jeudi 23 février 2017

Comment aider les auteurs indépendants ?

A présent que je me suis familiarisée avec ce domaine et que je travaille depuis des mois à faire connaître non seulement l’autoédition, mais aussi les meilleurs auteurs autoédités, il est temps de rassembler en un article toutes les solutions qui vous permettront d’aider les auteurs indépendants. Je ne vous parlerai pas seulement de la façon dont les lecteurs peuvent les aider : le simple fait d’être lecteur de livres autoédités est déjà une aide considérable, car le principal obstacle que rencontrent ces auteurs est le préjugé du grand public, qui les considère spontanément comme de mauvais auteurs, ce qui n’est pas infondé, mais loin d’être exact, comme j’en ai parlé dans mon article Y a-t-il de bons livres autoédités ?
Ce dont je vais également parler, c’est ce qui selon moi manque dans ces efforts, toujours louables, de leurs lecteurs. Des petites choses qu’ils ne pensent pas à faire, ou qui simplement ne savent pas être d’une grande aide pour ces auteurs. Voilà donc un petit récapitulatif de tous ce que vous pouvez (et devez !) faire pour aider les auteurs indépendants que vous aimez, ou découvrir ceux que vous ne connaissez pas encore.

1.      Découvrir

Avant d’avoir des auteurs préférés, des auteurs que vous voudriez faire connaître, il faut bien évidemment sauter le pas et découvrir ces auteurs. Cela peut être difficile et inquiétant : c’est vrai, il y a un grand nombre d’ouvrage de très mauvaise qualité, et vous n’avez sans doute pas envie de dépenser même 2 euros (le prix moyen d’un e-book autoédité, alors que les versions numériques issues de l’édition traditionnelle tournent autour de 7-8 euros), alors par où commencer ? Pour cela, plusieurs moyens, que tous n’ont pas le réflexe de faire.

Première chose, pensez à télécharger les extraits gratuits proposés sur les sites de vente. La plupart du temps, 10% gratuits sont proposés sur les livres numériques, ce qui vous permet de vous faire une idée de base de la façon dont l’auteur écrit. Si vous avez peur du livre truffé de fautes d’orthographes, réputation habituelle, il ne vous faudra pas plus de 10% du texte pour vous en rendre compte. Alors si vous hésitez, prenez ces premières pages : même si vous n’avez pas le temps de les lire dans l’immédiat, cela vous permettra de garder ce livre en mémoire, et de se pencher dessus un peu plus tard. Evidemment, 10% du livre ne va pas beaucoup vous avancer, et peut très bien ne pas vraiment vous permettre de vous décider. C’est quand même une stratégie à adopter, et après tout vous ne perdez rien, seulement quelques minutes de votre journée, à essayer. Si vous n’êtes toujours pas convaincus, essayez de voir si l’auteur du livre qui vous fait hésiter n’a pas des textes gratuits. Beaucoup d’auteurs, par exemple, publient gratuitement sur Wattpad à côté de leurs romans autoédités. Pourquoi ne pas aller lire certains de leurs textes gratuits ? Vous verrez bien si vous aimez. Et si vous hésitez encore, lisez, lisez de plus en plus, profitez de tout ce qui est gratuit. Moi-même, par exemple, je distribue toutes mes nouvelles gratuitement : cela permet à n’importe qui de regarder sans risque ce que j’écris, et je trouve cela bien normal.

Mais encore ? Que pouvez-vous faire de plus ? Sachez d’abord qu’un grand nombre de blogueurs lisent et chroniquent des livres d’auteurs indépendants : alors si vous ne sauriez être convaincus autrement que par l’avis des autres lecteurs, je vous conseille également de faire un tour sur les blogs. De mon côté, je fais aussi quelques chroniques, uniquement sur les livres que je veux vraiment mettre en avant, c’est pourquoi il y en a très peu : le risque d’un blog spécialisé dans la chronique est le fait que vous risquez de vous perdre dans tous ses articles sans savoir où chercher. Ce problème ne se pose pas si vous savez déjà sur quel livre vous voulez avoir un avis. A ce sujet, je vous rappelle déjà que vous trouverez la liste de mes chroniques sur cette page : Chroniques (les romans autoédités sont signalés). Je vous conseille aussi le blog suivant, qui répertorie un grand nombre de blogs de lecteurs d’auteurs indépendants : Les Lectures de Mélanie. Un dernier conseil, si vous voulez découvrir des auteurs qui ont été sélectionnés, un peu à la manière d’un éditeur traditionnel si vous voulez, pensez à vous intéresser au magazine gratuit l’Indé Panda, dont j’ai déjà parlé à cette adresse : L'Indé Panda. Je vous y renvoie et ne m’étendrai pas de nouveau là-dessus. Petite remarque pour finir ce point : quand vous lisez les avis, apprenez à les lire, surtout les avis négatifs : vous savez qu’un livre ne peut pas plaire à tout le monde, mais vous savez aussi ce que, vous, vous aimez. Si vous aimez les livres un peu flous et compliqués, avec beaucoup d’intrigues qui se recoupent, et que vous aimez le plaisir de comprendre enfin, après des pages et des pages, ce qui était difficile à comprendre, ne tenez pas compte de la critique qui dit « on ne comprend rien, ce n’est pas assez expliqué. » Une telle critique peut bien apparaître comme une qualité pour vous ! Alors apprenez à lire les commentaires négatifs, parce que souvent ils dévoilent quelque chose d’intéressant, alors que les commentaires positifs trop enthousiastes ne disent pas grand-chose.

Enfin, pour vraiment découvrir mais aussi faire découvrir, n’hésitez pas à parler de l’autoédition à vos amis. Le meilleur moyen d’aider les auteurs indépendants serait encore de dissiper ce préjugé très français qui est que ce sont des sous-auteurs. Je dis « très français », parce que ce n’est pas aux Etats-Unis que l’on trouve ce problème : les auteurs indépendants sont largement lus, bien plus qu’ici, et personne ne s’en plaint. Alors, essayez de vous ouvrir, et parlez-en autour de vous. Sachez une chose : parmi tous les auteurs indépendants que j’ai lus, il n’y en a pour l’instant que deux que je retiens. Mais je préfère vous prévenir tout de suite : j’ai des goûts extrêmement limités en matière de littérature contemporaine, et il n’y a pas non plus beaucoup de livres que j’aime issus de l’édition traditionnelle. C’est bien pour changer, et essayer de découvrir autre chose que je me suis tournée vers l’autoédition, et je suis loin d’être déçue, parce qu’on y trouve, justement, de tout. Si vous aimez le style commercial grand public, fluide et facile à lire, ce dont j’ai horreur, vous trouverez votre bonheur aussi dans les auteurs indépendants : alors pourquoi limiter vos choix à l’édition traditionnelle, alors que vous risquez de passer à côté de quelque chose ? Si vous aimez la « grande littérature » comme moi, vous devriez aussi vous intéresser aux auteurs indépendants : parce que la grande littérature, vous le savez, ne se vend pas beaucoup, alors c’est difficile pour l’édition traditionnelle de prendre le risque de trop en publier. Ce sera difficile à trouver, c’est vrai : mais il y a aussi des auteurs indépendants qui aiment cette littérature.

2.      Soutenir les auteurs que vous avez aimés

Maintenant que vous avez découvert l’autoédition, des auteurs indépendants, une fois que vous en avez parlé à vos amis et à tout votre entourage, vous vous êtes constitué une liste d’auteurs que vous adorez, et vous vous demandez comment vous pourrez les aider en les faisant connaître. Très bien ! Voilà donc la deuxième étape de cet article, dans lequel je vais vous donner quelques conseils et vous faire découvrir quelques plateformes sur lesquelles vous pourrez vous engager. Je vais commencer par ce qui va vous paraitre anodin, ce qui est très loin d’être le réflexe premier de tous les lecteurs : laissez un commentaire sur Amazon. Cela vaut surtout si vous achetez sur Amazon, parce que c’est la plus grosse plateforme : mais laissez des commentaires, peu importe l’endroit où vous faites vos achats. Un article avec beaucoup de commentaires clients sera mis en avant par le site, et beaucoup plus regardé par les clients qui vont se précipiter sur les avis avant d’acheter, ne serait-ce que par curiosité.

Si vous avez un blog ou un site, évidemment, je vous suggère de faire une chronique : c’est apprécié des autres blogueurs, et n’y a-t-il pas de meilleurs lecteurs potentiels que les autres blogueurs ? Diffuser le titre d’un livre ou le nom d’un auteur sur internet, c’est le meilleur moyen de le faire connaître : à force d’entendre parler d’un livre, croyez-moi, on finit par vouloir le lire, surtout quand on voit que de plus en plus de personnes ont aimé. Si vous n’avez pas de blog, pas de panique ! Vous pouvez laisser un petit mot sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, il y a de nombreux groupes de partages de chroniques, d’avis, ou de reconnaissance des auteurs indépendants. Sur Twitter, vous devez absolument connaître le #JeudiAutoEdition, dans lequel vous partagez vos lectures autoéditées. Vous pouvez aussi utiliser le #MardiConseil ou le #VendrediLecture pour partager vos lectures préférées. Vous pourriez avoir l’impression que ce petit geste, au milieu de cette profusion de textes, livres et de chroniques ne servira à rien : mais c’est de petits gestes en petits gestes qu’on arrive à faire vraiment quelque chose. Pour les lycéens (et les profs), quelque chose que j'ai fait récemment : vous avez adoré un livre, pourquoi ne pas en parler au documentaliste pour qu'il le propose au CDI ? Le documentaliste ne sait pas toujours, à lui seul, quoi commander, et je vous assure qu'il sera ravi que vous lui proposiez des livres qui vous ont plu, parce que c'est vous qui avez le même âge que vos camarades et êtes le plus susceptibles de lui montrer ce qui sera lu. 

Enfin, je vais vous parler de quelque chose que je fais, parce que je pense que c’est le moyen le plus concret que nous avons de montrer notre soutien aux auteurs, et c’est également ce qui montre vraiment que nous voulons faire quelque chose. La plupart du temps, comme tout le monde, je profite soit des livres distribués gratuitement par les promos, ou des exemplaires gagnés lors d’un concours, ou j’achète au format numérique puisque ce n’est pas cher. Mais j’ai bien conscience qui si je passe mon temps à guetter les exemplaires gratuits, je n’apporterai jamais rien à l’auteur. Alors j’ai décidé de racheter systématiquement les livres que j’ai aimés au format papier : cela permet à l’auteur de vendre quelques livres papier, ce qui n’arrive pas souvent. On peut ainsi plus facilement montrer ou prêter le livre papier à des amis, car beaucoup de monde n’accroche pas encore aux e-book. Je sais bien, évidemment, que tout le monde n’a pas les moyens d’acheter tous les livres de la terre au format papier, et moi la première. Je ne vous dis pas de tout acheter : mais les livres que j’ai trouvés de très grande qualité, ou très prometteurs, je les ai rachetés. Très concrètement, depuis plusieurs mois que je ne lis plus que de l’autoédition, je n’en ai racheté que deux : Habeas Corpus de Victor Boissel, donc j’ai parlé ici : Habeas Corpus ; et La Rumeur de Solenne Hernandez, malgré tout le mal que j’en ai dit dans cet article : La Rumeur. Et histoire d’être cohérente, j’ai également acheté le tome 2 de La Rumeur au format papier (que j'ai lu et n'ai pas regretté, car même si je ne ferai pas de chronique, il était très largement meilleur que le premier). C’est par ce procédé que j’ai vraiment l’impression de faire quelque chose pour les auteurs indépendants que je veux faire découvrir et soutenir véritablement, parce que j’ai l’impression aussi, parfois, que quelques avis donnés çà et là ne sont pas suffisants, parce que le plus important reste de faire découvrir l’autoédition à ceux qui la jugent mal. Parce que je le répète, et je ne le répèterai jamais suffisamment : dans l’autoédition, il y a le pire, c’est vrai, mais il y a aussi, et de loin, le meilleur. 

jeudi 16 février 2017

La Rumeur

Nous voilà en place pour ce Jeudi spécial autoédition, comme tout les jeudi d’ailleurs, et c’est le moment de vous parler d’un livre autoédité dont il faut absolument parler ! Comme vous le savez, je ne chronique pas tout ce que je lis, loin de là, je me contente de parler de ceux qui doivent vraiment et absolument être découverts. Et aujourd’hui, je vais vous parler… ou plutôt vous reparler d’un auteur dont vous avez déjà entendu parler ici : L'Indé Panda


Il s’agit de Solenne Hernandez, auteur, dans l’Indé Panda, de la merveilleuse nouvelle « Je m’appelle Marion » que je vous incite très fortement à aller lire (n’hésitez pas, l’Indé Panda est gratuit !) et dont, comme je l’avais annoncé dans mon dernier article, j’ai acheté le roman, qui s’appelle La Rumeur, et dont le premier tome est La Fuite. Je vais vous le dire tout de suite, je n’ai pas adoré. Pas comme les autres livres que j’ai chroniqués ici. Mais alors pourquoi est-ce que je perds mon temps à en parler, pensez-vous ? Mais parce qu’il faut le lire ! Je n’ai pas adoré, c’est vrai, j’ai même été extrêmement déçue après cette magnifique nouvelle du même auteur, et malgré tout je pense avoir trouvé là, enfin, un auteur incontournable de l’autoédition, qui va redorer son nom. Je n’ai pas adoré, moi, personnellement, parce qu’il y a un certain nombre d’éléments qui me donnent envie d’arracher les pages (heureusement pour le livre, je l’ai lu au format numérique) et que je vais exposer par la suite. Mais dans ce roman qui est un des premiers écrits de l’auteur (il date d’il y a déjà plusieurs années, alors que la nouvelle qui m’a donné envie d’aller voir est récente), je vois aussi des éléments très intéressants, et quand je compare ce vieux texte avec le passage très récent dans l’Indé Panda, je me dis que j’ai enfin trouvé quelqu’un qui va devenir un très grand écrivain.

En général, je n’aime pas parler d’« amélioration », parce qu’un roman n’est pas une copie de philo et un auteur n’est pas un élève, il fait des choix qui lui sont propres et que je n’ai pas à critiquer. Je me permets de le faire exceptionnellement parce que j’ai discuté avec l’auteur avant, et qu’elle a bien reconnu les défauts de ce texte comme, justement, des « défauts » qu’il faut corriger, et qu’elle a visiblement corrigés dans ses écrits suivants. C’est pourquoi je me suis empressée d’acheter le deuxième tome pour le lire !

Quels sont donc ces éléments négatifs qui m’ont poussée à ne pas adorer ? Ce premier point est vraiment très personnel, et je pense qu’il n’a dérangé personne d’autre que moi à la lecture. En effet, le premier reproche que je peux faire, et qui m’est venu à peine au bout d’une dizaine de pages de lecture, c’est que c’est beaucoup trop commercial à mon goût. Ce qui n’est pas un défaut pour la notoriété de l’auteur, puisqu’il y a une espèce de condensé en un seul livre de tout ce qui plait dans les autres livres. Mais c’est bien ça le problème : les autres livres. On voit très clairement apparaitre les influences de l’auteur, qui a l’air de copier les livres qu’elle aime. Mais pas de panique ! Après tout, il faut bien commencer par imiter les « grands » avant de pouvoir s’en détacher, et ce n’est absolument pas un défaut, en tout cas pas pour un écrit qui a plusieurs années. Je peux d’ailleurs vous assurer que Solenne s’est bien détachée de ses modèles, si j’en crois ses derniers écrits, qui sont, cette fois, pleinement originaux, au sens où j’entends l’originalité.

Et donc, qu’est-ce que je trouve trop commercial, trop connu, trop attendu ? Commençons par cette liste hallucinante de mots qui prennent une majuscule : les Silhouettes, les Captifs, les Fuyards, les Chasseurs, les Errants, la Bouche…. J’en oublie ? Peut-être. Bon, ça m’énerve, mais c’est sans doute un problème psychologique qui m’est propre. Le seul que je trouve pertinent, parce qu’il est justifié dans le roman, c’est le mot de « Silhouette » : parce qu’on oublie que les Silhouettes sont des êtres humains à part entière, qu’ils ont une conscience, une âme, une faculté de choisir, et qu’elles sont réduites par ceux qui les appelle ainsi à de simple formes extérieurs, vides de toute individualité. Et c’est là une belle façon d’aborder la dictature : on ne voit plus d’individualité dans une troupe qui marche droit, tous au même rythme. Il n’y a plus Jean, Jacques, Paul, Pierre, Charles… il y a « les militaires » - ou, pour remettre en contexte, les « Silhouettes ». Cela étant, il n’y avait pas besoin de majuscule. Je trouve même que la majuscule donne du prestige, une personnalité là où, justement, il n’y a rien : que des formes. Même chose pour les autres termes, certains me semblent même en trop : je ne suis pas sûre que la dénomination de Fuyards et Captifs apporte vraiment quelque chose.

Concernant l’intrigue, elle aussi reflète le schéma ultra-classique de la dystopie actuelle. En gros, une dictature qui marche bien, puis quelques-uns qui se rebellent, puis tout le monde s’évade et se rebelle. L’ensemble est quand même très attendu et manque fortement de personnalité à mon sens. Certes, le fond est original ; mais c’est facile de trouver une histoire originale : ce qui est dur, c’est de faire quelque chose d’original à partir d’un fond très connu. Comme en peinture, il n’est pas difficile de peindre un paysage fantastique peuplé de créatures imaginaires : mais comme le disait Matisse, « je pense que rien n’est plus difficile à un vrai peintre que de peindre une rose parce que, pour le faire, il faut oublier toutes les roses peintes. » Le véritable artiste n’est pas celui qui a le plus d’imagination, mais celui qui sublime un objet bien connu. Le thème du rêve reste quand même un beau thème, qu’il aurait été intéressant d’exploiter, très intéressant même, et c’est bien pour ça que je fais une chronique : voilà une histoire qui aurait pu devenir une œuvre magnifique, mais qui me semble un peu trop recouvrir le schéma dystopique, sans oser s’en libérer.

En bref, si vous voulez vraiment savoir l’impression que me font ces points négatifs… ils me rappellent mes romans du lycée. Mais ce n’est pas un mauvais signe, loin de là ! Ils me rappellent mes romans du lycée, où j’écrivais le genre de livre que je lisais. Et maintenant, à l’inverse, je lis le genre de livres que j’écris. Et je vais dire quelque chose de complètement inutile : j’aime bien le genre de livres que j’écris. Il y a donc toutes les chances pour que j’aime les livres de Solenne. D’ailleurs, la déception que j’ai eue face au roman n’est pas si négative puisqu’il a été écrit avant la nouvelle que j’ai adorée. Il y a donc une belle progression, mais j’ai surtout vu des signes avant-coureurs dans La Rumeur, qui laissait présager de grands textes par la suite.

Voici donc ce que j’ai aimé dans la Rumeur et qui a eu l’effet de me faire acheter immédiatement le deuxième tome. Je me souviens tout d’abord de belles métaphores : il y a une belle écriture, qui apparaît de temps en temps, et qui sera déployée à son paroxysme dans « Je m’appelle Marion » (même si je suis sûre qu’il est possible de faire encore mieux !) Par ailleurs, l’énorme point fort de ce roman est sa structure. Je ne parle pas de la structure de l’intrigue évidemment, mais de la structure du texte : en réalité, il y a très peu d’avancement dans l’histoire, car le livre est essentiellement constitué de flash-back. L’intrigue n’avance pas : l’histoire est en fait une accumulation d’histoires de différents personnages, et là est la véritable originalité. Les personnages sont présentés les uns après les autres – ce qui permet, en plus, de ne pas se perdre, car à la fin il y a vraiment beaucoup de personnages – et un chapitre flash-back raconte ce qui leur est arrivé jusqu’à ce point, ce qui permet aussi de faire le lien : le livre n’est pas juste une liste d’histoires sans rapport entre elles, on reconnait dans chaque récit quelque chose qui appartenait à l’histoire d’un autre.

Je n’ai peut-être pas dit grand-chose de positif, et pourtant je recommande très fortement cet auteur : parce que tout ce que j’ai dit de négatif concerne en fait le fond, et vous savez que je considère toujours la forme comme primordiale sur une œuvre littéraire. Parce que c’est le propre de la littérature : étudier la façon d’écrire, et non les idées. Alors, laissez le contenu à la philosophie et dans un roman, lisez les mots.

lundi 6 février 2017

Le Challenge 1000 pages: Compte-rendu

Nous voilà lundi, et ce week-end j’ai tenté le challenge 1000 pages, ce challenge répandu chez les blogueurs littéraires et qui m’a donné une folle envie de me remettre à la lecture intensive, comme je faisais quand j’étais au collège et au lycée, et comme… je ne suis plus du tout capable de faire. Non, je ne peux plus faire ça : je ne sais plus passer le week-end à lire sans m’arrêter, parce que ça m’ennuie :-D Malheureusement, après une matinée à lire, un livre que j’adore en plus puisque j’ai commencé par les Propos sur le bonheur d’Alain dont j’ai déjà parlé dans cet article : Les Propos sur le bonheur, je me suis complètement lassée. Ce n’est pas la lecture en elle-même qui m’ennuyait : mais j’avais une terrible envie de sortir, de faire un peu de sport, d’écrire et de travailler un peu. Bref, j’aime faire plein d’activités dans la journée et je n’ai pas pu me concentrer sur une seule.

Alors, combien de pages ai-je finalement réussi à lire, vous demandez-vous ? Je dois dire qu’entre le ménage, les séances de sport, la cuisine et deux trois sorties spontanées… je suis tout de même arrivée au score honorable de… 574 pages. On est loin du compte, oui, mais j’ai quand même dépassé la moyenne, et j’ai vite compris que ce serait mon objectif et le seul atteignable, puisqu’au bout d’une matinée j’étais déjà « soûlée. » Oui, voilà, « soûlée », c’est exactement le mot ! :-D

Mais parlons quand même des livres que j’ai lus, puisque le but était quand même de découvrir de nouvelles choses. Je rappelle donc la liste de mes livres :

• Alain, Propos sur le bonheur
• Euripide, Hélène
• Huxley, Île
• Nietzsche, Aurore

J’ai lu les deux premiers, bien entamé Huxley et commencé Nietzsche. Voilà pour le compte-rendu plus détaillé. Relire Alain avait un lien avec le travail, j’avais besoin de le relire pour préparer un cours, mais cette relecture ne m’a pas fait de mal aussi pour moi-même. J’ai redécouvert des textes que j’avais oubliés et qui pourraient bien me servir pour les prochains écrits ! Il se peut fort qu’une nouvelle citation d’Alain apparaisse en tête de chapitre d’un prochain roman.

Concernant Euripide, je ne regrette vraiment pas cette lecture (je précise tout de même que c’est une pièce de théâtre) parce que je ne connaissais pas du tout, ni la pièce ni cet aspect du mythe. J’aime beaucoup Euripide en général, pour le texte, mais cette fois j’ai vraiment été surprise par l’histoire. Cela ne ressemblait pas aux autres pièces plus connues (Iphigénie entre autres), quoi qu’il y ait toujours cette place donnée au problème du double (Hélène se retrouve dans une situation ambiguë suite à la création d’un fantôme qui lui ressemble par Héra, de même par exemple qu’Iphigénie est remplacée par une biche – je crois, mais peut-être que je confonds avec Blanche-Neige ^^ - juste avant d’être sacrifiée).

Et pour les deux autres, évidemment Nietzsche… ben c’est Nietzsche hein, très amusant à lire (oui, oui : amusant), vu qu’il critique à peu près tout ce qui lui passe sous la main. J’ai eu une bonne idée de le commencer et je vais m’empresser de le poursuivre et de le terminer ! Et le dernier, Île, dont j’ai lu une bonne moitié, est moins intéressant que le seul autre Huxley que j’ai lu, Le meilleur des mondes, mais je passe un bon moment de lecture quand même.

Finalement, je ne suis pas mécontente d’avoir tenté ce challenge à 1000, puisque ça m’aura au moins permis de découvrir une nouvelle pièce d’Euripide, et de commencer deux livres, même si je ne les ai pas encore terminés.


Conclusion : je ne ferai plus de challenge 1000 pages ! 

jeudi 26 janvier 2017

L'Indé Panda

Depuis un certain temps, je me dis qu’il faudrait que je parle à mon tour de ce beau projet qu’est le magazine l’Indé Panda, au service des auteurs autoédités. Un beau projet qui soutient l’autoédition et vise à la faire reconnaître, ou du moins à montrer que non, les auteurs autoédités ne sont pas seulement les ratés qui racontent leur vie dans leur campagne et qui n’intéressent personne. J’avais déjà écrit un article sur l’autoédition, auquel je vous renvoie : Y a-t-il de bons livres autoédités ? 

Ces bons livres autoédités, dont j’ai parlé dans mon premier article, sont malheureusement perdus au milieu de la profusion de textes autoédités dont certains sont très mauvais, et la difficulté soulevée par les créateurs de l’Indé Panda, qui est une difficulté réelle, est justement celle-ci : comment choisir le bon livre dans cette liste qui n’en finit pas ? Certains aimerons peut-être se lancer dans l’inconnu et découvrir au hasard de nouveaux auteurs (ce qui n’est absolument pas mon cas), d’autres n’ont pas envie de prendre le risque de tomber sur un mauvais texte, ce qui est tout à fait compréhensible. Voilà donc quel est le projet de l’Indé Panda : tous les trimestres, sortir un numéro comportant une douzaine de nouvelles écrites par des auteurs autoédités et sélectionnées par le comité de lecture de l’Indé Panda. Ainsi vous pourrez :
- Lire des nouvelles gratuites et choisies (ce qui signifie que vous échappez immédiatement au risque de la mauvaise orthographe, puisque les nouvelles comportant des fautes sont immédiatement éliminées de la sélection)
- Découvrir des auteurs autoédités qui savent écrire et peuvent être intéressants. Vous trouverez d’ailleurs des interviews des auteurs sur le blog de l’Indé Panda.
- Vous précipiter ensuite sur les romans des auteurs que vous avez appréciés. En plus, certains auteurs sont déjà passés deux fois dans l’Indé Panda (dans les deux premiers numéros quoi, puisque pour le moment il n’y en a que deux).
Quant à ce dernier point, je peux vous assurer que ça fonctionne, on découvre vraiment des auteurs que l’on veut suivre, puisqu’après ma lecture des magazines j’ai acheté deux e-book de leurs auteurs (pour les curieux, les auteurs en question sont Solenne Hernandez, auteur de la nouvelle « Je m’appelle Marion » dans le second numéro, et Marie Havard, qui a écrit « La femme sans visage » dans le premier numéro).

J’ai, en effet, lu le deuxième numéro avant le premier, et cela tient en fait à l’organisation et au choix des textes, un point sur lequel je vais m’attarder puisque pour faire une chronique générale qui ne soit pas 12 petites chroniques sur les nouvelles, il faut que je m’arrête sur le travail des créateurs, c’est-à-dire : le choix des textes et leur ordre d’apparition dans le recueil.
Je vais commencer d’abord par le choix des textes. Il y a quelque chose que j’ai beaucoup apprécié, c’est la diversité des textes choisis. Je ne les ai pas tous aimés, bien sûr, mais c’est bon signe : je n’ai pas tout aimé parce qu’il y avait des styles ou des genres que je n’aimais pas, alors que d’autres oui. On voit que la sélection est sérieuse et cherche à être objective : ce n’est pas simplement le goût particulier du comité de lecture qui est pris comme critère, mais je pense qu’il y a un véritable travail dans le choix. En effet, il y a des textes écrits de façon orale, d’autres avec un style beaucoup plus carré, d’autres faciles à lire, d’autres plus compliqués qui invitent le lecteur à réfléchir. Comme vous le savez, c’est ce dernier point qui m’intéresse le plus, et j’ai été contente de trouver ce genre de nouvelles, puisque cette façon d’écrire n’est pas celle qui trouve le plus large public.
Bref, une démarche que j’apprécie puisque je m’attendais, par préjugé issu du dépit de toujours trouver les mêmes choses, à voir une profusion de textes commerciaux, faciles à lire, sur des thèmes communs et connus, ou originaux dans le fond, au lieu de l’être sur la forme.
En conclusion, moi et mes goûts de philosophe qui n’arrivons plus à lire des romans populaires à force d’être écrasés sous Kant et Platon avons quand même apprécié, non pas chaque texte individuellement, mais les différents textes mis ensemble dans un même recueil, parce que leur combinaison était bonne. Evidemment, on ne peut pas rassembler tous les genres, styles et domaines en 12 nouvelles, mais il apparaît dans les deux premiers numéros une volonté de ne pas toujours mettre la même chose et de vraiment varié, j’ai donc l’espoir véritable de voir encore dans les numéros suivants d’autres domaines d’écriture explorés par les auteurs.

Venons-en à l’organisation. J’ai d’abord lu le second numéro et cela tient essentiellement à l’ordre des textes, puisque la nouvelle dont j’ai parlé tout à l’heure, « Je m’appelle Marion » de Solenne Hernandez, est la première du recueil, et c’est bien cela qui m’a poussée à continuer à lire les nouvelles suivantes. Alors que dans le premier numéro, comme je n’avais pas du tout aimé la première nouvelle, je n’avais pas été plus loin. Je l’ai fait quand même ensuite grâce notamment aux auteurs qui avaient été publiés dans les deux recueils : la curiosité m’a fait aller voir ce qu’ils avaient écrit dans le premier numéro.
Toutefois, même si je n’ai pas aimé la première nouvelle du premier numéro, qui s’appelle « Dépendance » et est écrite par Nathalie Bagadey, au point quand même que j’ai failli me détourner complètement de l’Indé Panda (elle me semblait vraiment, vraiment trop « lèche-botte », mais je ne peux en dire plus pour ne pas spoiler), malgré tout je pense que ce choix était bon, et surtout qu’il était logique. D’ailleurs, même si je n’aime pas, de façon très personnelle, la nouvelle est bien écrite. Le point fort l’auteur, Nathalie Bagadey, qui est également dans le second numéro avec « La sirène », est la chute : la fin est surprenante pour les deux textes, et l’art de la chute est quelque chose que j’admire chez les autres puisque je suis moi-même tout à fait incapable de faire la même chose. Je vous recommande donc d’aller voir les deux nouvelles dont je viens de parler (même « Dépendance ! » Je sais bien que si je ne suis pas capable de lire dans un bon état d’esprit un texte qui parle de Greenpeace dès la deuxième ligne, c’est strictement personnel, et que cela ne retire rien à la bonne construction de la nouvelle en elle-même.)
Finalement, les ouvertures des deux premiers numéros étaient bien choisies selon moi. De toute façon, il est évident que la première nouvelle présentée sera déterminante donc nul doute que cela ait donné lieu à une longue réflexion des créateurs. La difficulté vient avec la suite.

Pour le premier numéro, j’ai eu l’impression que les nouvelles plus profondes étaient rassemblées au début. Je n’ai pas beaucoup aimé la première, mais à la suite j’ai commencé à avoir l’impression que c’était meilleur que le deuxième numéro, impression qui s’est finalement relâchée sur la suite. Il y a beaucoup moins du nouvelles « amusantes » sur celui-ci, l’accent a été mise sur les sérieuses (science-fiction, historique ou psychologiques). Il y a de belles idées, mais j’ai été plutôt déçue de la suite. Mon avis est personnel puisque j’ai une large préférence pour les nouvelles sérieuses, j’ai donc moins aimé la partie « amusante » qui est la deuxième partie du recueil.

Le second numéro comporte 11 nouvelles, la première étant « Je m’appelle Marion » de Solenne Hernandez, très beau texte, très poétique, et qui (point qui m’a fait acheter le roman de Solenne juste après) apporte une belle représentation de l’existence d’une personne qui n’est pas comme toutes les autres et à qui l’on ne peut pas reprocher de souffrir ; la dernière étant « Le Voyage » de Cindy Costes (auteur dont j’avais déjà lu, soit dit en passant, la nouvelle « C’est pour ton bien », qui abordait un problème social et psychologique intéressant bien que l’écriture ne soit par ailleurs pas du tout à mon goût), l’histoire d’un couple qui entreprend un voyage très particulier pour se reconstruire. Bon agencement selon moi, car l’ouverture et la fermeture apportent un message d’espoir, l’une faisant écho à l’autre.
Pour les autres nouvelles, il y a globalement un équilibre entre les nouvelles « sérieuses » et les nouvelles que je vais appeler « amusantes » (je mets dans « amusantes » les nouvelles comiques, les nouvelles à chute, et les nouvelles avec un style oral). Je mets dans les sérieuses : « Je m’appelle Marion » de Solenne Hernandez encore une fois ; « La belle retraite » de Khalysta Farall, dystopie qui interroge le rôle du travail dans la société ; « Le Vagabond » d’Alan Spade, thriller fantastique type La Momie ou Indiana Jones, ce qui signifie dans mon langage qu’il y a une statuette maléfique sortie d’une tribu du tiers-monde et qui va faire des ravages ; « A l’abri » d’Eric Abbel, de nouveau du futuriste pessimiste ; et enfin « Le Voyage » de Cindy Costes dont j’ai déjà parlé. Quand on regarde l’organisation globale, ce que je remarque est surtout le fait que, malgré l’alternance, les nouvelles sérieuses sont surtout sur les bords (au début et à la fin du recueil), et au centre de la liste se trouve une série de trois nouvelles amusantes : SOS de Jeanne Sélène, nouvelle à chute ; « Le petit chat est mort » de Nicolas Chevolleau, écriture orale ; « Le seigneur du château » de Patrice Dumas, nouvelle à chute. Construction que je trouve judicieuse puisque ce passage de nouvelles comiques au milieu permet de faire une pause dans la difficulté des thèmes abordés par les autres.

Voilà ce que j’avais à dire, je pensais faire quelques arrêts précis sur les nouvelles que j’ai préférées mais j’en ai finalement parlé en faisant la critique du magazine en lui-même. Si vous voulez en savoir plus sur l’Indé Panda, vous pouvez aller voir les liens ci-dessous.

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mardi 17 janvier 2017

Dalida, de Lisa Azuelos

 Il n’y a qu’une semaine que ce film est sorti, si l’on ne compte pas l’avant-première qui avait eu lieu en novembre dernier, et à laquelle j’avoue avoir fortement hésité à me rendre. Finalement, j’ai attendu la sortie officielle, et c’est le 11 janvier que je suis allée voir ce nouveau film retraçant la vie de la chanteuse Dalida, une semaine avant l'anniversaire de Dalida, qui est aujourd'hui, le 17 janvier.


Il y avait déjà eu un premier film sur Dalida que je n’avais pas vu, je ne ferai donc pas de comparaison, mais de toute façon un film est un film, que le sujet ait déjà été abordé avant ne m’intéresse pas beaucoup dans la critique du film qui m’intéresse. Inutile de commencer par un résumé, puisque c’est un film biographique. Mais l’est-il tant que ça, en fin de compte ?

J’ai vu beaucoup de commentaires différents à propos du film, et surtout beaucoup de commentaires négatifs suite à l’avant-première. Mais ce que j’ai vu dans ces commentaires négatifs m’a encore plus donné envie de le voir. L’avant-première a sans doute été vue, majoritairement par des fans de Dalida (j’adore Dalida moi aussi, et je serais bien allée à cette avant-première si j’en avais eu l’occasion !), qui auraient sans doute aimé voir un film retraçant sa vie, son histoire, avec peut-être des images d’archives et des secrets dévoilés. Rien de tout cela, car nous nous trouvons devant un film superbement réalisé qui nous fait oublier qu’il parle de Dalida. Ce n’est pas un film sur une chanteuse, que j’ai vu : c’est un film sur l’existence, la mort, et le bonheur.

Que peut vouloir une femme qui a tout, qui est connue, riche, belle, toujours entourée d’amants ? Celle qui « donne de l’espoir à des milliers de gens » mais qui répond à cette remarque : « et moi, qui m’en donne ? » Le film s’ouvre sur sa tentative de suicide dans une chambre d’hôtel, suivi d’un flash-back, deux mois plus tôt, où elle retrouve son amant dans cette même chambre d’hôtel. Les deux personnages vont tenir un dialogue sur le philosophe Heidegger, qui dans Etre et Temps rappelle que l’homme est un « être-pour-la-mort. » La mort est constitutive de l’existence : dès que je viens au monde, j’avance vers l’heure de ma mort, et c’est seulement en acceptant la possibilité de cette mort que je peux vivre une existence authentique. Or, deux mois avant sa tentative de suicide, Dalida va dire qu’elle n’est pas d’accord avec Heidegger : l’homme est pour elle un « être-pour-l’amour », ce qui, loin d’être une formule niaise, signifie un « être-pour-la-vie », un être qui va créer de la vie, en donner autour de lui, ce qui sera justement ce qu’elle fera, elle, en tant que chanteuse : donner de l’espoir, de la vie, pendant qu’individuellement elle avancera de plus en plus sûrement vers sa propre mort. Le décalage est annoncé entre ce à quoi elle aspire et ce qu’elle va véritablement devenir, la contradiction interne à cette femme qui, tout en donnant une image resplendissante de vie au monde entier, va avorter, puis être condamnée à ne jamais avoir d’enfant, à voir disparaître ses amants les uns après les autres, puis disparaître elle-même, toujours entourée de la mort qu’elle pensait n’être pas l’essentiel de l’être humain. Ce décalage est aussitôt annoncé par l'annonce du titre du film: le surnom "Dalida", titre du film, grandit dans son écriture à paillettes, et en arrière-plan, on voit le vrai nom "Iolanda Gigliotti", écrit en noir, penché sur la droite comme s'il était en train de tomber. 

Voilà le résumé que moi, je ferais de ce film, qui n’est évidemment plus une biographie, mais une véritable représentation de l’existence humaine. C’est pourquoi la structure n’est pas chronologique, ce qui a été reproché dans plusieurs critiques que j’ai pu lire. Pourtant, ce n’est pas tout à fait vrai : le film commence par la tentative de suicide, puis toute une série de flash-back vont monter, de façon aléatoire certes, ce qui s’est passé avant ; la suite de l’histoire suivra bien la chronologie, jusqu’à la fin. 


Parlons à présent de la bande originale, car quoi que j’ai pu dire précédemment, il s’agit toujours d’un film sur Dalida et il faut bien parler du choix des chansons ainsi que de leur disposition au cours du film. Là encore, je trouve que c’était particulièrement réussi et surtout pertinent par rapport à la voie choisie pour mener cette histoire. Bien sûr, les tubes sont présents, et il aurait été difficile de ne pas entendre Je suis malade, Paroles paroles, Laissez-moi danser, Salma ya salama, Bambino et tous les autres… Ce n’est pourtant pas un répertoire à tubes. Il y avait beaucoup de chansons que je ne connaissais pas, et pourtant comme je l’ai dit, j’adore Dalida et la plupart de ses chansons, je les connais par cœur. Mais même les chansons connues étaient bien placées, et pas toujours au moment où on les y attend (à part peut-être Il venait d’avoir dix-huit ans, que j’ai vu arriver avec ses gros sabots...) Autrement dit, ce n’est pas Je suis malade qui ponctuera son suicide, ou Gigi l’amoroso qui sera entendu aux instants de bonheur. Les places des chansons sont judicieuses, et sans vouloir trop en dire, je retiens particulièrement le montage sur Laissez-moi danser et la place accordée (cela surprendra sans doute ceux qui ont vu le film) à Mourir sur scène, une chanson que j’ai largement attendue, quand j’ai vu la tournure que prenait le film dès le début, et il n’y avait pas meilleure place pour cette chanson, qui célèbre la mort alors que Dalida est celle qui va la rechercher et la refuser au cours des premières minutes du film. Pour l’anecdote, j’ai peut-être eu une petite larme en entendant ces premières notes, que je désespérais d’entendre…

En conclusion, je ne peux recommander ce film, qui peut-être a des longueurs, comme tout film qui fait un effort de structure, parce qu’on ne peut pas comprendre du premier coup tous les choix de la réalisatrice. Un petit regret, peut-être ? J’en ai un. Comme disait Mistinguett, évidemment, apparaît dans le film, largement coupée comme de nombreuses chansons (on ne peut pas tout faire tenir en deux heures !) mais j’aurais aimé entendre le passage suivant :

« On dit depuis bientôt plus de vingt ans
Que je ne passerai pas le printemps »

Parce que c’est une chose qui est répétée dès le début : Dalida est démodée, Dalida tente de se suicider, Dalida n’a plus d’espoir… mais, vingt-cinq ans plus tard, Dalida est toujours là.

Bon aller, un autre regret, très personnel cette fois-ci : une de mes chansons préférée, Pour en arriver là, n’y était pas, mais je ne l’attendais pas spécialement, ce n’était pas une chanson connue, même si elle aurait facilement pu trouver sa place dans le scénario.

/ ! \ Spoilers / ! \

La suite de cet article porte sur la fin du film, je vous conseille donc de ne pas lire, même si, bien sûr, connaissant la vie de Dalida vous savez comment cela va finir. Mais la mise en scène est magnifique, trop magnifique pour que je me passe d’en parler, et je ne voudrais pas que vous en sachiez trop avant d’en avoir fait l’expérience par vous-mêmes.

Avant de parler de la fin, c’est un spoiler quand même, quelques mots sur la scène de Laissez-moi danser. On voit Dalida se préparer à monter sur scène, dans son costume Disco. Elle tremble, elle respire mal, et n’a pas l’air d’avoir envie de monter sur scène. Sa vie est de plus en plus triste, son compagnon souvent absent, et à ce moment-là du film je pensais qu’elle allait chanter Mourir sur scène devant son public. D’autant plus qu’une scène démarre entre elle et son dernier mari, une scène de dispute violente où elle lui demande de quitter la maison. C’est en alternance avec cette scène déchirante que l’on va avoir des images d’une Dalida éblouissante, souriante, heureuse sur scène, qui chante, non pas Mourir sur scène comme je m’y attendais, mais Laissez-moi danser. Magnifique montage qui respecte l’objectif du film, et montre le contraste entre le bonheur qu’elle procure autour d’elle et le malheur de sa propre vie.

Toujours là ? Très bien, alors voilà ce que j’ai à dire sur les dernières minutes du film et sur le générique de fin (qui a une véritable importance !)


Dalida, assistée jour et nuit par sa femme de chambre, se maquille dans le but de sortir. En effet, depuis un moment elle parle de son ami, Michel. Elle demande à sa femme de chambre de ne pas rentrer cette nuit-là et de la laisser dormir le lendemain matin, car son amant Michel passera la nuit avec elle. Rassurée d’enfin la voir se maquiller, s’habiller et retrouver le sourire, elle part donc, sans aucune crainte. Bien sûr, aucune visite n’est prévue ce soir-là, on se demande même si ce Michel a existé un jour : Dalida est seule et prépare son suicide.

La chanson qui accompagne cette scène est Pour ne pas vivre seul. Choix extrêmement pertinent par rapport au début du film qui citait Heidegger. En effet, vers le milieu du film, Dalida lit Heidegger. Je me demande ce qu’elle a bien pu en comprendre, parce que ce n’est pas le philosophe le plus facile… Mais que retient-on d’Heidegger, quand on le lit sans tout en comprendre ? Peut-être justement ce qu’elle dit dans sa chanson Pour ne pas vivre seul : l’homme se fond dans la masse, devient un-parmi-d’autres : il entre dans ce qu’Heidegger appelle la « dictature du on », dans le but d’échapper à l’angoisse de la mort. Car « on » meurt, mais « on » est à la fois tout le monde et personne, la mort est ainsi mise à distance, et j’ai l’impression qu’elle ne me touchera pas ; du moins, pas tout de suite. Alors, « on » fait tout pour ne pas vivre seul, parce que seul, il faut affronter l’angoisse de la mort. Et la mort est ce que je ne peux affronter que seul : comme le dit la chanson, « on n’a jamais fait un cercueil à deux places ». « On » me protège de la pensée de la mort, peut-être, mais « on » ne m’empêche pas de mourir seul. Toute cette chanson est construite justement avec ce « on » : je rappelle le début des paroles :

« Pour ne pas vivre seul
On vit avec un chien
On vit avec des roses
Ou avec une croix
Pour ne pas vivre seul
On se fait du cinéma
On aime un souvenir
Une ombre, n’importe quoi… »

Ce « on » ponctue toute la chanson jusqu’à la fin, entrecoupé de passage où elle dit « je », « moi », « je t’aime et je t’attends, pour avoir l’illusion de ne pas vivre seule », mais « je » fais comme « on » fait finalement. D’ailleurs, vivre avec un chien, des roses, un souvenir et une ombre, c’est ce qu’elle fait justement elle-même à ce moment-là, elle qui n’a plus qu’un chien et un ami imaginaire avec qui elle prétendait passer la soirée. Et Dalida meurt, seule, parce que la mort s’affronte seul.


Le film s’arrête immédiatement. Pas de scène où ses proches la découvre, de scène d’enterrements, de pleurs, cela n’aurait pas été dans la lignée du reste du film. En revanche, le générique de fin enchaîne immédiatement avec, vous vous en doutez, Mourir sur scène. Cette chanson qui glorifie la mort, qui l’attend, qui l’affronte, c’est exactement ce que Dalida n’a pas fait en se cachant derrière le « on. » Dans Mourir sur scène, elle cesse de se cacher, puisqu’elle s’adresse directement à la mort en lui disant : « Viens, mais ne viens pas quand je serai seule… » Mettre au défit la mort tout en prétendant pouvoir ne pas mourir seul, c’est contraire à ce que dit Heidegger, et c’est ce à quoi elle s’est opposée au tout début du film en refusant l’expression d’ « être-pour-la-mort. » Non, l’être humain n’est pas un « être-pour-la-mort », c’est un « être-pour-l’amour », qui ne vit ni ne meurt seul, mais entouré des autres. Malheureusement, ce qu’elle affirme au travers de ses chansons ne se révèlera pas vrai, et le dernier mot ira bien à Heidegger. 

jeudi 12 janvier 2017

La nouvelle du mois (ou des deux mois !)

Bonjour à tous !

Je vais commencer par vous souhaiter les meilleurs vœux pour l’année 2017, puisque je n’ai pas encore eu l’occasion de le faire ! J’espère que vous allez prendre plein de bonnes résolutions que vous vous allez vous y tenir. Quant à moi, il y a bien une bonne résolution que j’ai prise, concernant l’écriture, et que je compte tenir.

Le problème de quelqu’un comme moi qui n’écris que des romans, c’est que je ne publie pas grand-chose : un roman tous les ans, voire, quand j’ai une panne d’inspiration ou un manque de temps, un roman tous les deux ans, voire cinq ans sans nouveauté, c’est que vous aurez vite fait de m’oublier, et moi j’aurai vite fait de ne plus avoir grand-chose à vous dire. Bref, j’ai donc décidé de m’investir un peu plus dans mon travail littéraire, maintenant que j’ai le temps (puisque j’ai terminé mes études ! Libération !)

J’ai décidé, pour 2017, de me lancer dans les nouvelles. Bon, je vous avoue, je n’ai jamais écrit de nouvelle. J’ai toujours détesté ça, je n’aimais pas en lire, je n’aimais pas non plus en écrire parce que j’aime travailler sur le développement psychologique d’un personnage, et cela demande du temps, de nombreuses pages, de nombreux événements… bref, tout le contraire d’une nouvelle. Mais le beau projet que j’ai découvert récemment et qui est l’Indé Panda (un article là-dessus est en cours d’écriture, vous en saurez bientôt plus, une fois que j’aurai terminé de lire les deux numéros sortis), un magazine trimestriel qui met en avant les auteurs indépendants au travers d’une sélection de nouvelles, m’a donné envie d’y participer. Mais pour cela… eh oui, il va falloir que je me mette aux nouvelles.

J’ai donc décidé de prendre la bonne résolution d’écrire une nouvelle tous les deux mois ! Comme ça, je m’entraîne, j’écris plus, et vous aurez plus de textes à lire. Ma première nouvelle, que j’ai sortie en décembre, sur laquelle j’ai pour l’instant de très bons retours, me prouve qu’écrire des nouvelles est possible, même pour moi. J’ai donc continué à réfléchir aux genres de nouvelles que je pourrais écrire. Evidemment, mes nouvelles suivront le style de mes romans : une interrogation sur l’existence, le comportement humain ou encore la société, il y aura toujours un fond de philosophie et des références littéraires cachées. Cela permettra également à ceux d’entre vous qui ne me connaissent pas encore de vous donner une idée du genre de textes que j’écris, et peut-être de vous donner envie d’aller voir mes romans ensuite.

Toutes mes nouvelles seront diffusées gratuitement au format numérique sur Amazon, vous n’avez donc aucune raison de vous priver, et pensez bien à laisser un petit commentaire après avoir lu. Elles seront répertoriées sur cette page : Nouvelles

Puisque ma première nouvelle est sortie en décembre, c’est donc en février que vous aurez la prochaine. En attendant, vous pouvez vite aller lire « Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi », une nouvelle réaliste de 23 pages sur l’évolution d’une jeune fille victime d’un crime non puni, que vous pouvez télécharger à cette adresse : Amazon


Merci à tous ceux qui me suivent et me lisent, et encore une excellente année 2017 !