jeudi 30 décembre 2021

Platinum End : l’anti-Death Note ou sa suite ?

 

Dernier article de l’année 2021 !

J’aurais bien aimé que ce soit ma découverte manga de l’année, mais non, Platinum End, que j’ai beaucoup aimé, ne détrônera pas Alice in Bordrland qui reste mon énorme coup de cœur 2021 (pas seulement en manga, en toute fiction confondue).

 

Platinum End est écrit et dessiné par le même duo que Death Note. Argument immédiat pour que je le lise, mais aussi pour espérer une intrigue intéressante et des réflexions profondes et bien amenées. Je n’ai pas été déçue : dans cette série, on trouve une très longue réflexion sur le bonheur, une autre sur la religion et son lien avec la science, et enfin une dernière sur le suicide. Oui, on passe du bonheur au suicide. Mais ce décalage brusque fait partie de la trame du manga.

 

L’intrigue est simple : Dieu est sur le point de mourir, il envoie donc sur Terre treize anges choisir treize candidats à sa succession. Les anges choisissent parmi les humains qui sont sur le point de se donner la mort : puisqu’ils veulent quitter cette Terre, c’est sans doute qu’ils ne sont pas satisfaits de l’œuvre de Dieu, ils sont donc les mieux placés pour la changer. Chaque ange, selon son rang, peut donner à son candidat soit des ailes, soit une flèche rouge rendant amoureux quiconque est touché, soit une flèche blanche donnant la mort. Dieu observera ces treize candidats pendant plus de deux ans, avant de choisir. Mais il n’aura pas besoin d’attendre si longtemps : dès les premier jour, un des candidats pense pouvoir facilement devenir Dieu en éliminant tous ses concurrents.

 


On retrouve très vite les créateurs de Death Note, à la fois dans les dessins, les personnages et la façon dont les thèmes sont abordés. Si Death Note annonçait un débat évident sur la justice, dès le premier tome, avec deux personnages opposés se réclamant tous deux de cette même justice, ici nous avons, de façon un peu lourde mais pas désagréable, le thème du bonheur vite amené. On retrouve aussi plusieurs personnages très semblables : les dieux qui accompagnent les humains, le personnage qui veut tuer ceux qui s’opposent à lui, l’asocial ultra-intelligent mais incapable de comprendre les sentiments humains, etc. On est donc à la fois dans une histoire originale (au sens de nouvelle, par rapport à ce qu’on connaît de ces auteurs) et dans un milieu où on reconnaît les codes et où on a ses repères. Le mélange marche bien.

 

Vous me verrez sûrement en reparler d'un point de vue plus philosophique, parce qu'il y a beaucoup de choses à en dire. Suffit-il d’obtenir tout ce que l’on désire pour être heureux ? Le bonheur est-il le but de la vie, ou comme le disait Aristote, le « souverain bien », l’objectif de toutes nos actions ? Est-ce l’homme qui a créé Dieu ou Dieu qui a créé l’homme ? Dieu rejette-t-il le suicide parce que le suicide est immoral ou considère-t-on que le suicide est immoral parce que Dieu l’a interdit ? Et bien sûr, d’autres questions que l’on connaît déjà, comme : peut-on sacrifier un million de personnes pour le bien des 7 milliards restant ?

 

J’ai vu une vidéo intitulée : Platinum end : l’anti-Death Note ? C’est pourquoi j’ai intitulé ainsi mon article. Mais je ne pense pas que ce soit un « anti » Death Note. Au contraire, on pourrait y voir sa suite : Kira voulait devenir Dieu. Mais que se serait-il passé s’il avait été l’un de ces candidats ? Que se serait-il passé s’il avait vraiment atteint le rang de Dieu ?

 

Une belle découverte, dans un format que j’apprécie (14 tomes, à peu près autant que Death Note, et c’est vraiment bien, parce que je n’aime pas les fictions qui s’étendent artificiellement sur trop de tomes, je finis toujours pas m’ennuyer). Et vu qu’il n’est pas très long, je peux vous le recommander sans aucune réserve !

jeudi 23 décembre 2021

Black Mirror, S4E6 : Suis-je dans mon corps comme un pilote dans son navire ?

 

Notre série d’articles touche à sa fin ! J’espère qu’elle vous aura plu… mais avant de vous prononcer, nous avons encore un sujet de dissertation à traiter, un épisode à analyser, et pas des moindres : Black Museum, épisode qui clôt la saison 4. L’épisode est particulier, puisque le gérant de ce « musée noir » raconte trois petites histoires en lien avec les objets du musée : il y a donc trois scénarios en un, mais chacun d’eux traite le thème de la conscience.

 

Le sujet « Suis-je dans mon corps comme un pilote dans son navire ? » ne tomberait pas tel quel au bac, car il y a une métaphore et que pour la comprendre, il faut savoir d’où elle vient. C’est Descartes qui, dans les Méditations Métaphysiques, en réfléchissant au lien entre l’âme et le corps, conclut que je ne suis pas dans mon corps « comme un pilote dans son navire. » Si la comparaison a un sens, c’est parce que Descartes remarque que l’âme (ou l’esprit, ou la conscience, appelez-la comme vous voulez) contrôle les mouvements du corps (si ma conscience veut lever le bras, le corps lève effectivement un bras), de la même façon que le pilote choisit les mouvements et la destination du navire. Le navire seul n’ira nulle part et un corps sans âme (un corps mort, donc) n’ira nulle part non plus. Mais pour Descartes, le lien entre l’âme et le corps ne se réduit justement pas à celui d’un pilote et de son navire : il y a un lien beaucoup plus fort entre les deux, une union complète. Si le navire a un problème, par exemple s’il y a une fissure quelque part, le pilote ne s’en rendra pas nécessairement compte. Il faudra qu’il se promène dans son navire et l’observe de l’extérieur pour identifier le problème. En revanche, quand le corps a un problème, la conscience le sait immédiatement (la plupart du temps) : une coupure, une maladie, un os cassé va aussitôt conduire l’âme à ressentir la douleur.

 

Cela a pour conséquence le fait que, si n’importe qui peut venir remplacer le pilote et voir les défauts du navire, je suis le seul à pouvoir dire ce que je ressens vraiment. La douleur intérieure de mon corps ne peut pas être observée : on peut comprendre la douleur d’autrui par analogie, mais elle sera toujours unique. Or, ce caractère unique du vécu de l’union de l’âme et du corps fera l’objet de la première histoire racontée dans Black Museum. Cependant, les trois histoires répondent à cette question sous différents angles : la première pose la question du partage de la conscience d’autrui, quand celui-ci est incapable de décrire par les mots (communs) ce qu’il ressent personnellement et de façon unique (la douleur) ; la deuxième se demande ce que serait l’expérience d’une conscience qui serait, en quelque sorte, l’inverse d’un pilote dans son navire (le pilote dirige mais ne ressent rien ; le personnage de la deuxième histoire ressentira tout ce qui vient du corps mais n’en a pas le contrôle) ; enfin, la troisième revient sur cette question dans la douleur, en se demandant si une âme privée du corps pourrait ressentir une douleur physique.

 

L’épisode commence sur une autoroute déserte. Une jeune femme s’arrête sur une aire qui semble fermée, sur laquelle se trouve un « Black Museum. » Elle dit au propriétaire qu’elle était en route pour faire une surprise à son père, car c’est le jour de son anniversaire. Elle prend tout de même le temps de s’arrêter au musée, dont chaque objet est le témoin d’une histoire triste ou horrible. L’attraction principale se trouve derrière le rideau, tout au fond. Mais avant d’y arriver, ils s’arrêtent sur les autres objets.

 

Le premier est ce que le propriétaire appelle un « cerveau artificiel. » L’histoire se passe dans un hôpital où les plus pauvres, essentiellement des étrangers, se font soigner gratuitement en échange de tests expérimentaux. Comme beaucoup parlent une langue différente, le médecin qui y travaille a parfois beaucoup de mal à comprendre ce qui les fait souffrir et ainsi leur proposer un traitement ou une opération adapté. Grâce à cette fabrication, le cerveau artificiel, il devient possible de transférer sa conscience dans le corps du patient : le médecin le met et aussitôt, il se retrouve conscient de ce que l’autre corps vit. Il peut faire lui-même l’expérience de cette douleur, reconnaître le trouble et le traiter. Bien sûr, quand le médecin se rend compte qu’il peut, en quelque sorte, dédoubler sa conscience pour être à la fois dans son corps et dans celui d’un autre, il s’en sert aussitôt pendant un rapport sexuel avec sa femme. Ainsi commence les dérives de cette invention technique (mais pour ce qui est de notre rapport à la technique, je vous renvoie à notre article précédant sur Arkange).

 

Les vrais problèmes commencent quand un sénateur arrive, inconscient. Le médecin met son cerveau artificiel, et se trouve face à une douleur inconnue, très violente, mais qu’il n’arrive pas à identifier. Il attend, essaie de comprendre, attend trop longtemps et le sénateur meurt tandis que le médecin partage toujours sa conscience. L’improbable se produit alors : le médecin fait l’expérience subjective de la mort. Il voit ce qu’il y a après la mort, reste inconscient pendant cinq minutes puis se réveille (même s’il partage la conscience du corps d’autrui, il a toujours la sienne : son corps n’étant pas mort, sa propre conscience est toujours là). Mais cette expérience l’a changé : désormais, le médecin prend du plaisir à ressentir la douleur. Il prend son temps pour diagnostiquer les malades, ce qui les met parfois en danger. Il veut se connecter aux corps blessés et amputés alors qu’ils n’ont pas besoin de lui pour le diagnostic, quitte à laisser les patients souffrir plus longtemps. Il est donc renvoyé. Mais bien sûr, son addiction à la douleur (mais aussi à la peur de la mort, qui était également présente dans la conscience des patients de l’hôpital) le conduit à torturer des gens dans la rue, jusqu’à son arrestation. Il finira dans le coma, où il est toujours, le visage marqué d’une expression d’extase.

 

Ainsi se termine la première histoire. Le propriétaire du musée conduit donc à l’objet suivant, un petit singe en peluche, qui serait derrière l’histoire la plus triste du musée. Une famille se fait faucher par une camionnette et la mère se retrouve dans le coma pendant plusieurs années. Son mari peut continuer à communiquer avec elle grâce à une pastille télépathique. Une nouvelle invention technique va venir sauver ce couple : comme le corps de la femme ne se réveillera jamais, on propose au couple de mettre la conscience de la femme dans le cerveau du mari : elle pourra voir, entendre et ressentir tout ce qu’il voit, touche ou ressent. Il y aura deux consciences dans un même corps, même si seul l’homme aura le contrôle de ses actions. Mais grâce à ce procédé, elle pourra de nouveau sentir son fils dans ses bras.

 

Ils ne mettent pas longtemps pour se rendre compte de l’inconfort de cette situation : l’homme a la voix de sa femme dans sa tête en permanence, mais en plus, il ne peut plus manger les aliments qu’elle n’aime pas, faire ses besoins naturels en solitaire, encore moins commencer à se rapprocher d’une autre femme. Le créateur de ce transfert de conscience lui propose donc une solution : lui donner la possibilité de mettre la conscience de sa femme sur « pause » pour ne plus l’entendre. Quand la femme est mise en pause, sa conscience disparaît purement et simplement (il ne s’agit pas de lui couper toute sensation extérieur et la laisser seule dans le noir, ce qui serait une véritable torture) : elle passe brusquement d’un champ de vision à un autre, remarque que la maison est décorée pour Halloween, et comprend qu’elle a été mise sur pause pendant plusieurs semaines.

 

Comme l’homme a une nouvelle vie avec sa voisine, mais qu’il ne peut se résoudre à la tuer en supprimant complètement sa conscience, il transfère cette conscience dans le fameux singe en peluche du musée. Le singe restera avec leur fils et la mère continuera à pouvoir le sentir et entendre sa voix. Si le singe est toujours dans le musée, c’est parce qu’il leur serait illégal de supprimer la conscience de cette femme, ce qui reviendrait à la tuer. Mais le singe en peluche doué de conscience lui-même est illégal également : cette invention n’a pas été suivie.

 

Enfin, nous arrivons au « clou du spectacle » : la version téléchargée de la conscience d’un assassin condamné à la peine capitale, que l’on peut voir dans un hologramme. Alors qu’il attendait son exécution, cet homme a accepté la proposition du gérant du musée contre de l’argent envoyé à sa femme et à sa fille : quand il passe sur la chaise électrique, sa conscience est téléchargée et ramenée dans le musée sous forme d’hologramme. Le clou du spectacle est le suivant : les visiteurs peuvent s’amuser à activer la chaise électrique pour recréer la condamnation de l’assassin. Même si ce n’est qu’un hologramme, la conscience du condamné est bel et bien ici et il ressent véritablement la douleur de l’exécution, alors qu’il n’a pas de corps. Plus encore, chaque visiteur peut repartir avec un porte-clé souvenir qui repasse en boucle la reproduction de l’exécution : mais ce n’est pas une simple vidéo, un double de la conscience de l’assassin est bel et bien dans le porte-clé et souffre véritablement. C’est un nouveau vertige métaphysique qui nous attend à la fin de l’épisode, le même que celui de l’épisode de Noël de la saison 3 que nous avons évoqué dans cet article.

 

A la fin, nous apprenons que la jeune femme qui visite le musée n’est autre que la fille de l’homme de l’hologramme, condamné à tort à la peine capitale, venue pour le venger. Mais ce détail n’est pas ce qui nous intéresse ici. Posons-nous plutôt à nouveau la question de l’âme et du corps : comment une âme séparée du corps pourrait-elle ressentir une douleur physique ? N’est-ce pas l’atteinte au corps qui provoque une telle douleur ? On peut rapprocher la conclusion de cet épisode avec l’expérience du membre fantôme : certains patients amputés d’un membre continuent à sentir ce membre, à ressentir de la douleur ou l’envie de se gratter, alors que le bras ou la jambe n’est plus là. Un neurologue indien, Ramachandran, raconte dans son livre Le fantôme intérieur comment un de ses patients avait hurlé de douleur quand le médecin lui avait repris sa tasse de thé, car il sentait nettement ses doigts fantômes accrochés à l’anse et qu’on la lui avait arrachée des mains. Ce genre de troubles médicaux montrent que la sensation de douleur est bien dans la conscience et que l’on pourrait donc très bien imaginer une âme séparée du corps qui continuerait à ressentir de la douleur physique.

 

Et voilà, notre série d’articles sur Black Mirror est terminée. Si ce format vous a plu et que vous voulez continuer à philosopher en série, allez voir la série d’articles sur Buffy contre les vampires. Une autre série d’articles est prête, elle n’attend que la sortie de la saison 2 sur Netflix… il s’agira d’Alice in Borderland.

mardi 7 décembre 2021

Black Mirror, S4E2 : Sommes-nous maîtres de la technique ?

 

On approche de la fin, avec l’avant-dernière saison de Black Mirror, et l’avant-dernier article d’analyse à partir d’un sujet de dissertation. J’ai envie de dire que je « reviens » à cet épisode 2 de la saison 4, « Arkange », parce que c’est cet épisode qui m’a lancée dans la série. Ce n’est pas le premier que j’ai vu, j’ai bien regardé tous les épisodes dans l’ordre, mais c’est le premier dont j’ai entendu parler. En fait, j’ai vu cet épisode cité plusieurs fois dans des manuels de philosophie de terminale, quand les nouveaux programmes sont sortis et que j’en ai reçu une vingtaine chez moi ! (Eh oui, les profs reçoivent des manuels gratuitement chez eux, la chance hein !)

 

C’est un épisode qui interroge le transhumanisme, la technologie, l’éducation et la liberté. Dans les manuels où il était cité, c’était tantôt pour la technique, tantôt pour la liberté. J’ai choisi l’angle technique, parce que je ne l’ai quasiment pas traité dans cette série d’articles, alors que c’est quand même le thème principal de toute la série. J’ai joué la facilité, je l’avoue, puisque « Sommes-nous maîtres de la technique ? » est le titre de mon cours sur le Livre de la jungle, donc je le traite tous les ans.

 

Commençons, comme d’habitude, par une rapide analyse du sujet pour bien en comprendre les enjeux. Un « maître » peut désigner deux choses : on parle d’un maître d’école, ou d’un maître et son esclave. Les deux « maîtres » n’ont pas le même rôle : le maître de l’esclave est celui qui le contrôle, qui lui donne des ordres, qui le possède. Le maître d’école n’a pas le même rapport avec ses élèves : il est celui qui les instruit, celui qui possède le savoir et le transmet. Nous pouvons donc comprendre la question en deux sens, qui ont deux implications différentes :

- Sommes-nous ceux qui possèdent le savoir technique et sont capables de le transmettre ? Autrement dit, la connaissance technique est-elle propre à l’être humain, et partagée par tous ?

- Sommes-nous ceux qui contrôlent pleinement la technique ? Autrement dit, avons-nous le contrôle total des objets techniques que nous fabriquons ou ne peut-on pas se retrouver dépassé par nos inventions techniques ?

Pour ce qui est de la première question, que nous n’allons pas traiter dans cet article, une bonne dissertation développerait la façon dont la technique permet à l’homme de survivre dans une nature où il n’est pas adapté. Pour la deuxième question, l’épisode Arkange va montrer une mère incapable de résister à sa tablette tactile, comme si c’était la tablette qui la contrôlait plus que l’inverse.

 

Marie, une mère célibataire, est immédiatement présentée comme très angoissée pour sa fille Sarah : elle craint que le bébé n’aille pas bien à la naissance, puis s’inquiète tellement quand elle disparaît après avoir voulu suivre un chat qu’elle lui implante un nouveau logiciel, Arkange, qui permet non seulement de la géolocaliser mais aussi de voir ce que Sarah voit de son point de vue, de contrôler son état de santé, l’oxygène dans son sang, le stress, etc. Et surtout, une fonction permet de flouter les images violentes pour la préserver. Le père de Marie ne se gêne pas pour se moquer d’elle, en repensant au bon vieux temps où « on se contentait d’ouvrir la porte et laisser les enfants s’amuser. » Certes, Marie s’est cassé un bras un jour : mais elle va bien, aujourd’hui, donc où était le mal ?

 

Au début, les utilisations d’Arkange semblent innocentes, peut-être même bénéfiques : Marie s’amuse à surveiller ce que fait sa fille à distance, active le contrôle parental quand un chien l’effraie, et sauve même la vie de son père lors d’une crise cardiaque, quand le contrôle parental l’informe qu’une scène trop violente pour Sarah se produit sous ses yeux.

 

Puis arrivent les premiers problèmes, notamment dans le cadre du développement personnel de l’enfant : à cause du contrôle parental, Sarah ne connaît pas la peur, ni le dégoût, ni même la tristesse. Lors de l’enterrement de son grand-père quelques années plus tard, elle ne peut pas voir sa mère pleurer. A l’école, ses amis se moquent d’elle parce qu’à chaque fois qu’il veulent lui montrer ou lui parler de violence, tout est flouté. Jusqu’au point cuminant, qui va décider Marie à ranger sa tablette pendant plusieurs années : incapable de se rendre compte de ce qu’elle fait vraiment à cause du contrôle parental, Sarah se taillade la main avec un crayon. Marie l’emmène voir un psychologue, qui regrette que Sarah soit très en retard sur le plan émotionnel : elle n’est pas capable de reconnaître les émotions et essaie d’expérimenter des choses. Arkange n’est d’ailleurs jamais sorti et a été interdit en Europe : l’implant que possède Sarah est un prototype. S’il est impossible d’enlever ce dernier, Marie peut toujours désactiver le contrôle parental et ranger la tablette. Sarah ne sera plus sous l’emprise d’Arkange et pourra reprendre la maîtrise de sa vie ; en revanche, Marie va désormais faire l’expérience de cette perte de contrôle, c’est alors son tour d’être soumise à l’objet technique.

 

Loin que la technique nous libère, on voit ici que c’est une fois débarrassée de la technique que Sarah va faire l’expérience de la liberté. En revanche, Marie n’a pas réussi à s’en défaire même si, pendant des années, elles réussira à ne pas toucher à la tablette. Une fois Sarah adolescente, elle va commencer à se comporter comme n’importe quelle adolescente : en mentant à sa mère parfois, en sortant avec un garçon, en testant alcool et drogue. C’est à ce moment que Marie sera incapable de résister à la technique plus longtemps : elle ressort la tablette, voit que sa fille est en plein rapport sexuel, puis qu’elle prend de la drogue, puis qu’elle est tombée enceinte. Comme le lui aurait dit son père de son vivant, ce sont des choses qui arrivent, des choses que font les jeunes, et heureusement la plupart s’en sortent malgré tout. Elle-même prisonnière de l’emprise de la technique, Marie va alors tenter de contrôler entièrement la vie de sa fille : elle menace le garçon avec qui elle sort de porter plainte contre lui s’il la revoit, fait prendre à sa fille une pilule abortive à son insu. C’est d’ailleurs ce dernier évènement qui va permettre à Sarah de découvrir la vérité : si sa mère a su avant elle qu’elle était enceinte, c’est qu’Arkange le lui a dit.

 

En rentrant chez elle, elle découvre effectivement que la tablette est allumée et comprend tout ce qui s’est passé ces derniers jours, comme le fait que son petit ami ne lui parle plus. Une dispute éclate, Sarah frappe Marie avec la tablette et le contrôle parental s’active par erreur, ce qui empêche Sarah de voir et d’entendre qu’elle manque de peu de tuer sa mère. Finalement, la tablette se brise et Sarah peut fuir, libérée de la technique. Marie, elle, est désespérée et n’a plus aucun moyen de savoir où se trouve Sarah : sa libération de la technique, de son point de vue, ressemble plutôt à l’arrêt d’une drogue. Elle était si peu maîtresse de sa tablette qu’une fois qu’elle ne l’a plu, elle est complètement perdue, ne sait plus quoi faire, ne sait plus comment agir. Peut-on encore considérer qu’elle avait la maîtrise de la technique ? Il semble plutôt évident que la technique était le dominant, auquel tous les personnages étaient soumis. Sarah pace que sa mère utilisait la technique pour la soumettre et Marie parce qu’elle ne pouvait plus s’en passer. La technique les a donc privées de liberté en deux sens : une liberté d’agir d’un côté, puisque Sarah était privée de certaines actions à cause de l’effet d’Arkange sur elle ; une liberté métaphysique de l’autre côté, puisque si Marie était pleinement libre de ses actions au sens où rien ne l’empêchait de choisir d’user Arkange ou de ne pas le faire, elle était trop influencée pour vraiment faire le choix du renoncement.

 

La technique n’est donc pas si innocente. Elle n’est pas un simple moyen à notre disposition, que l’on peut user ou laisser selon nos envies : elle impose elle-même sa propre fin. Une fois la technique en notre possession, nous n’arrivons plus à revenir en arrière, à la laisser tomber pour agir sans les bénéfices qu’elle nous apporte.

mardi 23 novembre 2021

Black Mirror, S3E4 : Peut-on préférer le bonheur à la vérité ?

 Bienvenue dans ce nouvel article consacré à la série Black Mirror ! Aujourd’hui je vais parler d’un épisode que j’ai beaucoup aimé, car je l’ai trouvé très beau et très touchant. Et pour le mettre en lien avec une question de philosophie, j’ai choisi un sujet assez classique et en même temps complexe et intéressant quant à l’analyse qu’il faut en faire. Si je vous dis « analyse du sujet », cela vous renvoie peut-être à d’horribles souvenirs de lycée, quand on vous demandait « d’analyser le sujet » et que vous n’aviez pas la moindre idée de ce que cela voulait dire. C’est l’occasion de revenir un peu là-dessus.

 

Le sujet « Peut-on préférer le bonheur à la vérité ? » peut être compris de plusieurs façons. Les sujets commençant par « peut-on » ont cette particularité : nous pouvons l’interpréter comme une possibilité logique ou comme une permission morale. Si je vous demande « Pensez-vous que je peux porter un poids de 50 kg ? », cela signifie : pensez-vous que j’en suis capable ? Mais si je demande « Pensez-vous que je peux sortir de la pièce ? » je demande en fait : pensez-vous que j’en ai le droit ? Si on applique cette distinction à notre sujet de dissertation, nous nous retrouvons avec deux questions en une : « Sommes-nous capables de préférer le bonheur à la vérité ? » (ce qui sous-entend : face à la vérité, sommes-nous capables de l’ignorer pour rester dans une illusion qui nous rend heureux ?) et : « Est-il moralement permis de préférer le bonheur à la vérité ? » (par exemple, est-on moralement autorisé à mentir à quelqu’un « pour son bien », pour ne pas le faire souffrir ?) C’est ainsi que s’analyse un sujet de philosophie, et que se construit une dissertation : on voit que grâce à cette distinction entre les deux sens de « peut-on », nous avons déjà deux questions distinctes sur lesquelles nous pouvons développer une réponse. Par ailleurs, nous avons aussi mis en avant les présupposés du sujet : « préférer le bonheur à la vérité » sous-entend un choix entre un bonheur dans le mensonge et la vérité dans la souffrance. Tel est le choix auquel sont confrontés les personnages de l’épisode 4 de la saison 3, nommé « San Junipero. »

 

Au début de l’épisode, nous faisons la connaissance de Kelly et Yorkie dans une soirée, deux jeunes femmes qui n’ont, semble-t-il, plus que quelques mois à vivre. Dès la première scène, le garçon qui accompagne Kelly lui dit d’en profiter car il ne leur reste plus beaucoup de temps. Kelly, pour se débarrasser du garçon, prétend qu’une des filles de la soirée, Yorkie, n’a plus que cinq mois à vivre et qu’elles ont plein de choses à sa raconter. C’est un mensonge, mais qu’une jeune femme d’une vingtaine d’années seulement soit prétendument mourante ne semble surprendre personne.

 

Cette première surprise est vite suivie d’une foule de petits détails du même genre qui nous invitent à nous interroger sur ce qui se passe vraiment dans cette soirée : Yorkie dit qu’elle ne porte ses lunettes que pour le fun, elle est gênée de danser avec Kelly mais celle-ci lui répond que les gens sont moins coincés quand ils viennent « ici », Yorkie dit que c’est sa première fois « ici » mais Kelly est déjà venue. Encore une fois, il est question du peu de temps qui leur reste avant minuit. Et quand minuit arrive, le spectateur ne sait pas ce qui se passe : on se retrouve immédiatement au début de la soirée du lendemain. « Ici », une boite de nuit, ne semble pas être une simple boite de nuit. Le doute se renforce quand un garçon se plaint que toutes les filles d’ici ont l’air de cadavres ambulants, et que quand Yorkie perd de vue Kelly, on lui conseille d’essayer « d’autres époques. »

 

Et en effet, « ici », San Junipero, n’est pas une ville comme les autres : il s’agit d’une ville virtuelle où les personnes âgées peuvent envoyer leur conscience après leur mort. Avant de prendre cette décision, ils peuvent tester la ville de leur vivant. Yorkie n’est pas vraiment mourante ; mais elle est tétraplégique depuis plus de quarante ans. Kelly est bel et bien mourante : les médecins lui avaient donné trois mois à vivre, six mois plus tôt. Contre une réalité difficile pour l’une et pour l’autre, il existe San Junipero, et elles pourraient tout à fait demander l’euthanasie pour être transférées à San Junipero définitivement. Cette ville virtuelle a tout de la « machine à expérience » de Robert Nozick : une expérience de pensée qui vise à tester nos intuitions sur ce que nous préférerions entre une bonheur illusoire et une réalité moins belle.

 

L’expérience est la suivante : imaginez qu’on vous propose d’entrer définitivement dans une « machine à expérience. » Cette machine est telle qu’une fois branché à l’intérieur, vous n’avez plus aucun moyen de savoir que vous êtes dans une machine. Toutes les expériences que vous y faites vous paraîtront parfaitement réelles. La machine, en lien avec votre cerveau, analyse vos pensées pour savoir exactement l’existence qui vous rendrait le plus heureux et vous la construire sur mesure. Mais une fois entré dans la machine, comme ces personnes âgées qui demandent l’euthanasie pour se rendre à San Junipero, vous ne pourrez plus en sortir – de toute façon, vous n’en aurez jamais la pensée, puisque vous ne vous rendrez pas compte que vous êtes dans une machine. Entreriez-vous dans la machine à expériences ? Selon Nozick, et selon les sondages qui ont été fait, les gens ont tendance à préférer une vie authentique, quand bien même elle ne serait pas parfaite, plutôt qu’un bonheur illusoire dans la machine à expérience.

 

Et qu’en est-il dans l’épisode de Black Mirror ? San Junipero n’est pas exactement comme la machine à expérience. Contrairement à la machine de Nozick, les habitants de la ville virtuelle savent qu’ils se trouvent dans une machine et que ce n’est pas la réalité. Ils se souviennent de leur autre vie et c’est ce qui pousse Kelly à ne pas accepter cette proposition : quand sa fille est morte, à trente-neuf ans, elle n’a pas pu profiter de cette opportunité, car San Junipero n’existait pas encore. Son mari, quand il est mort, a refusé de s’y rendre à son tour, pour ne pas être quelque part où sa fille n’est pas. Kelly veut suivre le même chemin. Mais pour Yorkie, les choses sont différentes : tétraplégique depuis ses vingt-et-un ans, elle n’a rien vécu dans le monde réel. Elle aime les femmes mais sa famille conservatrice l’a mise dehors en l’apprenant – c’est à ce moment qu’elle a eu l’accident qui l’a paralysée. Elle ne peut demander une euthanasie parce qu’elle est incapable de s’exprimer et que sa famille s’y oppose évidemment : sa seule solution est de se marier avec son infirmier, pour qu’il puisse donner son consentement. Finalement, c’est Kelly qui la demande en mariage et l’épouse. Va-t-elle finalement préférer vivre une nouvelle vie illusoire, mariée à Yorkie, dans ce « cimetière virtuel », ou finir paisiblement sa vie réelle ? Après plusieurs mois de séparation, Kelly semble comprendre que la vie à San Junipero est tout aussi réelle que celle-ci : qu’est-ce que le réel, au fond, si ce n’est l’ensemble de nos perceptions ? L’épisode se clôt sur l’image d’un robot ajoutant les consciences de Kelly et Yorkie à un immense serveur.

 

Je ne sais pas si c’est également votre cas, mais pour ma part, cette fin me donne toujours un frisson : et si cette immense machine s’arrêtait ? S’il y avait une panne de courant ? San Junipero disparaîtrait, ainsi que tous ses habitants. Ils seraient alors morts. A moins qu’il ne le soient déjà ? Plusieurs fois dans l’épisode, il a été question de San Junipero comme d’un cimetière, de ses habitants comme des cadavres. Mais la mort est-elle la disparition du corps, ou la disparition de toute sensation consciente ? De nombreux questionnements nous viennent devant le spectacle de ces mourants qui choisissent de continuer ou de refaire leur vie dans une immense machine. Un épisode à voir, pour toutes ces raisons, et parce que l’histoire d’une jeune femme qui n’a rien pu faire à cause des préjugés de sa famille et qui trouve cette chance après sa mort est une belle histoire. 

dimanche 7 novembre 2021

Black Mirror, S3E2 : Le temps est-il en nous ou hors de nous ?

 

Nous voilà de retour pour continuer à réfléchir à des sujets de dissertation de philosophie à partir des épisodes de la série Black Mirror. Pour le thème d’aujourd’hui, nous allons nous appuyer sur deux épisodes de la saison 3. L’épisode qui nous intéressera en particulier est le deuxième de cette saison, intitulé « Playtest. » On évoquera également le long épisode de Noël, qui aborde, en un sens, la même question, celle du temps et de la conscience.

 

Le sujet que j’ai choisi pour ce nouvel article est le suivant : Le temps est-il en nous ou hors de nous ? La question se pose car le concept de « temps » peut désigner énormément de choses. Le temps, tout d’abord, est une dynamique de changement, de progrès ou de dégradation. Cette façon de comprendre le temps se fait dans le domaine de la géologie ou de la biologie : c’est en ce sens qu’on parle du passage du temps et il semble évidemment être hors de nous (nous y sommes d’ailleurs soumis également). Toutefois, quelle réalité aurait ce changement sans un observateur conscient capable de faire le lien entre le passé et le présent ? Même si le temps semble exister dans le monde extérieur, à l’instant présent, il n’y a que le présent : c’est notre conscience qui nous permet de faire exister le temps en tant que tel.

 

Un premier problème se pose donc quand on considère cet aspect du temps, mais il y en a un autre, qui sera illustré par ces deux épisodes de Black Mirror : c’est le vécu de ce qu’on appelle le temps. Dans la société, le temps est divisé en années, en mois, en jours, en heures, en minutes et en secondes. Ce découpage est utile dans la vie pratique, puisqu’il permet de se coordonner et de se donner des rendez-vous. Mais ce découpage artificiel (qui correspond à certaines réalités matérielles, comme le mouvement de la Terre dans l’espace) est-il le temps véritable ? Ou le temps désigne-t-il autre chose ? Selon l’activité qu’on est en train de faire, cette heure peut durer très longtemps ou passer très vite : le temps désigne-t-il donc plutôt l’heure objective (qui est hors de nous puisqu’elle est partagée par tous) ou le vécu subjectif de cette durée (qui est en nous) ?

 

L’épisode 2 de la saison 3, « Playtest », nous plonge dans ce vertige concernant le vécu du temps. C’est l’histoire de Cooper, un voyageur qui a presque fini son tour du monde et espère, après avoir vécu toutes ces expériences réelles, se lancer dans les expériences virtuelles. C’est ce qu’il raconte à Sonja, journaliste spécialisée dans les nouvelles technologies, rencontrée par l’intermédiaire d’une application. Pendant ce temps, sa mère, à qui il ne parle plus beaucoup, essaie plusieurs fois de l’appeler, mais il ne décroche pas.

 

A cause d’un piratage de son compte en banque, Cooper se retrouve dans l’incapacité de prendre l’avion pour rentrer. Il recontacte Sonja, qui le dépanne et lui montre une petite annonce, par laquelle une boite spécialisée dans le jeu vidéo d’épouvante recherche un amateur de sensations fortes. Sonja insiste pour qu’il accepte ce travail et prenne en photo tout ce qu’il y voie, car leurs innovations top secrètes vaudront très cher. Une fois sur place, il rencontre Katie, responsable des tests. Elle lui explique que tout est strictement confidentiel et qu’il doit donner ton téléphone et tout ce qui permet de communiquer. Alors qu’elle quitte momentanément la pièce, Cooper rallume son portable que Katie avait préalablement éteint pour prendre une photo et l’envoyer à Sonja. Quand Katie revient, le test de réalité augmentée commence : elle lui injecte une puce derrière la tête. Après une petite séquence avec une taupe virtuelle qui apparaît devant lui, elle le conduit au créateur du jeu, qui lui explique en quoi celui-ci va consister : un jeu vidéo d’horreur personnalisé. La puce qu’on lui a implantée analyse l’activité cérébrale du joueur pour en déduire la meilleure façon de lui faire peur. Un mot d’alerte est choisi pour qu’il puisse arrêter la partie si cela devient trop difficile.

 

La grande partie de l’épisode va alors se concentrer sur les moyens de reconnaître la réalité et le monde virtuel. Une fois plongé dans l’univers du jeu, toujours en contact avec Katie, Cooper va voir et sentir des choses extrêmement réalistes, qui sont pourtant produites par le jeu. Il va même en arriver à douter que ce soit bien une simulation informatique, et croire que tout est réel. Je n’ai pas choisi cet angle pour mon article, parce que je pense que vous trouverez d’autres analyses qui s’intéresse à cet aspect et que j’ai préféré parler du temps. En effet, la fin de l’épisode va être extrêmement perturbante. Alors qu’on vient de voir Cooper se débattre avec ses peurs pendant une longue demi-heure, on découvre qu’à peine le test commencé, son téléphone portable (qu’il avait rallumé contre l’indication de Katie) a sonné, comme sa mère essayait encore de l’appeler. Cela a provoqué une interférence avec la puce qu’on lui avait injectée pour le jeu, et il est mort. L’expérience totale a duré moins d’une seconde. Une seconde qui, pour Cooper, a duré plus d’une demi-heure.

 

En général, quand on joue à un jeu vidéo, c’est plutôt l’effet inverse qui se produit : on croit n’avoir joué que quelques minutes, alors que ça fait déjà une heure. Ce vécu du temps est ce que nous avons appelé plus haut la « durée » : ce terme est en réalité celui de Bergson dans les Essais sur les données immédiates de la conscience, où il remarque que le temps des horloges, le temps social et objectif, ne représente pas un passage du temps véritable mais plutôt une simultanéité des mouvements. Dire : je te donne rendez-vous à telle heure signifie : quand l’aiguille de nos deux montres, qui sont simultanées, sera à tel endroit du cadran, il faudra que nous soyons également à tel endroit. Il s’agit de lieu de d’espace, non de temps, car le temps est un vécu : le temps véritable est plutôt celui que Bergson appelle la durée, et qui peut varier d’un individu à l’autre.

 

Mais le fonctionnement de cette expérience virtuelle semble fonctionner plutôt comme un rêve : on sait que la durée d’un rêve est toujours beaucoup plus longue que le temps objectif pendant lequel nous avons rêvé. Cette pensée est assez vertigineuse – du moins, à moi, elle me donne le vertige – car nous avons le sentiment très clair d’avoir fait un certain nombre d’actions, ce qui a forcément pris un certain temps, alors qu’il ne s’est passé que quelques secondes.

 

Nous retrouvons ce traitement de la durée dans l’épisode de Noël, « Blanc comme neige », où l’idée que deux consciences vivront différemment un temps objectif identique est poussée à son paroxysme. Dans cet épisode, il est possible de séparer une partie de sa conscience pour la mettre dans une machine : comme cette machine sera un autre nous, elle sera parfaitement adaptée à satisfaire nos besoins : elle sait ce que nous voulons pour le petit déjeuner et peut le préparer à l’avance, de même pour les vêtements, le programme télévisé, etc. Un autre vertige métaphysique concerne justement ce traitement qui est fait de la conscience : c’est moi qui suis soit dans mon corps, soit dans la machine. Mais il est aussi question de temporalité : face à la révolte quasi inévitable de la moitié de conscience qui se retrouve dans la machine, le programmateur est en capacité de la déconnecter et de la laisser seule aussi longtemps qu’il veut. Pour être plus précise : le programmateur peut décider de faire en sorte que la conscience reste seule pendant ce qui lui paraîtra être dix ans, alors que cela n’aura duré que quelques minutes de son point de vue à lui.

 

C’est assez difficile à décrire, alors je vous invite plutôt à regarder ces deux épisodes, et surtout l’épisode de Noël. Il est assez long (une heure et demie me semble-t-il) et plusieurs histoires se superposent, de telle sorte qu’on y traite non seulement du temps et de la conscience, mais aussi de la justice, des interactions sociales, etc. Bref, un épisode intéressant qui vous occupera bien jusqu’à notre prochain article !

samedi 23 octobre 2021

Black Mirror, S2E2 : Suis-je responsable de ce dont je n’ai pas conscience ?

 

Continuons notre parcours philosophique au sein de la série Black Mirror avec, aujourd’hui, l’étude d’un épisode de cette saison que j’ai personnellement beaucoup aimé, le numéro 2 : « La chasse. » Pour ceux qui connaissent l’épisode, vous vous attendez sans doute à ce que nous parlions de justice, puisque cet épisode décrit entièrement un châtiment. Ce sera vrai, en partie, puisque notre sujet exact sera le suivant : « Suis-je responsable de ce dont je n’ai pas conscience ? »

 

L’épisode dont nous allons parler est assez mystérieux au départ et toutes les révélations n’arrivent qu’à la fin : on comprend alors que l’heure qui vient de passer est une immense mise en scène à visée cathartique. Pour rappel, la catharsis est un concept grec qui désigne le fait de purger son âme de toutes ses passions négatives. Aristote disait que c’est cet effet qui rend la tragédie si populaire : en regardant, sur scène, les histoires fictives de personnages immoraux et châtiés, en éprouvant le temps d’une pièce la crainte et la pitié pour ces héros, nous prenons de la distance avec nos propres vices et ressortons de là purifiés. La spectacle joué dans cette « chasse » est encore plus tragique, puisque le héros de la pièce, ou plutôt l’héroïne, ne sait pas qu’elle joue un rôle : comme le personnage tragique (qui, dans le cas d’une pièce de théâtre, se distingue de l’acteur), elle ne comprend pas ce qui lui arrive, pourquoi le destin semble s’acharner sur elle, et n’obtient ces révélations qu’à la fin (alors que les spectateurs et les autres acteurs, eux, savent très bien ce qu’il en est).

 

Je pense qu’il serait très intéressant de faire un parallèle beaucoup plus approfondi sur la représentation du théâtre tragique dans cet épisode, mais cela sort de mes compétences. Disons que cette introduction sert de petite annonce : si un spécialiste de la littérature ou de l’Antiquité passe par là et qu’il veut compléter ma première analyse, je lirai son article avec grand plaisir !

 

Maintenant, passons à des réflexions philosophiques et, surtout, revenons plus précisément à ce qui se passe dans l’épisode en question. Une femme se réveille dans une maison, totalement amnésique. Elle ne connaît même plus son nom mais, pour mieux raconter l’épisode, nous allons le rappeler immédiatement : elle s’appelle Victoria Skillane. Elle est attachée à une chaise mais parvient à se libérer et explore la maison. A l’extérieur, elle voit des individus qui la regardent et la filment avec leur téléphone, accompagnés par des enfants. Peu après, un homme masqué arrive, sort une arme et se met à lui tirer dessus. Commence alors la chasse, qui fait le titre de cet épisode.

 

Quelques flashs du passé lui apparaissent, mais elle reste amnésique tandis qu’elle s’allie avec deux passants qui n’ont pas l’air de vouloir la filmer, ni la tuer. L’un d’eux meurt, l’autre fuit avec elle. Son alliée explique qu’un signal envoyé sur les écrans a rendu les gens fous et que ce serait pour cette raison qu’ils sont tous en train de filmer. Les deux seules catégories de personnes n’étant pas affectées sont les chasseurs, ceux qui essaient de les tuer, et elles-mêmes, qui essaient de fuir. Alors qu’elles tentent d’échapper à un chasseur, un homme en camionnette passe par-là et les conduit jusqu’à un bois où, selon lui, elles seront en sécurité. En réalité, cet homme fait partie des chasseurs et les a amenées dans un piège : des cadavres sont pendus aux arbres et les spectateurs, avec leurs téléphones portables, sont de retour pour les filmer.

 

Après une énième fuite, Victoria se retrouve dans un lieu sombre où elle arrive à voler le fusil du chasseur. Elle tente de lui tirer dessus ; mais, à la place du coup de feu, surgissent des confettis : c’est la fin de la partie de chasse, les rideaux s’ouvrent et elle se retrouve devant un public qui applaudit. Aussitôt, on l’attache à une chaise et on lui révèle toute la vérité : Victoria Skillane avait enlevé une petite fille avec la complicité de son fiancé. Ils l’ont torturée puis tuée, tout cela en filmant la scène. Le cadavre de la petite fille a été retrouvé dans la forêt précédemment visitée par Victoria lors de la chasse. Si son complice a, selon l’opinion, « échappé à la justice » en se donnant la mort, Victoria est condamnée à revivre éternellement le calvaire de la fillette : chaque soir, elle supplie qu’on la tue et, chaque matin, elle se réveille amnésique dans une chambre, parce qu’on lui a effacé la mémoire.

 

Pendant le générique de fin, nous voyons de quelle façon cette attraction est préparée grâce à l’accueil du nouveau public. Ils ne doivent pas parler pour donner l’impression qu’il sont hypnotisés et que ce soit conforme avec le scénario élaboré. Il faut également garder ses distances, car Victoria est un individu dangereux : bien sûr, ils seront là pour intervenir avec un taser si besoin, mais cela leur feraient perdre une journée puisqu’il faudrait alors tout recommencer. Les séquences durant lesquelles Victoria est à l’écart du public (quand elle est à l’intérieur de la maison notamment) sont retransmis en direct sur les téléphones des spectateurs, ce qui leur permet de suivre l’intégralité du spectacle.

 

Tout ce spectacle n’est donc qu’un châtiment pour punir un crime. Pour en revenir au lien avec la tragédie, on peut remarquer que ce châtiment est très proche des représentations des enfers grecs. Les châtiments mythologiques sont toujours en rapport avec le crime commis : Tantale, qui a voulu nourrir Zeus avec la chair de son propre fils, est condamné à une faim éternelle, entouré de nourriture qu’il ne peut attraper. Pour avoir filmé une fillette en train de se faire torturer dans les bois, Victoria devrait tous les jours survivre à une course-poursuite la menant dans les bois, sous les caméras des spectateurs. Toutefois, contrairement à Tantale qui sait pourquoi il est condamné et peut ressentir sa peine comme une punition, Victoria n’en a pas la moindre idée. Tous les jours, elle subit des malheurs dont elle ignore la cause : c’est ce qui rend la chasse, à ses yeux, fondamentalement injuste. Lorsqu’elle est dans la forêt, torturée par l’un des chasseurs, elle demande ce qu’elle a fait pour mériter ça et s’écrie « Je suis un être humain ! »

 

Cela nous amène à nous poser des questions sur la responsabilité, la justice, mais aussi l’identité. La Victoria Skillane qui a commis le crime et celle qui subit le châtiment sont-elles encore la même personne ? La Victoria amnésique est-elle vraiment responsable du meurtre, sachant que la responsabilité désigne le fait de pouvoir répondre de ses actes, de pouvoir se reconnaître comme l’auteur de son acte ? Par conséquent, la peine choisie est-elle juste ?

 

Si le châtiment ressemble fortement à un châtiment grec, il ne semble donc pas proportionné au crime. Dans la mythologie, ce genre de châtiment, qui nous condamne à une répétition éternelle des mêmes gestes, étaient le châtiment suprême donné pour le crime suprême : l’hybris, qu’on traduit par démesure, et qui consiste, pour un homme, à se croire supérieur aux dieux. Le cosmos grec est fondé sur l’équilibre, qui fut atteint au prix de nombreux combat de Zeus contre les monstres et les titans. Toute tentative de quitter sa place est donc un danger pour le cosmos entier : un humain qui se prend pour un dieu peut entraîner le retour du chaos. C’est pour cette raison que les peines administrées sont si sévères. Bien que le crime de Victoria soit grave, il ne menace pas non plus l’ordre cosmique.

 

L’autre problème est celui de l’identité du criminel. Pour qu’une peine soit juste, il faut évidemment que la personne punie soit la même personne que celle qui a commis le crime. Dès lors, nous devons nous poser la question : où se trouve notre identité personnelle ? Qu’est-ce qui fait que je suis la même personne qu’hier ? Est-ce mon corps, mon esprit, ma personnalité, mes souvenirs ? La définition même de la responsabilité semble faire pencher cette identité vers la mémoire : je suis la même personne qu’hier parce que je me souviens que c’est bien moi qui ai fait telle ou telle action hier. C’est pourquoi, dans un scénario comme celui de Freaky Friday, la véritable Anna n’est pas le corps d’Anna, mais l’esprit d’Anna qui est dans le corps de Tess. Du point de vue de cette définition de l’identité personnelle, on ne peut pas dire que la Victoria qui est punie est bien celle qui a commis le crime : on punit le corps de Victoria. Reste que c’est ce qu’on fait dans le domaine juridique : on cherche des empreintes, des fragments d’ADN, pour retrouver non pas l’esprit du criminel mais bien le corps qui a commis le crime et c’est ce même corps qui ira en prison. Evidemment, la plupart du temps, le corps et l’esprit sont ensemble.

 

Le problème se pose dans les cas extrêmement rares de troubles de la personnalité multiple. Dans un tel cas, nous parlons bien de « personnalité multiple », nous considérons donc bien qu’il y a plusieurs personnes dans un même corps. Si l’une de ces personnalités commet un crime et que l’autre n’en a non seulement aucune intention, mais aucun souvenir, est-il juste de mettre ces deux personnes en prison ? Peut-on punir le corps du criminel, ce qui supposerait qu’au moins un innocent rejoindrait la prison ? Je vous laisse sur ces réflexions, et on se retrouve la prochaine fois pour un nouveau vertige métaphysique…

 

jeudi 7 octobre 2021

Black Mirror, S2E1 : Peut-on concevoir l'homme comme une machine ?

 

De retour pour notre nouvelle dissertation illustrée par la série Black Mirror, dont la saison 2 s’ouvre avec un épisode extrêmement populaire et marquant (du moins il me semble être populaire et marquant, parce que j’ai eu beaucoup d’élèves qui l’ont déjà cité dans une dissertation sur la technique !)

 

« Bientôt de retour » est l’histoire tragique d’Ash et Martha, un jeune couple qui va se retrouver dramatiquement séparé lors de la mort d’Ash. Heureusement, dans l’univers de cet épisode, il existe une application qui permet de parler avec les morts. Ou plutôt, avec un robot qui, grâce aux informations que nous postons sur les réseaux sociaux, est capable de reproduire une image fidèle de celui qu’on était de notre vivant, pour nous imiter une fois qu’on n’est plus là. Plus encore, il est désormais possible de déplacer ce robot dans un corps artificiel et ainsi ramener complètement celui qu’on a perdu.

 

Pendant tout l’épisode, un parallèle est fait avec le mythe du vampire. Même si ce n’est pas ce qui va nous intéresser aujourd’hui, je voudrais quand même en dire quelques mots parce que je trouve très originale cette idée de reconstruire le mythe du vampire à partir de la technologie. Au tout début de l’épisode, Martha reproche à Ash d’être « vampirisé » par son téléphone. Métaphore intéressante, quand on pense que le vampire est celui qui aspire notre vie (le sang) pour revenir d’entre les morts. Le téléphone d’Ash, l’usage qu’il en fait et sa façon d’y exposer toute sa vie sont bien ce qui va lui permettre de revenir sous une autre forme après sa mort. Vient alors une copie de lui-même, un être qui a l’air vivant mais ne l’est pas vraiment, un véritable mort-vivant technologique. Comme le vampire souvent décrit comme très séduisant, ce nouvel Ash est parfait : Martha remarque qu’il ressemble à Ash dans ses bons jours. Le robot Ash lui explique que c’est normal, puisqu’il a été fait à partir des photos en ligne, et que sur les réseaux on ne met que les photos les plus flatteuses. Il n’a pas besoin de dormir, ni de respirer. Il peut faire semblant : mais ce n’est plus une nécessité biologique.

 

Passée la métaphore vampirique, nous pouvons nous intéresser à la question de « l’homme-machine », un concept initié au XVIIème siècle par philosophie La Mettrie, à la suite de la célèbre théorie de « l’animal-machine » de Descartes. Dans le Discours de la méthode, Descartes compare les productions techniques de l’homme avec celles de la nature, qu’il considère comme les productions de Dieu. L’homme est capable de fabriquer des automates, des machines qui fonctionnent par elles-mêmes. On pourrait très bien donner à ces automates la figure d’un singe ou d’un oiseau. Bien sûr, le singe-robot se distinguerait facilement d’un singe réel, mais l’homme est un être imparfait, sa copie sera donc imparfaite. Dieu, en revanche, est parfait et omnipotent : il a donc très bien pu produire également des automates, comme les hommes, mais des automates parfaits, c’est-à-dire les animaux. Descartes propose ainsi une explication purement matérialiste du vivant : nul besoin de la notion d’âme pour expliquer le comportement des animaux, dont on peut entièrement rendre compte de façon mécanique.

 

Cependant, Descartes n’ose pas aller jusqu’à une explication mécanique de l’être humain. En bon chrétien, il considère que Dieu a donné à l’homme une âme et surtout le libre-arbitre, la capacité de choisir entre le bien et le mal. C’est La Mettrie, à la même époque, qui prolongera la réflexion de Descartes en soutenant que l’homme peut tout aussi bien être expliqué de façon matérielle, et créera ainsi le concept d’« homme-machine ».

 

Face à un automate parfait à figure humaine, pourrait-on se rendre compte qu’il s’agit d’un robot et non d’un humain  véritable ? Pour Descartes, il est clair que non : aussi ressemblant soit-il, il manquera toujours quelque chose à l’automate qui fera que nous ne pourrons être dupes, alors qu’un automate parfait à figure animale fera totalement illusion. Voyons ce qu’en dit notre épisode, « Bientôt de retour » : la copie de Ash pourra-t-elle faire office de remplaçant ?

 

La réponse sera clairement non : malgré les similitudes, Martha ne cessera de se plaindre de ces petits détails qui prouvent que ce n’est pas le vrai Ash qui est devant elle. Bien sûr, il y a les problèmes purement physiques : le fait qu’il n’ait besoin ni de manger, ni de respirer, ni de dormir. Au début, quand elle parle avec lui par chat ou téléphone, elle est impressionnée par la ressemblance et dit même : « C’est tout à fait le genre de truc qu’il aurait dit. » Mais très vite, on se rendra compte que si le robot arrive à imiter une partie de la personnalité d’un être humain, ce ne sera toujours qu’une partie. Les problèmes commencent alors qu’elle n’en est encore qu’au stade du téléphone : alors qu’elle s’approche d’une falaise où ils sont déjà allés ensemble, elle lui rappelle que ce jour-là, il lui avait dit qu’à l’époque victorienne, des couples maudits avaient sauté de cette falaise pour se donner la mort. Le robot-Ash du téléphone la corrige : en fait, tous ceux qui ont sauté de cette falaise ont sauté seuls, il n’était pas question de couple. Comment le sait-il ? Il vient de vérifier l’information sur Wikipédia. Martha est gênée. Pourquoi une simple vérification en ligne la met dans cet état ? Parce que c’est un signe évident que la « personne » avec qui elle parle n’est pas humaine. Un être humain est limité : il ne peut pas tout savoir, il se trompe parfois, comme le vrai Ash s’est trompé au sujet de cette falaise. Seul un robot peut tout savoir ainsi. En revanche, si le robot est capable de tout savoir en ce qui concerne la culture générale, il ne possède pas tous les souvenirs qu’un petit ami est censé avoir. Quand la sœur de Martha vient lui rendre visite, il ignore que c’est sa sœur et la prend pour une amie : une erreur que n’aurait jamais pu faire le vrai Ash.

 

Cependant, le vrai problème du robot vient du fait qu’il est totalement incapable d’improviser à la manière de Ash. A chaque fois que Martha est perturbée, il demande « Ce n’est pas le genre de chose que j’aurais dit ? » : programme inclus dans le robot pour être encore plus ressemblant. Mais le problème vient justement du fait qu’il cherche une logique. Il cherche un moyen de savoir à coup sûr ce qu’aurait fait Ash dans n’importe quelle situation. Malheureusement, cela est impossible : alors que le robot vise une rationalité sans faille, l’être humain est parfois illogique, irrationnel, imprévisible. Et face aux situations nouvelles, il est totalement incapable de réagir : quand Martha, en colère, lui dit de quitter la chambre et qu’il le fait spontanément alors qu’elle aurait attendu du vrai Ash qu’il essaie de discuter avant ; quand elle le frappe, elle est certaine que Ash n’aurait pas réagi comme lui, même si elle est incapable de dire précisément ce qu’il aurait fait ; quand elle l’emmène sur la falaise des couples maudits et qu’il attend de savoir ce qu’elle a dans la tête, elle sait que Ash aurait deviné.

 

La capacité d’improvisation et d’adaptation face à des situations nouvelles semble un propre du vivant. Un robot extrêmement perfectionné peut apprendre à intégrer de nouvelles données par lui-même, mais on a le sentiment qu’il manquera toujours quelque chose. C’est ce qui faisait dire à Descartes que la raison et le langage étaient le propre de l’homme : le langage au sens fort, c’est être capable de produire du contenu nouveau à partir des mots. Mais pour développer ce sujet, je vous renvoie plutôt à un épisode de mon podcast Geekosophie Magazine sur la méchante sorcière de l’ouest du Magicien d’Oz, que vous trouverez sur un de ces liens (et toutes les autres plateformes d’écoute) :

 

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