mercredi 22 novembre 2017

Mes lectures du mois # Novembre

Souvent je lis cette remarque ridicule, voire absurde, sur les groupes de lecteurs ou d’auteurs autoédités sur les réseaux sociaux : « Aujourd’hui tout le monde écrit, mais personne ne lit. » Ah. A mon avis, quelqu’un qui ne lis pas ne peux pas écrire bien. Donc ceux qui écrivent lisent. D’ailleurs, ce serait étrange de prétendre que quelqu’un qui aime écrire n’aime pas lire à côté de ça. Alors, pour participer à la destruction de ce préjugé, je vais vous présenter les livres que j’ai lus ce mois-ci. Et peut-être les mois suivants aussi, si j’ai le temps. Comme ça vous verrez bien qu’un auteur lit… et même ce qu’il lit.

Ce mois-ci j’ai lu trois livres, je vais dire un mot sur chaque, en partant de celui que j’ai le moins aimé jusqu’à celui que j’ai préféré. Pour garder le meilleur pour la fin. Alors, je commence… prêts ?

Le cercle secret de L. J. Smith 

C’est quoi ce caca ? Bon, voilà, c’est à peu près ma réaction après l’avoir lu. J’ai trouvé ce livre dans la boite à lire de Nancy. J’aime bien lire la littérature adolescente, parce que certains livres sont très bons et soulèvent des questionnements intéressants, par exemple sur le bonheur, la religion, voire la politique. Et ça me permet dans parler dans mes cours. Mais franchement, ce truc-là…

Bon, revenons au début : le résumé annonce l’histoire d’une jeune fille qui se fait une grande amie dans son nouveau lycée, et tombe malheureusement amoureuse du petit ami de cette dernière. Amour interdit, qui va être scellé par un pacte, de telle sorte qu’au moindre écart, une malédiction se déchainera sur elle.

Voilà, je vous ai tout spoilé. Désolée, je me suis contentée de répéter ce qui est sur la quatrième de couverture. Mais le garçon en question apparaît à la page 200, sur 260 pages de livres, et le pacte magique se fait vers la page 250.
Bon, certes, ce n’est pas parce que l’éditeur est stupide et a spoilé le livre que le livre est nul pour autant. Mais voilà de quoi ça parle vraiment, en fait : c’est une fille qui arrive dans son nouveau lycée, et qui passe son temps à croiser des gens incroyablement sexys. En gros, c’est un peu un défilé de mode, comme livre. Tout le monde il est beau, tout le monde il est sexy, mais bien sûr plus on est sexy (plus on est habillée comme une p*** avec forte poitrine et maquillage), plus on est méchant ; et plus on a une beauté naturelle, plus on est gentil. Au secours les clichés. Ceux qui me connaissent un minimum savent en plus que je supporte très mal ce genre de raccourcis – qu’on peut appeler préjugé, non ? Voilà, donc la fille a que des camarades sexys, et dans l’ensemble qui ne l’aiment pas. Résumé beaucoup moins attrayant que celui de la quatrième de couverture, je vous l’accorde, mais qui spoile beaucoup moins…

Emulsion de Vanaly Nomain

Tout de suite, on change de registre, et on change de niveau. C’est un livre comme il devrait y en avoir plus, et un livre qui justifie mon combat acharné pour la reconnaissance de l’autoédition. Parce que c’est un livre instruit, intelligent, qui apporte une vision du monde – vision que je n’ai pas du tout aimée. Non, je n’ai pas aimé les interrogations que posaient ce livre, et je préfère d’ailleurs les livres qui posent des questions et font réfléchir plutôt que ce qui apportent des réponses. Pour ce livre, je n’ai pas du tout aimé ce sur quoi il nous pousse à réfléchir. Je n’aime pas les discours défaitistes sur le monde actuel,  ce qui est très personnel de toute façon donc ne mérite pas que je m’y étende.

Et qu’est-ce que ça peut faire, de toute façon ? Ce n’est pas mon goût personnel qui va déterminer la qualité d’un livre. Donc oui, je l’affirme et c’est possible, je n’ai pas aimé mais c’est un excellent livre dont je recommande chaleureusement la lecture parce qu’il mérite d’être connu. D’ailleurs, comme je l’ai dit dans mon article Comment aider les auteurs indépendants quand je pense qu’un livre autoédité mérite d’être connu, je l’achète au format papier. Alors, c’est fait, je l’ai acheté au format papier.

C’est donc un livre fantastique, où le fantastique est présenté comme scientifique et crédible. C'est extrêmement pertinent et bien renseigné. L’histoire est extrêmement bien construite et correspond en plus parfaitement à mes goûts (et comme la forme compte beaucoup plus que le thème dans mes critères, ça justifie le fait que je l’ai adoré malgré tout) : je me suis longtemps demandé où l’auteur voulait en venir, pour me rendre compte finalement à la fin que tout était parfaitement agencé et que l’histoire formait un tout. Il y a une suite, et j’ai tendance à ne pas aimer les suites, surtout quand un roman me semble aussi complet que celui-ci : la fin était parfaite, l’histoire complète, mais évidemment, je lirai le deuxième tome dès sa sortie.

Dracula de Bram Stoker

Et mon coup de cœur va à… Dracula. Je dis bien « coup de cœur », parce que ce n’est pas seulement le meilleur sur les trois livres que j’ai lu ce mois-ci, il m’a tout simplement fascinée. Ça faisait des années que je n’avais pas été portée par un livre comme ça. Ne comprenez pas « portée » au sens de l’évasion, vous savez, surtout depuis que j’ai écrit Contre la mode de l'originalité que je trouve inquiétante cette tendance à l’évasion. J’avais du mal à lâcher le livre, que je trouvais très addictif. Mais c’est vrai que j’ai un gros faible pour les romans qui partagent les points de vue entre plusieurs personnages, alors forcément, un roman épistolaire de ce style ne pouvait que me plaire. En plus, j’ai vraiment adoré la construction ; certains trouveront sans doute ce livre très long, parce qu’il tourne autour de deux événements principaux, il est centré en fait sur deux personnages plutôt secondaires (les deux femmes, Lucy puis Mina), deux événements sur lesquels s’accumuleront les pensées de trois, quatre, cinq personnages principaux (en incluant les deux femmes).

Même si ça m’a fait penser aux Liaisons dangereuses, qui font partie de mes dix livres préférés ce n’est quand même pas du même niveau. Le changement de style grandiose qu’il y a entre les personnages des Liaisons dangereuses n’existe pas ici, où c’est beaucoup plus uniforme, mais faire un roman épistolaire avec du fantastique est tout de même une idée géniale, et donne à l’histoire un effet réel qu’elle n’aurait pas eue avec un récit plus habituel. Dracula, je ne l’avais pas lu, et j’ignorais ce que c’était vraiment. Je ne regrette absolument pas de l’avoir enfin découvert dans ce qu’il était vraiment un l’origine, un mythe qui méritait d’avoir une telle répercussion par la suite.


dimanche 5 novembre 2017

Le livre voyageur # Si la parole était d’or

Après des mois de voyage, Si la parole était d’or est de retour à la maison ! (quoiqu’en temps, j’aie changé de maison…) Je voulais donc, en m’excusant de n’avoir pas pu dédier un article entier à chacun des lecteurs par manque de temps, faire un article de clôture en remerciant tous les participants qui ont joué le jeu, et m’ont laissé un petit mot dans le livre. Je suis heureuse de retrouver un livre dédicacé par vous tous, et je n’hésiterai pas à retenter l’expérience avec un autre roman !

Je remercie donc

- Julie

- Marilyne

- Catherine

- Laurent

- Angélik

…et Edwige, chez qui le livre a fait un détour, mais que je ne connais pas…


Merci encore à vous tous, et rendez-vous pour le prochain livre voyageur !

lundi 23 octobre 2017

Conseils de lecture pour Terminales

J’ai vu plusieurs fois, sur des groupes de lectures, des lycéens de Terminale (ou des parents inquiets !) demander des conseils de lectures « classiques » pour agrandir la culture littéraire pour le bac. Plutôt que de répondre à chaque fois individuellement, je pense qu’il sera plus utile de faire directement un article. Pour ce qui est du programme de Terminale L en littérature, je ne connais pas assez bien les œuvres au programme pour donner des conseils de lecture pertinents. En revanche, je vais faire une liste de livres qu’il est important d’avoir lus, et qui peuvent également être utilisés en philosophie, pour faire d’une pierre deux coups. J’ai déjà parlé de certains d’être eux – je mettrai donc les liens vers mes autres articles. Evidemment, ce n’est pas une liste exhaustive, et j’en referai peut-être une autre plus tard, si j’ai d’autres idées. Je vais d’ailleurs essayer de me limiter et de ne pas en mettre trop pour le moment, et ne pas vous surcharger de lectures dès le premier article.

• Le grand classique incontournable et mal compris : Les Fables de La Fontaine.

L’avantage, c’est que vous en connaissez d’jà la plupart. Le problème, c’est qu’elles sont en général mal connues (parce que comme le dit Hegel « Le bien connu, justement parce qu’il est bien connu, est mal connu. ») Ce que vous connaissez des fables est souvent flou, ou souvent mal interprété. Je vais en citer quelques-unes que je vous invite à relire, parce qu’elles permettent souvent de donner d’excellents exemples à des thèses philosophiques, des exemples qui seront en plus très appréciés puisqu’ils sont littéraires. Cependant, gardez en tête que les fables de La Fontaine sont ironiques : il faut donc, la plupart du temps, comprendre l’inverse de ce qui est présenté, et ce n’est que de cette façon que vous percevrez le sens véritable de la fable.
Evidemment, c’est dur de toutes les connaître, et rassurez-vous, je ne les ai pas toutes lues moi non plus. Mais de temps en temps, j’aime bien en regarder une ou deux nouvelles.
               - Pour la justice (ou plutôt l’injustice) : « Les animaux malades de la peste » ou « Le loup et l’agneau »
- Pour la morale et le devoir : « Le cheval et l’âne » (Sur lequel j’ai fait un article ici : Le texte de la semaine #5)
            - Pour la politique : « Le dragon à plusieurs têtes et le dragon à plusieurs queues », « Les grenouilles qui demandent un roi »
            - Pour la liberté : « Le loup et le chien », « Le chêne et le roseau »
            - Pour la vérité : « Le laboureur et ses enfants »
            - Pour l’existence et le temps : « La Mort et le malheureux »

Si vous avez des questions concernant les liens entre certaines fables et la notion au programme, posez vos questions en commentaire.

• Les pièces de théâtre

Outre les fables, les textes qui peuvent vraiment vous être utiles sont les pièces de théâtre, qui mettent souvent en scène des enjeux de la vie pratique, qu’elle soit individuelle ou politique. Voilà une petite liste.
              - Pour la politique : Les mains sales de Sartre (dont vous trouverez un commentaire ici : Le texte de la semaine #1), Antigone de Sophocle
              - Pour la justice : Les Euménides d’Eschyle (dont j’ai parlé ici : Le texte de la semaine #2)
-   Pour le désir : Phèdre de Racine
-   Pour autrui : Huis clos de Sartre

            • Les romans

Enfin, j’y arrive, ces énormes pavés que vous allez devoir lire. Mais certains se lisent très bien, alors pas de panique les enfants. Voilà ma liste :
              - Pour le désir : Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (que je spoile méchamment ici : Le texte de la semaine #3), Manon Lescaut de l’Abbé Prévost
              - Pour l’existence et le temps : Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir (tout est là : Tous les hommes sont mortels... et Algernon aussi), La nausée de Sartre
              - Pour le bonheur : Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes (même article que pour Simone de Beauvoir : Tous les hommes sont mortels... et Algernon aussi)
              - Pour la morale : Crime et châtiment de Dostoïevski
- Pour la technique : Frankenstein de Mary Shelley
              - 1984 de George Orwell. Oui je le mets à part. Sinon il faudrait le mettre dans toutes les catégories parce qu’il y a d’excellents passages pour la politique, l’histoire, le langage, le devoir, la liberté, le désir… Bref, il faut le lire. Avant-goût ici : Le texte de la semaine #4

Les « à ne pas citer au bac »

Et je vais finir, quand même, par vous donner des idées de lecture plus « adolescentes », que vous ne pourrez pas citer directement au bac, mais qui pourrons vous faire réfléchir. Et même si vous ne pouvez pas les citer directement, vous pouvez toujours en reprendre les idées comme si vous étiez en train de faire une expérience de pensée que vous imaginez vous-mêmes. Bon, je place discrètement les miens au milieu, mais à quoi bon écrire des romans philosophiques si je ne peux même pas en parler…
              - Pour l’identité personnelle et matière et esprit : Habeas Corpus de Victor Boissel
              - Pour l’art : Clara et la pénombre de Somoza
             - Pour le bonheur : Le Passeur de Lois Lowry, Everything, everything de Nicola Yoon, Si la parole était d’or de Caroline Giraud
              - Pour la liberté : Divergente de Veronica Ross, Masques de Caroline Giraud
              - Pour la morale : Le liseur de Bernhard Schlink
              - Pour la politique : La loi de Gaia de Caroline Giraud
              - Les généralistes : Harry Potter à l’école de la philosophie de Marianna Chaillan (qui est une prof de lycée, et s’efforce vraiment d’y insérer le programme de Terminale, beaucoup de références très classiques, très bon livre donc pour les fans), Star Wars : la philo contre-attaque, Gilles Vervisch, Il en faut peu pour philosopher, Caroline Giraud (si vous n'avez pas reconnu la chanson en titre, c'est sur Disney), Death Note, la philosophie de Kira, Caroline Giraud


mardi 17 octobre 2017

Mes 10 livres préférés


Puisque plusieurs blogueurs, pour qu’on les connaissent un peu mieux, ont pris le temps de présenter les 10 livres qui ne les quittent jamais, à mon tour, je vais donner mes dix livres préférés (mon « Top 10 » même, puisqu’ils seront dans l’ordre), comme ça vous me connaîtrez mieux en tant que lectrice. Philo et littérature sont mélangées, il s’agit de livres que je pourrai relire indéfiniment sans jamais me lasser.
Je vais essayer de me forcer à mettre 10 auteurs différents, sinon il risque d’y avoir l’intégral de Racine... Alors, c'est parti !



N°10 : La dame aux camélias, Dumas fils

Un choix un peu surprenant, et qui a été difficile. J’ai longuement hésité à le mettre dans mon Top 10 étant donné que j’ai un très lointain souvenir de ce livre et que je serais complètement incapable de le résumé. Mais il a quelque chose de symbolique pour moi, parce que c’est le premier long roman de littérature française que j’ai lu, au collège, emprunté à la bibliothèque municipale. Et c’est le roman qui m’a donné le goût pour la littérature classique, et plus précisément la littérature du XIXème siècle. Et j’ai fait de nombreuses découvertes merveilleuses à la suite, notamment Le Rouge et le Noir.

N°9 : Le roman inachevé, Aragon

Encore un livre pour lequel j’ai peu de souvenirs, mais c’est un recueil de poèmes, et le seul que je mettrai dans ce classement. Je me souviens malgré tout que, chaque soir, dans le métro, je lisais quelques poèmes, ils étaient beaux, et quand je rentrais, je recopiais des vers dans le carnet où je notais mes citations préférées. Il y en a même un que j’ai presque recopié en entier. Et puis, Aragon, c’est de loin mon poète préféré. C’est d’ailleurs bien en référence à lui que l’amoureux d’Emilie s’appelle Louis dans Si la parole était d’or. Parce qu’elle est comme moi, Emilie n’aime personne plus que la littérature.

N°8 : Les liaisons dangereuses, Laclos

Enfin un livre dont je me souviens ! Et plus que bien, puisque c’était mon livre au programme du bac lors de mon année de Terminale L. Jamais je n’avais lu un livre aussi bien écrit : le changement radical de style lorsque l’on passe d’un personnage à l’autre m’avait époustouflée, et je me demande si ce n’est pas en fin de compte grâce à ce roman qu’à présent, je m’efforce autant que possible de changer mon style d’un texte à l’autre (peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que je transforme radicalement mon écriture dans La Loi de Gaia, entre Sarah et Kagan.)

N°7 : L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, Ruwen Ogien

D’abord, RIP au merveilleux Ruwen Ogien, décédé très récemment, en mai 2017. Je rêvais de le rencontrer, ça n’arrivera pas, mais son livre reste celui que je prends le plus de plaisir à citer en cours. Quel est le rapport entre les croissants et la morale ? Je ne vais pas dévoiler, ce livre mérite d’être lu, il est extrêmement simple, et extrêmement amusant. C’est une suite d’expériences de pensées, ou d’expériences tout court, faites pour essayer de comprendre ce que l’on considère comme bien ou mal, et ce qui nous pousse, en général, à faire le bien.

N°6 : Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Je l’ai lu très récemment, et j’ai fait un article ici : Tous les hommes sont mortels... et Algernon aussiMais ce fut quand même un énorme « coup de cœur », comme on dit aujourd’hui. La façon dont l’auteur montre les limites humaines, la faiblesse des plus grands savants, mais aussi à quel point la société est capable de mettre de côté tous ceux qui sont jugés « anormaux », en ne les considérant même plus comme des personnes, est tout simplement incroyable.



N°5 : Les mains sales, Sartre

A nouveau un livre dont j’ai déjà parlé, mais cette fois dans le cadre de la préparation au bac, que vous retrouverez ici : Le texte de la semaine # 1 C’est une pièce de théâtre, qui se demande jusqu’où un groupe qui se pense juste est prêt à aller pour imposer sa justice au reste de la société. Sartre interroge le lien entre la fin et les moyens, mais aussi le dilemme face auquel se trouve la politique, qui doit être efficace tout en restant fidèle à ses idéaux de justice et de paix. Mais par-delà la réflexion politique, c’est la relation entre Hoederer et Jessica que je garde en tête, et la façon dont elle se termine.

N°4 : Entre chiens et loups, Mallorie Blackman

Alors… Que vais-je bien pouvoir dire ? On arrive vraiment dans les livres qui me font perdre mes mots… ou qui me plongent dans une logorrhée. C’est l’histoire qui est restée profondément gravée dans ma tête jusqu’à ce que j’écrive La Loi de Gaia, que Mallorie Blackman a fortement influencée. Après tout, nul besoin d’en parler à nouveau, puisque j’ai déjà dit ici tout ce que j’en pensais : Entre chiens et loupsJe pleure rarement en lisant un livre – beaucoup plus devant les films, j’ai besoin de la musique. Mais devant celui-là, j’ai pleuré. Je ne me suis pas arrêtée de pleurer. Jusqu’à ce que je m’endorme. Parce que je l’ai commencé un soir à 20h, et que je l’ai fini à 4h du matin.

N°3 : Propos sur le bonheur, Alain

Un livre de philo dans mon Top 3, qui sera complété par une pièce et de théâtre et un roman ; comme ça, vous voyez à quel point j’aime la diversité, et pas un seul type de texte. C’est pour ce livre que j’ai écrit Si la parole était d’or, comme je l’ai rappelé dans cet article : Les Propos sur le bonheurC’est le livre qu’il faut lire quand ça va mal, parce qu’il rend le sourire (contrairement à la bouse qui circule actuellement et qui répète la même chose mais en moins profond et en moins bien écrit mais je suis dans mon top 10 alors je ne parle pas des livres que je n’aime pas.) C’est le livre que je conseille aux débutants, ou à ceux qui sont tristes : parce qu’être heureux n’est pas facile, mais qu’il faut en faire le choix.

N°2 : Andromaque,  Racine

Racine ♥…. comme promis, j’ai réussi à ne le mettre qu’une fois, et il a fallu que je choisisse ma pièce préféré. Ça n’a pas traîné, de toute façon c’est Andromaque et ça défie toute concurrence… sauf peut-être Bajazet, mais je ne m’en souviens plus, et il faut que je le relise. Andromaque… c’est beau, c’est bien écrit, c’est triste, c’est une suite de citations « cultes » - si on peut les appeler comme ça. C’est un duo de personnages terribles, entre l’amoureux qui est bon mais ira jusqu’au meurtre pour une femme qu’il n’aura jamais, et la folle furieuse prête à toutes les atrocités pour se venger d’un homme dont elle regrettera la mort au point de se tuer. Voilà. C’est tout. Il n’y a rien à dire, il faut le lire.

N°1 : 1984, Orwell

Et pour finir… *roulement de tambours* je vous renvoie à l’article dans lequel j’avais déjà évoqué 1984, à nouveau pour les révisions du bac : Le texte de la semaine # 41984… comment dire… c’est le livre le plus parfait que j’ai jamais lu. Il dépasse tout sur tous les domaines : du point de vue littéraire (tellement bien écrit !), historique (l’analyse des différentes formes de dictatures jusqu’au totalitarisme), philosophique (le langage, l’histoire, le désir, et cette splendide scène finale sur la torture, tout y passe), mais aussi du point de vue du suspense, parce que c’est d’abord un roman qu’on ne peut lâcher avant la fin. Le livre parfait, et qui restera bientôt très haut, au-dessus de tout ce que je serai capable de lire ou d’écrire. 

dimanche 15 octobre 2017

Contre la mode de l’originalité : défense de la forme contre le fond

Après m’être, il y a plusieurs mois, opposée à la mode du « commentaire constructif » des lecteurs, article que vous pouvez retrouver ici, j’espère à présent faire réfléchir sur une autre mode, le maître tout-puissant du commerce littéraire des dernières années, le tyran face auquel aucun résistant ne peut venir s’opposer… « L’originalité. » L’originalité semble être le nouveau critère du « bon livre » : ce n’est plus forcément le livre bien écrit, ni le livre le plus vendu, non, le bon livre est le livre original.

Mais de quelle originalité parle-t-on ? Pas l’originalité, évidemment, au sens où la défend Kant. Non, plutôt l’originalité de la « dictature du on » de Heidegger. Que dit Heidegger ?
« Nous nous réjouissons comme on se réjouit ; nous lisons, nous voyons et jugeons de la littérature et de l’art comme on voit et juge ; plus encore nous nous séparons de la « masse » comme on s’en sépare ; nous nous « indignons » de ce dont on s’indigne. »
Ce qui est original, c’est ce qu’on trouve original, ce qui répond aux critères d’originalité du on. Finalement, l’original, c’est ce qu’on attend comme original ; où est alors l’originalité, au sens propre du terme ? En quoi quelque chose qui répond à nos propres critères est-il original ? L’« original » n’est-il pas plutôt ce qui n’a jamais eu de modèle avant ? Ce qui surprend, ce qui innove, ce qui nous apporte un regard neuf sur les choses, de telle façon qu’il bouleverse nos habitudes ? Pourquoi Hunger Games et Divergente sont-ils désignés comme « originaux », alors que de toute évidence, ils reprennent des thèmes déjà très largement abordés dans les autres œuvres ?

Original s’entend désormais comme l’idée d’une intrigue neuve, qui ne ressemble pas à ce qui existe déjà. Quelque chose qui ressemble trop au reste n’est pas original, et n’est, pour certains, pas digne d’intérêt. Ce qui m’étonne plus encore, c’est que ce qui est trop proche de la réalité n’apparaîtra pas non plus comme original. J’ai pu lire un jour : « Ce livre manque d’originalité, il y a une histoire d’amour ! » Ah oui ! Effectivement, il y a des histoires d’amour dans quasiment tous les livres, et dans la vie aussi. En revanche, je remarque que les romans traitant de la maladie (le mien y-compris) sont désignés comme « originaux » ; et pourtant, j’ai l’impression qu’il n’y a rien de plus à la mode que d’écrire sur la maladie.

Ainsi, non seulement ce terme semble bien contradictoire, mais en plus, tournons-nous un peu vers la littérature qui a résisté au temps : est-ce vraiment l’originalité du thème qui a fait leur importance ? La Fontaine a repris toutes les fables antiques ; Flaubert, Balzac et Stendhal, et tout le dix-neuvième, racontent l’amour d’un jeune homme pour une femme mûre ; c’est toujours la même histoire, mais aucun de ces textes ne se ressemble pour autant. Il n’y a rien d’original au sens actuel du terme. Où est l’originalité – car il y en a bien une – de ces textes ? Dans la forme, dans l’écriture, dans la façon d’aborder un sujet bien trop connu, pas dans le thème.

Alors, pourquoi cette quête d’originalité ? J’ai l’impression que c’est une certaine quête d’évasion. Ce n’est d’ailleurs pas une simple impression, mais c’est bien ce qui est associé aujourd’hui à la lecture : s’évader, partir dans une autre monde, et pour cela, il y a bien besoin, effectivement, de nouveaux mondes, de nouvelles sociétés, de personnages exceptionnels. Hunger Games est original parce qu’on s’évade. Mais ce besoin d’évasion, qui peut apparaître en un sens comme un espoir, comblé par le merveilleux pouvoir de la littérature, m’apparaît plutôt comme inquiétant. Même si c’est une activité plaisante, le besoin de s’évader signifie aussi que le monde réel ne suffit plus, et qu’il est relégué au second plan. On se crée un autre monde, lorsque celui-ci n’est plus satisfaisant – de la même façon qu’on imagine un Paradis, pour croire qu’on aura après la mort les jouissances que l’on n’a pas connues dans ce monde-ci. Mais est-ce vraiment le rôle de l’art et de la littérature ? Sont-ils faits pour mettre en évidence la bassesse du monde réel, pour donner une porte de sortie à ceux qui s’y sentent mal, le temps de quelques pages ?

Je préfère défendre d’autres fonctions de la littérature. Et selon ces fonctions, le critère de l’originalité n’a plus lieu d’être.
— La littérature doit permettre de faire voir les choses autrement. Par « les choses », j’entends le monde réel. Les artistes, en particulier les peintres et les poètes, défendent cette vision de l’art. Pour Baudelaire, le poète est un chiffonnier qui, chaque soir, va ramasser ce que les autres ont jeté : ce qui n’intéresse personne, ou ce qui est rejeté comme laid et trivial. Les Fleurs du mal, c’est la tentative de rendre la beauté à ce qui est le plus laid. Pour le peintre Henri Matisse, « rien n’est plus difficile à un vrai peintre que de peindre une rose, parce que, pour le faire, il lui faut d’abord oublier toutes les roses peintes. » Et au contraire, rien n’est plus facile, dans la création d'une l'oeuvre d'art, que d’inventer un univers original : l’originalité, selon mon point de vue et celui de Baudelaire, celui de Matisse, l’originalité sera dans le traitement nouveau d’une chose banale.
— La littérature doit dénoncer une réalité. C’est mon amour pour la poésie engagée qui parle, mais ce n’est pas que dans ce domaine que l’on trouve une dénonciation de la réalité. Pas de nouveau monde, à moins qu’il serve à faire une métaphore de la réalité, et de ce qui dérange dans cette réalité. L’important est alors ce qu’on montre, pas ce qu’on invente : l’originalité est dans le point que l’on veut dénoncer, pas dans l’histoire.


Quand je lis, je ne lis pas une histoire, je lis un livre. Avec une réflexion et une écriture. Moi aussi, comme tout le monde, ça m’arrive de lire de la littérature populaire, même de l’apprécier, mais souvent, les livres que j’apprécie sont ceux qui ont une façon nouvelle de traiter un problème connu. Ou ceux dont la réflexion est originale. C’est pour cette raison que j’ai adoré Clara ou la pénombre de Somoza, que j’ai lu récemment : les dérives possibles de l’art contemporain, ajoutées à une réflexion sur la morale, l’art et le vivant, sur ce qu’il faut accepter et jusqu’à quel point au nom de l’art. 

mercredi 4 octobre 2017

Je ne veux pas vivre de ma plume !

Je vais peut-être briser un mythe, et pourtant : tous les gens qui écrivent ne veulent pas devenir « écrivain ». Non, moi je ne veux pas. Et j’ignore pourquoi, c’est difficile à faire comprendre aux autres, encore plus depuis que mes livres se vendent bien, et que mes nouvelles sont téléchargées par milliers. Alors, depuis quelques mois, je subis la répétition incessante des questions : « pourquoi tu n’essaies pas de trouver un vrai éditeur ? Pourquoi tu ne vends pas tes livres plus chers - parce que, avouons-le, ce n’est pas en vendant 49 ct tes livres que tu vas gagner de l’argent – ? Pourquoi est-ce que tes nouvelles sont gratuites, alors qu’il y a plus de 100 téléchargements par mois ? » et la synthèse de tout ça : « Quand même, quand on fait un travail, il faut être récompensé de ce travail ! »
Eh bien je le suis. Je me bats peut-être pour récupérer des commentaires Amazon, mais même ceux qui n’en mettent pas prennent parfois le temps de me dire qu’il ont aimé, ou que ça les a fait réfléchir, qu’ils se sont reconnus ou ont reconnu le monde dans un de mes textes. C’est ma récompense, et elle vaut largement plus que quelques euros, parce qu’elle reflète ma vraie passion, qui n’est pas du tout l’écriture, qui n’est pas non plus la philosophie : c’est l’enseignement.

Alors oui, effectivement, si j’espérais un jour « vivre de ma plume » :
-          Je chercherais un éditeur (inutile de dire « vrai éditeur » : je n’ai pas un faux éditeur, je n’en ai tout simplement pas du tout.)
-          Je vendrais mes livres à plus de 49 ct.
-          Je ferais payer mes nouvelles.
-          J’écrirais de façon régulière et je sortirai un livre par an toujours à la même date, comme les auteurs de bestseller.

Et d’ailleurs, je demanderais aussi des conseils aux lecteurs pour que ce soit plus vendable et que ça plaise plus. Mais si j’ai fui l’édition traditionnelle, c’est justement à cause de ce critère du « plus vendable » au nom duquel on a voulu me faire supprimer toute la philosophie et tous les exercices de styles faits pour encourager la réflexion. Mais le deuxième problème, c’est d’avoir du mal à faire accepter que l’autoédition puisse être un choix. Mais j’adore l’autoédition ! J’aime faire moi-même mes couvertures, mes goodies, mes marque-pages, mes concours, et j’aime surtout qu’on ne me censure pas la fin de La Loi de Gaia pour que ce soit plus plaisant sans comprendre que cette fin devait faire ressentir le tragique du destin, l’enfermement, et oui, mettre mal-à-l’aise.

Je vais quand même faire une confidence : quand j’avais 10 ans, je voulais être écrivain. Je vais peut-être maintenant vous surprendre, mais entre quand j’avais 10 ans et maintenant, ma perception du monde a un peu changé. A 10 ans j’étais solitaire et toujours dans mon coin. Ecrivain ? Le métier rêvé : toute la journée devant mon ordinateur, dans une pièce, enfermée, là où je serais seule avec mes personnages. A présent, quand j’imagine ce tableau, l’angoisse se lit dans mes yeux : je ne supporte pas d’être toute seule chez moi, j’ai besoin de voir des gens, d’être devant un public, même un public qui ne m’écoute pas comme mes élèves (qui sont merveilleux et que j’adore et qui ne doivent surtout pas changer, bisous !). J’aurais pu être comédienne, avocate, flic, pompier, n’importe quoi du moment que je suis au contact des autres. Mais surtout prof : parce que c’est là que je me sens utile. En étant avocate aussi je me serais sans doute sentie utile, et c’est un métier que j’aurais adoré. Pompier, comme mon super petit frère, aussi. Mais, par pitié, pas écrivain ! Alors s’il vous plait, arrêtez de me donner des conseils pour que je puisse un jour « vivre de ma plume », parce que je crois que je finirais par mourir d’ennui, comme pendant les vacances, une fois que les trois premières jours sont passés et que j’ai fini de me reposer. D’ailleurs, pour écrire, je vais plutôt dans un café ou au bar, mais je reste difficilement devant mon bureau. Ou alors, il faut la télé, ou la musique. N’importe quoi, du moment que je ne suis pas concentrée dans le silence. De toute façon, je serais incapable d’écrire quoi que ce soit dans ces conditions : j’aime trop le bruit et la ville.

Souhaitez-moi quelque chose d’autre : souhaitez-moi qu’un jour, un élève vienne me dire « j’ai enfin compris le cours sur Sartre, grâce à Masques ! » Et là, j’aurai vraiment réussi ma vie, même si ça n’arrive qu’une fois. Arrêtez de me souhaiter de pouvoir vivre de ma passion : je vis déjà de ma passion, c'est l'enseignement. L'écriture est un passe-temps, j'écris comme je regarde le foot ou comme je lis un roman ; et il ne vous viendrait à l'idée de vivre ni de l'un ni de l'autre, alors pourquoi écrire oui ? Pourquoi une passion est-elle forcément artistique ? 

Je suis prof de philo, et je ne suis pas écrivain.

mercredi 13 septembre 2017

Tous les hommes sont mortels, et Algernon aussi


Exceptionnellement, je vais parler de deux livres à la fois. C'est moins pour en faire une véritablement chronique que pour mettre en évidence ce que ces deux romans ont en commun : Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes, et Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir. Deux livres qui commencent à dater, comme vous pouvez le constater, surtout le second. Je vais dissiper immédiatement les craintes de ceux qui ont des problèmes avec la lecture des livres datant d’avant 1950 : Des fleurs pour Algernon est sorti en 1966, donc vous pouvez y aller, et il n’y a vraiment pas de difficulté de lecture à Tous les hommes sont mortels.

D’abord, une petite présentation rapide de l’un et de l’autre. J’ai lu Tous les hommes sont mortels il y a quelques années, et il fait partie des livres qui laissent une trace, des livres auquel on ne peut pas s’empêcher de penser encore des années après, parce qu’on en retire quelque chose. L’histoire de Raymond Tosca, commence au XIIIème siècle, quand on lui propose l’immortalité. Il va pouvoir traverser les siècles et rencontrer de nombreuses personnes au cours des époques. Je ne commente pas pour l’instant.

Dans Des fleurs pour Algernon, deux brillants spécialistes du cerveau proposent à Charlie Gordon, un attardé mental, une opération permettant de démultiplier ses facultés mentales – cette opération ayant déjà marché sur la souris Algernon. Et en effet, une fois l’opération passée, Charlie progresse rapidement, finit même par s’ennuyer à l’université de psychologie, et à dépasser de loin l’intelligence des chercheurs qui lui ont fait l’opération. Le roman est écrit sous la forme de plusieurs comptes rendus rédigés par Charlie ; au début, il forme difficilement ses phrases et fait beaucoup de fautes d’orthographe, puis progresse dans une écriture de plus en plus savante.

Les deux romans vont donc faire apparaître de façon magnifique la finitude humaine ; l’un parlant de la finitude temporelle, l’autre de la finitude intellectuelle. L’homme n’est pas immortel, et l’homme ne sait pas tout. Raymond Tosca, le personnage de Tous les hommes sont mortels, ne sera pas essentiellement le représentant d’une vie pleine d’ennui, comme on pourrait s’y attendre dans un texte existentialiste qui parle d’immortalité.
L’intérêt du roman réside plutôt dans les personnages secondaires, et leur réaction face à l’histoire invraisemblable de Raymond. Les personnes qu’il rencontre vont ressentir avec désespoir la finitude de leur propre vie. Chaque personne qui croise Raymond va se rendre compte à quel point ses projets sont vains : celui qui consacre sa vie à la découverte d’un nouveau continent, à la recherche scientifique ou à la défense d’idéaux comprend que, quoi qu’il arrive, Raymond finira par découvrir ce qui a fait toute sa vie. Ce à quoi je voue ma vie peut m’échapper, parce que je peux mourir : et c’est toujours Raymond qui finira mon travail, Raymond qui assistera à ce que j’ai rêvé de découvrir. Face à lui, on perd le goût de la vie, qui n’a plus aucun sens.
Charlie, de son côté, avait une admiration sans borne pour les grands scientifiques, lui qui n’était qu’un simple d’esprit. Mais en se retrouvant avec une intelligence proprement surhumaine, il découvre à quel point les connaissances et les capacités de ces génies sont limitées : il ne comprend pas comment ils ont pu faire l’erreur, tellement évidente, qui le conduit à perdre peu à peu les fabuleuses capacités mentales dont il a profité quelques temps.


Une belle image de la finitude humaine apparaît donc dans ces deux livres qui, selon moi, se complètent. J’ai lu Des fleurs pour Algernon cet été, et j’ai immédiatement pensé à Simone de Beauvoir ; cela faisait trois ou quatre ans que j’attendais de retrouver le plaisir que j’avais eu à la lecture de Tous les hommes sont mortels, le plaisir de trouver un roman qui resterait dans ma tête, et auquel je penserai encore plusieurs années plus tard, parce que la lecture en aura été bouleversante.