose avec les omelettes : on ne fait pas de bonne omelette avec des œufs de mauvaise qualité. Mais je vais plutôt, sur ce point, citer Mourinho, qui explique cette idée bien plus clairement : « Notre style de jeu c’est comme les omelettes et les œufs. Pas d'œuf, pas d'omelette ! Au supermarché, vous avez des œufs de classe 1, classe 2, classe 3... Certains sont plus chers que d'autres et donneront une meilleure omelette. » Nous avons donc vu dans cette première partie qu’il fallait être efficace. En deuxième partie, nous verrons les obstacles.

II/ Parfois il y a des obstacles

L’efficacité est importante mais elle ne marche pas toujours. Par exemple, même si on met au point une bonne stratégie, on peut se retrouver face à des situations inattendues ou des équipes inattendues. Par exemple, la France était efficace en 1982, mais leur stratégie ne pouvait pas fonctionner avec tous les pays, c’est pourquoi il aurait fallu s’adapter à la situation particulière qu’ils ont rencontrée en demi-finale contre l’Allemagne. Thierry Roland n’avait pas hésité à dire, d’ailleurs : « Force est de constater que l’Allemagne, ça n'est ni l’Autriche, ni l’Irlande du nord… » C’est un véritable obstacle parce que s’il est facile d’être efficace contre l’Autriche ou l’Irlande du Nord, c’est autre chose contre l’Allemagne, qui sont, comme nous l’avons dit avant, les meilleurs dans l’efficacité.

L’autre type d’obstacle est l’obstacle matériel. Les problèmes que l’entraîneur peut rencontrer ne se réduisent pas aux équipes adversaires et à leurs singularité. Il y a aussi les problèmes dus aux différents terrains et à la disposition des buts ou des poteaux. Cela peut poser des problèmes même quand le plan d’action était bien mis en place. Nous pouvons par exemple penser à ce qu’a constaté Dugarry : « Il était bien tiré ce penalty, dommage qu’il y avait le poteau... » On a beau être parfaitement bien préparé, si on est malchanceux, on ne sera pas efficace quoi qu’il arrive. Mais puisque nous connaissons maintenant les obstacles à l’efficacité, nous pouvons chercher des solutions.

III/ Il ne faut pas juste espérer mais aussi se donner les moyens d’être efficace

Nous avons donc deux problèmes, qui sont la malchance et les situations imprévues. Contre la malchance, malheureusement, il est difficile de faire quelque chose. La chance repose sur le hasard, et nous ne pouvons rien faire pour l’attirer de façon certaine. Mieux vaut se réjouir de ce que l’on a déjà, et espérer que cela dure. Eric Cantona l’avait bien compris, quand il disait : « La vie est toujours trop cruelle. Tout ce que nous pouvons faire, c’est essayer de passer le ballon et laisser le soleil briller. En espérant qu’il brille pour tout le monde ! » Mais se contenter d’attendre la chance n’est pas une garantie de réussir. Il vaut mieux se donner les moyens.

Etre efficace, bien sûr, c’est gagner : mais c’est aussi savoir quoi faire pour gagner. C’est bien ce qu’expliquait Charles Biétry : « Une finale, ça ne se joue pas, ça se gagne ou ça se perd. » Lorsqu’on arrive en finale, il ne faut plus se contenter d’attendre la chance, de réfléchir à des stratégies pour jouer : il faut choisir entre perdre et gagner, et évidemment le rôle de l’entraîneur c’est de nous faire gagner. Il ne faut pas oublier cependant que si l’entraîneur, le chef, doit chercher à être efficace à tout prix, le politique et le foot ne peuvent marcher dans la masse des joueurs. Eux aussi doivent s’efforcer de faire de leur mieux, et suivre la leçon de Luis Fernandez : « En compétition, il y a toujours un premier et un dernier, mais l'important est de ne pas être le second de soi-même. »

Pour conclure, nous avons montré que l’entraineur devait être efficace, mais qu’il y avait des obstacles et des solutions pour gagner la Coupe du Monde quand même.

samedi 31 mars 2018

Mes lectures du mois # Mars


Voilà mes lectures du mois de mars, qui est très philosophique par rapport à d’habitude. En revanche, toujours comme d’habitude, il s’agit de livres accessibles à tous, à part peut-être le premier dont je parle, dont certains points sont assez poussés.
Profitez-en bien, car me lançant dans un nouveau projet, il n’y aura probablement pas d’article pour avril.

Dracula ou la croisade des temps modernes, Farhad Khodabandehlou

Ayant adoré le roman Dracula, j’attendais beaucoup de cette analyse faite par un professeur de philosophie. J’ai été un peu déçue, même s’il y avait plusieurs points très intéressant, notamment l’analyse de la façon dont Dracula espère se prendre pour un « Anglais », et la réflexion sur l’identité personnelle qui s’ensuit. Ce qu’il faut savoir toutefois, c’est que contrairement à ce que laisse entendre la quatrième de couverture, ce livre porte uniquement sur les premiers chapitres du roman, le passage où Jonathan Harker se rend dans le château de Dracula pour lui vendre des biens immobiliers en Angleterre. Cela a peut-être participé à ma déception, parce que ce n’est pas le moment que j’ai préféré, et j’aurais vraiment aimé avoir des explications philosophiques sur la suite, en particulier sur l’histoire de Lucy ou sur le psychiatre, qui était mon personnage préféré.

Le miracle Spinoza, Frédéric Lenoir

Pour la petite histoire, j’ai lu ce livre à la demande de la documentaliste de notre lycée, qui voulait mon avis dessus avant qu’il soit proposé aux élèves. Je ne l’aurais sans doute jamais lu spontanément, et le début a été un peu difficile (trop de biographie de Spinoza, pas assez de sa pensée…) mais j’ai plutôt apprécié la suite, qui donne un bon résumé assez précis de l’Ethique de Spinoza. J’ai plutôt bien compris ce qui était expliqué, mais je pense que ce serait quand même difficile pour un débutant en philosophie (même si c’est accessible et permet tout de même de comprendre les grandes lignes des problèmes posés). En revanche, ça peut être utile pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de Spinoza. Je vais donc le rendre au CDI avec un bon avis !

Farhenheit 451, Ray Bradbury

Trouvé dans une boite à lire, je me suis jetée dessus, en grande fan de dystopie. En plus, un livre qui date de la grande période des dystopies (les années 1940, Orwell, Huxley… et maintenant Bradbury, que je n’avais jamais lu). Pourtant, j’ai été un peu déçue. Je ne pense pas que ce soit la faute du livre en lui-même : simplement de mes trop nombreuses lectures dans ce domaine. J’ai eu l’impression de lire beaucoup de choses déjà lues, mais je sais bien que ça n’aurait pas été le cas si j’avais connu ce livre avant les autres : je l’ai bien aimé quand même, mais il n’était pas à la hauteur des autres. Voilà la seule chose qui m’a déçue au fond.

Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux, Marianne Chaillan

Changement de domaine, beaucoup moins académique que les ouvrages de philosophie précédents, mais tout aussi sérieux, j’ai lu ce livre qui présente de façon succincte, claire et intéressante les problèmes de philosophie que l’on peut poser à partir des films de Disney. Ce n’est pas une analyse philosophique des films, mais plutôt des pistes de réflexion lancées à partir des princesses, des méchants et des animaux de Disney. J’avais déjà lu le livre Harry Potter à l’école de la philosophie, que j’avais apprécié et recommandé aux élèves de Terminale, mais sur lequel j’avais eu quelques réserves (certains rapprochements étaient trop tirés par les cheveux selon moi…), mais je n’ai pas de reproche particulier à faire pour celui-là, qui est intéressant et amusant.

jeudi 1 mars 2018

Mes lectures du mois # Janvier et février


Je rattrape ici mes lectures du mois de janvier. Je n’avais pas fait d’article parce que je n’en avais terminé qu’un, mais voilà ma nouvelle liste ! Il n’y en a pas beaucoup, c’est vrai, mais promis je me rattrape au mois de mars. Je fonctionne comme d’habitude : de celui que j’ai le moins aimé à celui que j’ai préféré.

La Princesse de Montpensier, Madame de La Fayette

J’ai bien aimé cette nouvelle, même si j’ai été un peu déçue : j’avais vu le film avant, que j’avais adoré. La nouvelle m’a parue un peu fade à côté… mais je pense que l’epub très vieillot que j’avais y est aussi pour quelque chose, parce que l’orthographe ancienne me bloquait quand même beaucoup pour ma lecture.

La nuit de l’oracle, Paul Auster

J’avais beaucoup entendu parler de cet auteur sur des groupes de lecteurs, alors j’ai voulu m’y lancé. Il y a une construction très particulière et souvent dure à suivre, et je comprends sans problème que l’on puisse adorer cet auteur, qui a une véritable empreinte. Malheureusement, ça ne m’a personnellement pas vraiment plu. Peut-être aussi que je n’étais pas dans le bon état d’esprit quand je l’ai lu. Il y a des passages qui m’ont plus aussi, bien écrit et intéressant, et la deuxième partie a été lue bien plus vite que le début.

Penser la pornographie, Ruwen Ogien

Un des rares de l’auteur que je n’avais pas encore lus, mais pas aussi passionnant que les autres, même si je l’ai adoré comme le reste. Je peux très bien dire pourquoi ça n’a pas été aussi passionnant que les autres écrits de Ruwen Ogien : très sociologique et juridique, c’est vraiment carré et instruit, mais il m’a manqué son écriture fluide habituelle, qui fait qu’un traité philosophique, avec lui, se lit comme un roman.

Frankenstein, Mary Shelley

Ce n’était pas vraiment une lecture, mais une relecture. Je l’avais étudié au collège – et bien trop tôt, parce qu’à l’époque je ne l’avais ni comprise, ni appréciée. Et je suis contente d’avoir repris cette lecture, parce que j’ai beaucoup aimé. La double mise en abyme rend la structure très intéressante. Il y a des remarques très intéressantes et pertinentes sur la perception, l’existence, et la justice. Lu à l’âge qu’il faut, il peut introduire de nombreuses réflexions, à condition que le texte soit bien saisi dans son ensemble.